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 L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution

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Toufik
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MessageSujet: Re: L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution   Mar 3 Nov - 23:04

CNRA et CCE

Le Congrès se réunit à Ifri-Ighzer Amokrane, sur la rive gauche de la
Soummam, à quelques kilomètres d'Akbou, le 20 août 1956. Le
procès-verbal de la première séance donne la liste des présents. «Les
membres présents étaient :- BEN M'HIDI, représentant de l'Oranie
(président de Séance),- ABBANE, représentant le FLN (secrétaire de
séance),- OUAMRANE, représentant de l'Algérois,- KRIM, représentant de
la Kabylie,- ZIROUd, représentant du Nord constantinois,- BENTOBBAL,
adjoint de Zirout.Membres absents :- BEN BOULAID, représentant des
Aurès-Nemenchas,- SI CHERIF, représentant du Sud (excusé après avoir
adressé son rapport à la réunion).» 1Comme on le voit, le Congrès se
réduit à six membres. En dehors des séances, chacun se retrouvait
avec d'autres éléments de sa zone : Ali Kafi, Mostefa Ben Aouda et
Brahim Mezhoudi avec Zighoud et Ben Tobbal ; Saïd Mohammedi et Aït
Hamouda Amirouche avec Krim (zone III) ; Déhilès, Si M'hammed
Bouguerra et Ali Mellah (Si Chérif) avec Ouamrane (zone IV). Chaque
chef de zone présenta un état de la situation : effectif des
moudjahidine, armement état d'esprit des combattants et de la
population.Le Congrès procéda à la désignation des organes de
direction de la Révolution : -CNRA (Conseil national de la Révolution
algérienne) et - CCE (Comité de coordination et d'exécution). Le
CNRA, direction suprême, joue le rôle de parlement du FLN : Assemblée
législative, symbole de la souveraineté nationale, elle prend les
décisions d'orientation politique, militaire, économique et sociale.
Elle désigne l'exécutif: le CCE. Le CNRA engage des négociations
avec l'adversaire, se prononce sur la guerre et la paix. Le CNRA
désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres: 17
titulaires et 17 suppléants (voir tableau ci-dessous).Le problème
crucial de l'armement revenait sans cesse dans les débats et le bilan
de la délégation extérieure fut jugé négatif. Le Congrès se résolut à
la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles
étaient, c'est-à-dire chez l'ennemi.Des décisions importantes furent
prises concernant l'ALN: limites territoriales des wilayate,
hiérarchisation, organisation en unités depuis le demi-groupe composé
de 4 combattants dirigés par un caporal jusqu'au bataillon qui compte
350 combattants dirigés par le colonel de la wilaya.En vue d'humaniser
la guerre, furent strictement interdits l'égorgement, l'exécution des
prisonniers de guerre, la mutilation des cadavres. Deux principes
fondamentaux furent votés : primauté du politique sur le militaire et
primauté de l'intérieur sur l'extérieur.

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MessageSujet: Re: L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution   Mar 3 Nov - 23:04

