Crimes de la colonisation en Algérie
L'Etoile Nord-Africaine :: Histoire et actualité nationale :: Histoire de l'Algérie :: Evènements Durant la Période Coloniale
Page 1 sur 1 • Partager •
Crimes de la colonisation en Algérie
Torture pendant la guerre d'Algérie
[url][/url]
[url][/url]
Dernière édition par Syfou le Ven 18 Mar - 23:40, édité 2 fois
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
algerie viol au cour de la guerre d'algerie
[url][/url]
[url][/url]
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Evenements et massacres de mai 1945
La situation politique de l’Algérie en 1945 est exposée dans l’article aux origines de la guerre d’Algérie.
Evenements et massacres de mai 1945
Le 8 mai 1945, à Sétif, les nationalistes algériens du PPA (Parti du peuple algérien, interdit) de Messali Hadj (en résidence surveillée) et des AML (Amis du Manifeste et de la liberté) de Ferhat Abbas organisent un défilé pour célébrer la chute de l’Allemagne nazie. Les drapeaux alliés sont en tête. Soudain, pancartes et drapeau algérien sont déployés. Les pancartes portent les slogans « Libérez Messali », « Vive l’Algérie libre et indépendante », « A bas le fascisme et le colonialisme ». Bouzid Saal refuse de baisser le drapeau algérien qu’il porte ; il est abattu par un policier. Cela déclenche l’émeute.
Les Algériens qui fuient sous les coups de feu des policiers agressent à leur tour les Européens qu’ils rencontrent. Partout résonne l’appel à la révolte. A 13 heures le couvre-feu est instauré et l’état de siège décrété à 20 heures. L’armée, la police et la gendarmerie sillonnent les quartiers arabes. La loi martiale est proclamée, et des armes sont distribuées aux Européens. La répression sera terrible.
Le même jour, à Guelma (est de Constantine), la manifestation pacifique organisée par les militants nationalistes, drapeaux algériens et alliés en tête, est arrêtée par le sous-préfet Achiary. La police tire sur le cortège : quatre morts algériens (aucun européen). Achiary décrète le couvre-feu, et fait armer la milice des colons. Cette milice se livre à un véritable pogrom contre la population musulmane. « Je voyais des camions qui sortaient de la ville et, après les intervalles de dix à quinze minutes, j’entendais des coups de feu. Cela a duré deux mois ; les miliciens ramassaient les gens partout pour les tuer. Les exécutions se faisaient surtout à Kef-El-Boumba et à la carrière de Hadj M’Barak ». Des centaines de musulmans de Guelma furent fusillés sans jugement.
L’écrivain Kateb Yacine était collégien à l’époque ; témoin oculaire des événements de Sétif, il écrit :
“Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. A Guelma, ma mère a perdu la mémoire (...) On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre.”
L’insurrection va se propager avec la nouvelle de la répression dans toute la région de Sétif, Guelma, Kherrata, Djidjelli.
La répression a été impitoyable et souvent aveugle
La répression, conduite par l’armée française, mais aussi par des milices européennes déchaînées, sera d’une incroyable violence : exécutions sommaires, massacres de civils, bombardements de mechtas en bordure de mer par des bâtiments de guerre ... Le bilan ne pourra jamais être établi.
Le comble de l’horreur est atteint lorsque les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et qu’elles tirent à distance sur les populations qui fuient vers les montagnes. Les blindés sont relayés par les militaires arrivés en convois sur les lieux.
De nombreux corps n’ont pu être enterrés ; ils sont jetés dans les puits, dans les gorges de Kherrata. Des miliciens utilisent les fours à chaux pour faire disparaître des cadavres. Saci Benhamla, qui habitait à quelques centaines de mètres du four à chaux d’Héliopolis, décrit l’insupportable odeur de chair brûlée et l’incessant va-et-vient des camions venant décharger les cadavres, qui brûlaient ensuite en dégageant une fumée bleuâtre.
À Kef-El-Boumba, « j’ai vu des Français faire descendre d’un camion cinq personnes les mains ligotées, les mettre sur la route, les arroser d’essence avant de les brûler vivants . »
L’armée organise des cérémonies de soumission où tous les hommes doivent se prosterner devant le drapeau français et répéter en choeur : « Nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien ». Certains, après ces cérémonies, étaient embarqués et assassinés.
A suivre...
Evenements et massacres de mai 1945
Le 8 mai 1945, à Sétif, les nationalistes algériens du PPA (Parti du peuple algérien, interdit) de Messali Hadj (en résidence surveillée) et des AML (Amis du Manifeste et de la liberté) de Ferhat Abbas organisent un défilé pour célébrer la chute de l’Allemagne nazie. Les drapeaux alliés sont en tête. Soudain, pancartes et drapeau algérien sont déployés. Les pancartes portent les slogans « Libérez Messali », « Vive l’Algérie libre et indépendante », « A bas le fascisme et le colonialisme ». Bouzid Saal refuse de baisser le drapeau algérien qu’il porte ; il est abattu par un policier. Cela déclenche l’émeute.
Les Algériens qui fuient sous les coups de feu des policiers agressent à leur tour les Européens qu’ils rencontrent. Partout résonne l’appel à la révolte. A 13 heures le couvre-feu est instauré et l’état de siège décrété à 20 heures. L’armée, la police et la gendarmerie sillonnent les quartiers arabes. La loi martiale est proclamée, et des armes sont distribuées aux Européens. La répression sera terrible.
