II La Zone autonome d'AlgerLa ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son
importance stratégique sur l'échiquier national, de par la portée
psychologique nationale et internationale de ses interventions, de par
son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était
considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya
du CCE lui-même.Jusqu'à début 1956, l'organisation FLN d'Alger était
structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se
chevauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravitaient
autour de Krim et surtout de Ouamrane et de Abbane, ce dernier secondé
par Ben Khedda.Parmi les plus importants de ces réseaux, citons :- les
réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara, - le
réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,- le réseau Ahcène Laskri et
Ben Mohammed Hammada,- le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab), - le
réseau Cherif Debbih,- le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed
Ghermoul, le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.Toutes les
têtes de file de ces réseaux ont été des adjoints de Abbane. A partir
de mars-avril 1956, l'organisation d'Alger est restructurée en trois
régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres
intégrés au sein de ces régions. L'opération de restructuration
confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu'à août-septembre
1956.En septembre 1956, l'organisation algéroise du FLN prend la
nouvelle dénomination de «Zone autonome d'Alger», avec toutes les
prérogatives d'une wilaya.Siège du CCE, la ZAA est sous l'autorité
statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent
désormais les activités : Abbane, Ben M'hidi et Ben Khedda.Sur le
plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes,
mais complémentaires : La branche militaire, dont le suivi des
activités est confié à Ben M'Hidi: formée de groupes et de commandos
de fidaïne, auxquels s'ajouteront à partir de l'été 1956 les «réseaux
bombes». La branche militaire a été dirigée successivement pa :
(Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956), (Belkacem Bouchafa (avril
1956- août1956), (Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).Avant le
Congrès de la Soummam, la branche militaire activait sous l'autorité
directe d'Ouamrane, lequel était, de la sorte, le responsable
hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.A la fin de 1956,
l'état-major de la branche militaire était constitué comme suit : -
Responsable : Yacef Saâdi ; Adjoint: Ali Amar (Ali La pointe)-
Région I: Abderrahmane Arbadji ; Adjoint: Hadj Othmane
(Kamel)-Région Il : Hammoud Ader,Adjoint : Ahcène Ghandriche,-
Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),Adjoint: Boualem
Benabderramane (Abaza).La branche politique, confiée à Brahim Chergui
était sous la supervision directe de Abbane et de Ben Khedda ; grosso
modo, elle couvrait trois types d'activités :Le travail
politico-idéologique: diffusion des mots d'ordre du FLN, de sa
littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations
afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham», c'est-à-dire
la toute-puissance de l'organisation en tant que symbole et autorité
morale du FLN, appuyée sur d'autres organisations à caractère social,
culturel, économique (UGTA, UGCA, UGEMA?).- Le travail
politico-administratif: encadrement «physique» de la population, sa
sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases
minimales d'un contre-pouvoir et d'une contre-administration
permettant la symbiose permanente entre le peuple et l'organisation,
collecte de l'impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,-
Enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique,
ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt
politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce
terme.La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE disposait
de ses propres groupes de fidaïne. On les appelait aussi «groupes
d'intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes
armés» qui, eux, relevaient de la branche militaire.A la veille de la
grève des huit jours (29 janvier - 5 février 1957), l'état-major de la
branche politique se composait comme suit :-Responsable: Brahim
Chergui-RégionI : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hachemi Hammoud (Si
Hocine), Adjoint :Sadek Keramane et Abderrahmane Naït Merzouk, -
Région II : Hachem Malek,Adjoints: Mahmoud Messaoudi et Toufik
Bensemane.-Région III : Bellouni Si El-Mahfoud, Adjoints: Rachid
Benrahmoune et Mohammed Sahraoui. Les membres des réseaux «bombes»,
une quarantaine, formaient les unités d'élite dans ce dispositif.Après
la grève des huit jours, les deux branches démantelées de la ZAA sont
reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone.
Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu'à son
arrestation en septembre 1957. L'épopée de la première zone autonome
prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où
s'étaient barricadés Ali Amar et ses derniers compagnons. Construite
sur le modèle pyramidal, la ZAA était composée d'environ 12 000 hommes
répartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et
politique.La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier,
hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base
à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. C'était le
vivier où puisait constamment l'organisation pour le recrutement des
militants, des moudjahidine et des fidaïne. Ces derniers sans attache
à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d'une
cinquantaine d'hommes par région.Branche militaire et branche
politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens,
marquait une présence percutante où chaque action perpétrée à Alger
avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la
population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement
médiatisé et les actions particulièrement dévastatrices sur le plan
psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits,
formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD. C'était l'ALN de
la ville, différente de l'ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE
avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul
qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de
l'ennemi et qui n'existe nulle part ailleurs dans le monde. La
présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part
à Alger (en réalité en plein quartier chic européen du Télemly) était
un gage de garantie et de confiance pour les combattants. Par leurs
actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain,
les moudjahidine jetaient le discrédit sur les autorités et leur
crédibilité et révélaient l'impuissance de la France à maintenir
l'ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et
plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome
de l'isolement, la poussant à un repli sur elle-même, en vérité vers
son origine, en direction de la métropole. Telle fut la Zone autonome
d'Alger qui fit d'Alger dans les années 1956-1957 la capitale de
l'Algérie en guerre et où Abbane et son équipe jouèrent un rôle
déterminant.
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