La plate-forme de la Soummam

La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois
après le déclenchement de l'insurrection, fixe les objectifs à
atteindre et les moyens d'y parvenir. En outre, elle pose le problème
des négociations et les conditions de cessez-le-feu qui serviront de
base, cinq ans plus tard, aux négociateurs d'Evian :II) Cessez-le-feuC
o n d i t i o n s :a) politiques :1°) - Reconnaissance de la nation
algérienne indivisible.Cette clause est destinée à faire disparaître
la fiction colonialiste de «l'Algérie française». 2°) -
Reconnaissance de l'Indépendance de l'Algérie et de sa souveraineté
dans tous les domaines, jusque et y compris la défense nationale et la
diplomatie.3- Libération de tous les Algériens et Algériennes
emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique
avant et après l'insurrection nationale du 1er Novembre 1954.4-
Reconnaissance du FLN comme seule organisation représentant le peuple
algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En
contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom
du peuple algérien.b) militaires :Les conditions militaires seront
précisées ultérieurement.(Extrait de la Plate-forme du Congrès de la
Soummam.)Contre la propagande de la France qui accusait le FLN d'être
au service d'une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam est
catégorique : «La Révolution algérienne est un combat patriotique
dont la base est incontestablement de caractère national, politique et
social. Elle n'est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou,
ni à Washington». L'allusion au «Caire» déplut fortement à Fethi Dhib
et bien sûr à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur
de la Révolution algérienne». Certes il n'y a pas eu de doctrine mais
un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce
n'était qu'une plate-forme. Elle ne pouvait que fixer les objectifs
stratégiques de la guerre et les moyens d'y parvenir, notamment les
conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d'avoir fourni aux
militants et aux cadres du FLN, à l'extérieur comme à l'intérieur, des
repères d'orientation clairs et précis pour la poursuite du combat.
Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb
arabe, fut solennellement rappelé.Vis-à-vis de la minorité européenne
le droit d'opter pour la nationalité algérienne fut reconnu à titre
individuel et sur demande de l'intéressé. Ce qui a honoré la
Révolution algérienne, c'est qu'il n'y a jamais eu de pogrom
anti-juif. Le boycott des commerçants juifs fomenté par des
provocateurs dès le début de la Révolution fut étouffé dans l'oeuf par
le FLN. Pas de profanation de synagogues, ni d'églises, ni de temples
protestants au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la
participation active de la majorité d'entre eux à la répression. La
Plate-Forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d'une
Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de
haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux
non-musulmans, tournée vers l'avenir.

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MessageSujet: Re: L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution   Mar 3 Nov - 23:05

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d'abord les absences : celle de la wilaya des
Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l'Est, Amara Bouglez,
qui alimenteront l'opposition au Congrès. Boussouf, l'adjoint de Ben
M'hidi à la tête de la Wilaya V et qui en assurait l'intérim, reprocha
à Ben M'hidi d'avoir engagé la wilaya sur des questions impliquant
l'avenir du pays, alors qu'il aurait été délégué uniquement pour «des
questions d'ordre organique et de coordination».Ben Bella contestera
la présence de «certaines personnalités» au CNRA («centralistes»,
UDMA, les Ulémas), la primauté de l'intérieur sur l'extérieur et la
primauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par
d'autres membres de la délégation extérieure. L'évaluation précise de
la situation militaire n'a pas été faite. L'on se contenta de dresser
le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances, sans étude de
l'ensemble des forces en présence, algériennes et françaises,
d'étudier le problème de la guérilla et son évolution. La grande
préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des
armes et d'étendre le conflit à tout le territoire. On était à la
veille d'une guerre d'extermination. L'élaboration d'une stratégie
militaire dans ces conditions était impossible ; les congressistes
n'avaient pas une vision claire des étapes à parcourir. On ne pouvait
exiger de ces maquisards poursuivis à mort par l'armada française et
la multitude de ses services de renseignements et d'espionnage
d'accomplir des prouesses. Leur mérite a été de se réunir en pleine
guerre, au milieu de mille dangers, et d'avoir fondé une légalité
révolutionnaire qui durera jusqu'à l'indépendance et qui servira par
la suite de fondement aux institutions de l'Etat algérien. Et le rôle
de Abbane a été là, il faut le reconnaître, prédominant. Le Congrès a
doté la Révolution d'une autorité nationale: le CNRA et d'un organe
suprême d'exécution: le CCE. Ce ne sont pas les congressistes de la
Soummam qui ont étudié et adopté le texte de la «Plate-forme de la
Soummam». Il en confièrent la tâche au CCE. Celui-ci lui consacra
plusieurs séances à Alger et procéda à sa publication le 1er novembre
1956 non sans avoir envoyé un exemplaire du procès-verbal à la
Délégation extérieure du FLN.L'éventualité du «gouvernement
provisoire» fut laissée à l'initiative du CCE.Lorsque le Congrès de la
Soummam définit à Alger le statut de «Zone autonome» il tient compte
de sa situation spécifique : zone du fait de son exiguïté
territoriale, wilaya à part entière de par son potentiel humain, la
qualité de ses cadres et les objectifs qui lui étaient assignés par la
Révolution. Sur 700 000 habitants que comptait le Grand-Alger, plus
de la moitié était d'origine algérienne embrigadées dans les
structures du FLN. La Casbah, à elle seule, comptait 80 000
habitants.

