La DCRI en échec [France]

La DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) est née par décret le 27 juin 2008, de la fusion des Renseignements Généraux et de la DST. Elle compte aujourd’hui près de 4.000 fonctionnaires dirigés par le Préfet Bernard Squarcini, nommé directeur de la DST en 2007 pour préparer cette fusion. Le chef du « contre-espionnage », proche du président Nicolas Sarkozy, est chargé d’animer un « FBI » à la Française. L’affaire de Tarnac a pour la première fois permis à ce service de s’illustrer dans la presse. Mais force est de constater, presque 6 mois après le déclenchement de « l’opération Taïga », que cette fameuse DCRI n’a, non seulement, rien prouvé contre les « mis en examen » et plus grave n’a rien empêcher des actions qui leur sont reprochés, malgré une filature exceptionnelle. A lui seul, du fond de sa cellule, Julien Coupat, a, bien malgré lui, démontré les faiblesses de la police d’élite française.
Le Monde, Charlie Hedbo, Libération. Les quotidiens qui ont eu accès au dossier d’instruction de l’affaire de Tarnac sont de plus en plus nombreux. La menace de l’avocate de Julien Coupat, Irène Terrel, au soir de la décision de la cour d’appel de Paris de refuser pour la 3ème fois la demande de remise en liberté de son client, a visiblement été mise à exécution. Bien sur les journalistes ne révèlent jamais leur source. Bien sur, les avocats nieront farouchement être les auteurs de ces graves manquements au secret de l’instruction, qu’ils dénoncent avec tant de force, quand les faits révélés sont contraire à l’intérêt de leur client. Peu importe finalement, ces péripéties, si courantes dans les dossiers d’instruction médiatiques, ou le secret de l’instruction n’est qu’un épouvantail. L’essentiel, ce sont ces révélations sur l’impressionnant dispositif de surveillance mis en place autour de Julien Coupat, de ses amis et de la commune Tarnac. L’épicerie était sur écoute, pour 3.000 euros par mois. Il y avait des caméras dans les arbres sur la route menant à la ferme du Goutailloux, et à l’entrée de l’appartement parisien de Julien Coupat. Les voitures étaient équipées de puces électroniques, permettant leur localisation à tout instant. Tous les membres de la communauté étaient fichés, surveillés, écoutés, leurs comptes bancaires épluchés. Un dispositif digne d’un très grand film d’espionnage !
Mais au final, les agents de la DCRI ressemblent plus à OSS 117, qu’à James Bond !
Selon, le patron de la DCRI, cette surveillance avait pour but « de détecter, de surveiller et d’anticiper le passage à l’acte pour éviter des drames ». Or, dans ce dossier, Julien Coupat et ces amis n’ont jamais été empéché d’agir. Ni à Vichy, où il leur est reproché des actions violentes contre la police, lors de la manifestation contre le sommet sur les politiques de lutte contre l’immigration. Ni dans la nuit du 25 au 26 octobre, où aurait été commis le premier acte de sabotage imputé à Julien Coupat et Gabrielle Hallez.
Et surtout pas, au cours de cette fameuse nuit du 07 au 8 novembre, où Julien Coupat et Yldune Lévy sont suivis, minute par minute, où ils sont vus s’arrêtant au bord d’une voie TGV, où ils sont, de l’aveu même des policiers, suspectés d’avoir déposé « une bombe » sur la voie. Les fonctionnaires de la DCRI ont donc laissé agir « un terroriste présumé », surveillé depuis des mois, et supposé capable d’un passage à l’acte dangereux, alors qu’ils pouvaient l’interpeller en flagrant délit. Le plus grand scandale de l’affaire de Tarnac, n’est-il pas là ?
Si les lois anti-terroristes, et les missions de la DCRI sont d’empêcher les terroristes d’agir, force est d’admettre que cette nuit là, les fonctionnaires présents et leur hiérarchie ont fait preuve de négligence ou d’incompétence.
Ils ont expliqué avoir « laisser-faire » pour ne pas « griller la filature ». Et pourtant, le rapport de la SDAT reconnaît que Julien Coupat se sait filer, qu’il développe des stratégies pour « détecter une surveillance policière », la preuve qu’un simple contrôle d’identité n’aurait rien changé à l’affaire.
D’ailleurs, les gendarmes n’ont pas pris autant de précaution avec Benjamin Rosoux, lui aussi probablement « pisté » et contrôlé « par hasard » au cours de cette même nuit, avec Gabrielle Hallez et Manon Glibert quelque part sur chemin de campagne dans l’est de la France.
Si ce déploiement de force policier se révèle finalement aussi couteux qu’inutile « pour éviter les drames », il s’avère aussi et surtout incapable d’apporter la moindre preuve matérielle de la culpabilité des neuf mis en examen.
Les révélations médiatiques de ces derniers jours l’ont longuement démontré, le dossier d’instruction ne contient pas de preuves à charge.
A ce stade, les policiers d’élite de la DCRI ont donc doublement échoué, à empécher les sabotages et à résoudre l’affaire.
Car au délà, de l’abscence de preuve de la culpabilité de Julien Coupat, et de ses amis, se pose un autre problème. Il y a eu cette nuit là, quatre sabotages. La distance séparant les lieux de ces actions concertées, et la surveillance de Julien Coupat, empêchent de lui imputer la responsabilité de ces faits. Il y a donc au moins 2 autres personnes impliquées dans ces sabotages et aujourd’hui encore totalement inconnues des services de police.
Si elles ont agi de concert avec Julien Coupat, elles doivent bien figurer quelque part dans les procès verbaux des filatures et des écoutes téléphoniques effectuées pendant six mois. Julien Coupat a forcément eu des contacts avec ces « complices présumés », qui ont tous été "fichés". Or là encore, le déploiement de moyens policiers s’avère totalement inopérant.
En même temps, qu'il publie l'entretien exclusif du chef du contre-espionnage, notre confrère du « Point » révèle dans son édition du 12 mars, « l’attentat auquel la France a échappé ».
Un jeune islamiste présumé a été interpellé le 16 décembre 2008 alors qu’il projetait, une attaque à la voiture piégée contre le siège de la DCRI. Cet exemple sert à démontrer l’efficacité du travail de la DCRI, largement commenté par Bernard Squarcini.
Il faut bien cela, dans la bataille médiatique de l’affaire de Tarnac, pour que la DCRI réponde aux critiques dont elle fait constamment l’objet.
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