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MessageSujet: Re: L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution   Mar 3 Nov - 23:06

II La Zone autonome d'Alger

La ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son
importance stratégique sur l'échiquier national, de par la portée
psychologique nationale et internationale de ses interventions, de par
son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était
considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya
du CCE lui-même.Jusqu'à début 1956, l'organisation FLN d'Alger était
structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se
chevauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravitaient
autour de Krim et surtout de Ouamrane et de Abbane, ce dernier secondé
par Ben Khedda.Parmi les plus importants de ces réseaux, citons :- les
réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara, - le
réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,- le réseau Ahcène Laskri et
Ben Mohammed Hammada,- le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab), - le
réseau Cherif Debbih,- le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed
Ghermoul, le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.Toutes les
têtes de file de ces réseaux ont été des adjoints de Abbane. A partir
de mars-avril 1956, l'organisation d'Alger est restructurée en trois
régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres
intégrés au sein de ces régions. L'opération de restructuration
confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu'à août-septembre
1956.En septembre 1956, l'organisation algéroise du FLN prend la
nouvelle dénomination de «Zone autonome d'Alger», avec toutes les
prérogatives d'une wilaya.Siège du CCE, la ZAA est sous l'autorité
statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent
désormais les activités : Abbane, Ben M'hidi et Ben Khedda.Sur le
plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes,
mais complémentaires : La branche militaire, dont le suivi des
activités est confié à Ben M'Hidi: formée de groupes et de commandos
de fidaïne, auxquels s'ajouteront à partir de l'été 1956 les «réseaux
bombes». La branche militaire a été dirigée successivement pa :
(Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956), (Belkacem Bouchafa (avril
1956- août1956), (Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).Avant le
Congrès de la Soummam, la branche militaire activait sous l'autorité
directe d'Ouamrane, lequel était, de la sorte, le responsable
hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.A la fin de 1956,
l'état-major de la branche militaire était constitué comme suit : -
Responsable : Yacef Saâdi ; Adjoint: Ali Amar (Ali La pointe)-
Région I: Abderrahmane Arbadji ; Adjoint: Hadj Othmane
(Kamel)-Région Il : Hammoud Ader,Adjoint : Ahcène Ghandriche,-
Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),Adjoint: Boualem
Benabderramane (Abaza).La branche politique, confiée à Brahim Chergui
était sous la supervision directe de Abbane et de Ben Khedda ; grosso
modo, elle couvrait trois types d'activités :Le travail
politico-idéologique: diffusion des mots d'ordre du FLN, de sa
littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations
afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham», c'est-à-dire
la toute-puissance de l'organisation en tant que symbole et autorité
morale du FLN, appuyée sur d'autres organisations à caractère social,
culturel, économique (UGTA, UGCA, UGEMA?).- Le travail
politico-administratif: encadrement «physique» de la population, sa
sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases
minimales d'un contre-pouvoir et d'une contre-administration
permettant la symbiose permanente entre le peuple et l'organisation,
collecte de l'impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,-
Enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique,
ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt
politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce
terme.La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE disposait
de ses propres groupes de fidaïne. On les appelait aussi «groupes
d'intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes
armés» qui, eux, relevaient de la branche militaire.A la veille de la
grève des huit jours (29 janvier - 5 février 1957), l'état-major de la
branche politique se composait comme suit :-Responsable: Brahim
Chergui-RégionI : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hachemi Hammoud (Si
Hocine), Adjoint :Sadek Keramane et Abderrahmane Naït Merzouk, -
Région II : Hachem Malek,Adjoints: Mahmoud Messaoudi et Toufik
Bensemane.-Région III : Bellouni Si El-Mahfoud, Adjoints: Rachid
Benrahmoune et Mohammed Sahraoui. Les membres des réseaux «bombes»,
une quarantaine, formaient les unités d'élite dans ce dispositif.Après
la grève des huit jours, les deux branches démantelées de la ZAA sont
reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone.
Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu'à son
arrestation en septembre 1957. L'épopée de la première zone autonome
prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où
s'étaient barricadés Ali Amar et ses derniers compagnons. Construite
sur le modèle pyramidal, la ZAA était composée d'environ 12 000 hommes
répartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et
politique.La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier,
hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base
à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. C'était le
vivier où puisait constamment l'organisation pour le recrutement des
militants, des moudjahidine et des fidaïne. Ces derniers sans attache
à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d'une
cinquantaine d'hommes par région.Branche militaire et branche
politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens,
marquait une présence percutante où chaque action perpétrée à Alger
avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la
population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement
médiatisé et les actions particulièrement dévastatrices sur le plan
psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits,
formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD. C'était l'ALN de
la ville, différente de l'ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE
avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul
qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de
l'ennemi et qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde. La
présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part
à Alger (en réalité en plein quartier chic européen du Télemly) était
un gage de garantie et de confiance pour les combattants. Par leurs
actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain,
les moudjahidine jetaient le discrédit sur les autorités et leur
crédibilité et révélaient l'impuissance de la France à maintenir
l'ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et
plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome
de l'isolement, la poussant à un repli sur elle-même, en vérité vers
son origine, en direction de la métropole. Telle fut la Zone autonome
d'Alger qui fit d'Alger dans les années 1956-1957 la capitale de
l'Algérie en guerre et où Abbane et son équipe jouèrent un rôle
déterminant.

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MessageSujet: Re: L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution   Mar 3 Nov - 23:06

III Le personnage de Ramdane Abbane

Comme tous les grands personnages de l'histoire, Abbane a eu ses
détracteurs, qualifié par eux, tantôt de «régionaliste», hostile à
«l'arabo-islamisme», tantôt d'«autoritariste», voire par certains
d'«agent de l'ennemi», de «traître» même. Avant de répondre à ces
accusations, disons un mot sur son itinéraire. Ayant obtenu son
baccalauréat en 1942 au Collège colonial de Blida (l'actuel lycée
Ibnou Rochd), Abbane trouva un emploi à Chelghoum El-Id (ex
Châteaudun-du-Rhumel) comme secrétaire de commune mixte. Il le
sacrifiera aussitôt pour s'engager résolument dans le PPA, le seul
parti à revendiquer l'indépendance. En 1950, chef de la wilaya d'Oran
et membre du Comité central du PPA-MTLD, il est arrêté pendant la
grande répression de l'OS, branche armée de ce dernier (le rôle du
chef de wilaya était de situer dans l'organisation politique les
éléments aptes à la lutte armée et de les verser à l'OS). Il est
transféré d'une prison à l'autre, en Algérie et en France, et libéré
après 5 ans de détention, en janvier 1955, souffrant d'un ulcère à
l'estomac consécutif à ses nombreuses grèves de la faim. Il a
beaucoup lu au cours de sa détention. Lorsque Krim et Ouamrane
viennent lui rendre visite à sa sortie de prison et lui exposer la
situation qu'ils vivaient, il est consterné par l'extrême faiblesse
des moyens de la Révolution et l'insuffisance des cadres maquisards
qui, malgré leur courage à toute épreuve et leur mépris de la mort
étaient marqués par l'illettrisme et l'analphabétisme, un sérieux
handicap pour mener la guerre et conduire des milliers d'hommes et de
femmes dans le chemin de l'indépendance. Mais cela ne le décourage
nullement et il se jette corps et âme dans la bataille, décidé à
offrir le meilleur de lui-même. D'où sa démarche d'ouvrir les portes
du FLN à tout Algérien désireux de servir la patrie et de rechercher
des militants formés et compétents qui manquaient cruellement à la
Révolution. Il s'était vu confier la responsabilité d'Alger-ville par
Krim et Ouamrane. Fidèle à sa politique d'union nationale, il fit
appel aux «centralistes» et aux éléments de l'UDMA et de l'Association
des Ulémas dont certains seront désignés par le Congrès de la Soummam
au CNRA. Il s'agit de la présence à cet organisme des «Centralistes»
(Aïssat, Dahlab, Ben Khedda, Yazid, Mehri, Louanchi, Temmam), des
éléments de l'UDMA (Abbas, Francis) et de l'association des Ulémas (
Tewfik el Madani et Brahim Mezhoudi).Dans une lettre au CCE, Ben Bella
écrit:«Ces décisions (celles générales du Congrès de la Soummam) ont
été en outre, assorties d'autres décisions consacrant la présence
d'éléments au sein des organismes dirigeants du Front, qui sont une
véritable aberration des principes les plus intangibles de notre
Révolution, et qui, si on y prend garde, finiraient, je pèse les mots,
à lui faire tordre une fois pour toutes le cou.» (Mohammed Harbi, Les
archives de la Révolution, page 168).Dans l'esprit de Abbane et des
congressistes de la Soummam, la présence de ces éléments est le reflet
de la société algérienne avec ses différentes composantes et
sensibilités qu'il s'agit de récupérer à travers les tendances qu'ils
représentent et de les engager résolument dans la guerre pour
l'indépendance.Le CNRA, c'est le parlement du FLN où la majorité des
membres, 30 sur 34, appartient à l'ex-PPA-MTLD, véritable Assemblée
législative qui définit l'orientation et la politique du FLN, la seule
autorité engageant les négociations avec l'adversaire et habilitée à
proclamer le cessez-le-feu. Abbane est logique avec lui-même. Pour
lui il n'y a point de salut en dehors de l'union nationale et sans le
rassemblement aussi large que possible des forces nationales du pays.
Dans les reproches faits au Congrès adressés à la direction du FLN par
certains membres de la délégation extérieure, c'est surtout la
présence au CCE de Ben Khedda et Dahlab qui est visée, «centralistes»,
accusés d'avoir combattu le déclenchement armé du 1er Novembre 1954.
Des «centralistes» devenus membres du CCE, habilités en outre à
«contrôler les activités de nos organismes à l'intérieur et à
l'extérieur», cela était insupportable pour les «chefs historiques»
qui estimaient qu'eux seuls avaient le droit de diriger le FLN et la
Révolution.En réalité, c'était Abbane qui était ciblé et dont la
montée fulgurante donnait des cauchemars à certains?S'il y avait des
reproches à faire contre la désignation au CCE des deux
«centralistes», ce n'était pas uniquement à Abbane à les adresser mais
aux 4 ou 5 colonels de wilaya présents au Congrès et qui avaient
ratifié ce choix. 5 ans après, c'est à ce même Ben Khedda et à ce
même Dahlab qu'il est fait appel en 1961, l'un pour être le deuxième
président du GPRA, l'autre pour mener à bien les négociations avec la
France. Et comme par hasard, l'appel est toujours adressé par des
chefs militaires, les 3 colonels-ministres du GPRA. On rapporte que
Youcef Zighoud, proposé membre du CCE, aurait refusé pour se consacrer
entièrement à sa wilaya. Quant au principe de la primauté du
politique sur le militaire, cela signifie que le FLN commande l'ALN et
non l'inverse. Ce n'était pas une idée propre à Abbane mais à tous
les congressistes de la Soummam. Elle a servi de base à toutes les
révolutions triomphantes. Le mérite de Abbane a été de l'avoir fait
partager à ses pairs et d'avoir tenté de la mettre à exécution.
Appliquée de nos jours à l'Etat de droit, cette règle signifie que le
civil commande le militaire et qu'au sommet de l'Etat le président de
la République est le chef suprême des armées. N'est-ce pas là le mal
qui ronge l'Etat algérien depuis l'indépendance et qui nous a conduit
à la tragédie actuelle? Abbane «régionaliste»? Abbane et les
congressistes de la Soummam dans une lettre adressée à la Fédération
de France du FLN en pleine guerre ont sévèrement condamné les éléments
«berbéristes, messalistes et autres contre-révolutionnaires qui
continuent leur travail de sape et de division au sein de l'émigration
algérienne» (Voir le livre d'Anne-Marie Louanchi, Parcours d'un
militant paru récemment aux éditions Dahlab). Bien que francophone de
formation, il a toujours soutenu et défendu le principe de l'identité
algérienne rattachée à la culture arabo-islamique telle qu'elle avait
été définie dans le PPA-MTLD son école de militantisme, en opposition
à la théorie colonialiste de «l'Algérie française» ou celle de
«l'Algérie, nation en formation». Bien que non pratiquant, il a
toujours observé le plus grand respect envers ses compagnons d'armes
quant à leur foi et leur piété musulmanes. Ce qui lui importait avant
tout, c'était l'unité de tous les Algériens sans distinction qui,
seule, pouvait libérer l'Algérie de la domination coloniale. Si la
victoire de l'indépendance a été possible, c'est en grande partie
grâce à cette unité du peuple qui a opposé un front uni à
l'adversaire.

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MessageSujet: Re: L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution   Mar 3 Nov - 23:10

Abbane «autoritariste»?

Mais Abbane n'était pas seul. Il avait toute une équipe autour de lui
menant des activités diverses et où chacun avait un secteur
particulier : organisation, finances, logistique, milieu européen,
avocats, liaisons. Lorsque nous étions à Alger, nul protocole
n'existait entre nous. Nous étions à la même enseigne. Aucun n'avait
le pas sur l'autre. Nous courions tous le même danger : celui de
tomber entre les mains des paras de Massu-Bigeard et l'arrestation
était suspendue au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès.
Mais il y avait une entente tacite, une espèce de modus vivendi qui
consistait à faire confiance à Abbane et à lui reconnaître le
leadership parce que c'était un homme de décision, un animateur, un
coordonnateur. C'était lui qui assurait la correspondance avec les
wilayate, les Fédérations de France, de Tunisie et du Maroc et la
délégation extérieure. Le CDE alors était homogène.C'est à la sortie
du CCE du territoire national que les choses changent, sortie décidée
par les 4 membres restants, y compris Abbane, après la mort de Ben
M'hidi. Une sortie lourde de conséquences, loin du terrain propre de
la lutte, dans l'exil propice aux complots, aux coups bas, aux
man'uvres de toutes sortes et qui sera fatal à Abbane. Son grand
défaut a été son tempérament. Abbane était entier. Chez lui point de
nuances. Il lui arrivait d'exploser, d'entrer dans une violente
colère lorsqu'il s'apercevait d'une anomalie, d'un défaut, d'un abus,
quitte à faire à son auteur des observations en pleine figure, parfois
blessantes et publiques. «Tu ne comprends rien», avait-il dit un jour
à l'un de ses pairs, membre du CCE. Un autre, il le traita de
«fasciste». Une fois qu'il avait «vidé son sac», il se reprenait. Il
n'était pas vindicatif ni rancunier. Qui peut se vanter parmi ceux
qui ont exercé des responsabilités au cours de la guerre de libération
d'avoir été «démocrate» et de n'avoir pas pris parfois des décisions
«absolutistes». Les événements imposent souvent d'en prendre sur le
champ et Abbane en a pris. Cependant, avec tout le respect et la
considération que nous devons à la mémoire de Abbane, à l'oeuvre qu'il
a accomplie et à la contribution qu'il apporta à la cause de
l'indépendance, nous ne devons pas tomber dans le «culte du héros», le
«culte des morts» en honneur chez les peuples d'Occident qui érigent
des statues et des stèles à leurs grands hommes. C'est là une
pratique contraire à nos m'urs, à nos traditions nationales et à nos
valeurs islamiques qui assimilent cette pratique à une forme de chirk,
polythéisme tendant à associer le culte de Dieu l'Unique au culte de
l'homme. Inspirons-nous de ses idées, mais n'allons pas jusqu'à
l'adorer. Pour nous, Abbane est dans nos c'urs, et c'est en luttant
pour le triomphe des idées qu'il a défendues que nous serons fidèles à
sa mémoire, idées qui demeurent plus que jamais d'actualité dans notre
Algérie souffrante: -la primauté du politique sur le militaire, -la
primauté de l'intérieur sur l'extérieur (des problèmes internes sur
les problèmes externes),-l'unité du peuple. Dans son livre paru
récemment Ali Kafi fait parler des anciens chefs de la Révolution qui
auraient lancé contre Abbane des accusations de «traître» «agent de
l'ennemi» et autres «liens secrets». Ces chefs sont connus pour avoir
été des adversaires et des rivaux de Abbane à la direction du FLN. A
l'appui de ce qu'il avance, Kafi fait état d'affirmations plus ou
moins vagues sans fournir des preuves tangibles : les personnes
impliquées dans cette «trahison», leurs lieux de rencontre, les dates,
les décisions prises et autres faits concrets. Les arguments de
l'auteur sont loin d'être convaincants. Alors que l'Algérie se débat
dans les convulsions d'une tragédie sans nom, alors que la jeunesse
algérienne est à la recherche de ses repères historiques, on ne peut
s'empêcher de se poser la question suivante : quelle motivation a
poussé Kafi, secrétaire de l'Organisation nationale des moujahidine à
diffamer et à calomnier un symbole de la Révolution, connu pour son
'uvre historique d'unification des forces nationales qui a permis la
libération de l'Algérie. Il a poussé l'outrecuidance jusqu'à
s'attaquer à un mort et salir sa mémoire, jouant par là un rôle peu
glorieux et peu digne.

B. B. *Titres et intertitres de notre rédaction (1) Le Sud c'était
la wilaya VI.


Liste des «22» du CRUA (juin 1954) -Mokhtar BADJI-Othmane Belouizdad
-Ramdane BEN ABDELMALEK-Ben Mostefa BEN AOUDA - Mustapha
BENBOULAID-Mohammed - Larbi BEN M'HIDI - Lakhdar BEN TOBBAL - Rabah
BITAT - Zoubir BOUADJADJ-Slimane BOUALI-Ahmed BOUCHAIB-Mohammed
BOUDIAF - Abdelhafid BOUSSOUF-Lyès DERRICHE-Mourad DIDOUCHE -
Abdesselam HABBACHI-Abdelkader LAMOUDI-Mohammed MECHATTI-Slimane
MELLAH -Mohammed MERZOUGUI-Boudjemaâ SOUIDANI-Youcef ZIGHOUD
Les noms sont cités par ordre alphabétique.


Source:
http://algeriedemocratie.unblog.fr


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MessageSujet: Re: L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution   Dim 15 Nov - 13:02

je suis heureux de lire cette partie du declenchement du ier novembre 1954.JE CROIS QUE ABANE RAMDANE EST UN GRAND HOMME C4EST UN BON ORGANISATEUR.IL VOULAIT SIMPLEMENT CHANGER CERTAINES IDEE.MAIS LE SYSTEME EST EN PLACE .IL FAUT LUI RENDRE HOMAGE CE N EST QUE JUSTICE POUR NOS VALEUREUX CHOUHADAS.COMME QUOI IL N Y PAS DE OEUF SON LE CASSER.
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L'apport de Ramdane Abbane à la Révolution

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