Le même jour, à Guelma (est de Constantine), la manifestation pacifique organisée par les militants nationalistes, drapeaux algériens et alliés en tête, est arrêtée par le sous-préfet Achiary. La police tire sur le cortège : quatre morts algériens (aucun européen). Achiary décrète le couvre-feu, et fait armer la milice des colons. Cette milice se livre à un véritable pogrom contre la population musulmane. « Je voyais des camions qui sortaient de la ville et, après les intervalles de dix à quinze minutes, j’entendais des coups de feu. Cela a duré deux mois ; les miliciens ramassaient les gens partout pour les tuer. Les exécutions se faisaient surtout à Kef-El-Boumba et à la carrière de Hadj M’Barak ». Des centaines de musulmans de Guelma furent fusillés sans jugement.
L’écrivain Kateb Yacine était collégien à l’époque ; témoin oculaire des événements de Sétif, il écrit :
“Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. A Guelma, ma mère a perdu la mémoire (...) On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre.”
L’insurrection va se propager avec la nouvelle de la répression dans toute la région de Sétif, Guelma, Kherrata, Djidjelli.
La répression a été impitoyable et souvent aveugle
La répression, conduite par l’armée française, mais aussi par des milices européennes déchaînées, sera d’une incroyable violence : exécutions sommaires, massacres de civils, bombardements de mechtas en bordure de mer par des bâtiments de guerre ... Le bilan ne pourra jamais être établi.
Le comble de l’horreur est atteint lorsque les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et qu’elles tirent à distance sur les populations qui fuient vers les montagnes. Les blindés sont relayés par les militaires arrivés en convois sur les lieux.
De nombreux corps n’ont pu être enterrés ; ils sont jetés dans les puits, dans les gorges de Kherrata. Des miliciens utilisent les fours à chaux pour faire disparaître des cadavres. Saci Benhamla, qui habitait à quelques centaines de mètres du four à chaux d’Héliopolis, décrit l’insupportable odeur de chair brûlée et l’incessant va-et-vient des camions venant décharger les cadavres, qui brûlaient ensuite en dégageant une fumée bleuâtre.
À Kef-El-Boumba, « j’ai vu des Français faire descendre d’un camion cinq personnes les mains ligotées, les mettre sur la route, les arroser d’essence avant de les brûler vivants . »
L’armée organise des cérémonies de soumission où tous les hommes doivent se prosterner devant le drapeau français et répéter en choeur : « Nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien ». Certains, après ces cérémonies, étaient embarqués et assassinés.
A suivre...
Dernière édition par Syfou le Ven 18 Mar - 23:44, édité 2 fois
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Dans son rapport sur les massacres de Sétif, le général Tubert écrit :
« La raison d’Etat, la commodité d’une répression aveugle et massive parmettant de châtier quelques coupables parmi les milliers d’innocents massacrés, l’immunité administrative de “fait” couvrant par exemple, le sous-préfet de Guelma, fit délibérément et sans excuse arrêter et fusiller, sans autre forme de procès, des musulmans de la ville dont les familles réclament encore en vain une enquête, un jugement ou même une simple explication. »
Le nombre de victimes
Le nombre de victimes algériennes reste encore aujourd’hui impossible à établir mais on peut l’évaluer à plusieurs dizaines de milliers de morts. Le consul général américain à Alger parlera de 40 000 morts. Les Oulémas plus proches du terrain, avanceront le chiffre de 80 000 morts.
Selon l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer, « la seule affirmation possible, c’est que le chiffre dépasse le centuple des pertes européennes et que reste, dans les mémoires de tous, le souvenir d’un massacre qui a marqué cette génération ».
Après les massacres
La barbarie qui s’est déployée à la suite des manifestations du 8 mai 1945 à Sétif et à Guelma marque un tournant dans l’histoire de la lutte nationaliste. Le fossé entre Algériens et Européens ne sera plus jamais comblé. Dans l’immédiat la répression s’abat encore un peu plus sur la direction du mouvement nationaliste. Pour les militants du PPA, le colonialisme a montré son vrai visage. Le temps de la « Révolution par la loi » est révolue et doit faire place à la « Révolution par les armes ».
Pour de nombreux militants nationalistes comme Lakhdar Bentobbal, futur cadre du FLN, le 8 mai 1945 symbolise la prise de conscience que l’engagement dans la lutte armée reste la seule planche de salut. C’est à la suite des événements du 8 mai que Krim Belkacem, l’un des six fondateurs « historiques » du FLN, décide de partir au maquis.
A suivre...
« La raison d’Etat, la commodité d’une répression aveugle et massive parmettant de châtier quelques coupables parmi les milliers d’innocents massacrés, l’immunité administrative de “fait” couvrant par exemple, le sous-préfet de Guelma, fit délibérément et sans excuse arrêter et fusiller, sans autre forme de procès, des musulmans de la ville dont les familles réclament encore en vain une enquête, un jugement ou même une simple explication. »
Le nombre de victimes
Le nombre de victimes algériennes reste encore aujourd’hui impossible à établir mais on peut l’évaluer à plusieurs dizaines de milliers de morts. Le consul général américain à Alger parlera de 40 000 morts. Les Oulémas plus proches du terrain, avanceront le chiffre de 80 000 morts.
Selon l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer, « la seule affirmation possible, c’est que le chiffre dépasse le centuple des pertes européennes et que reste, dans les mémoires de tous, le souvenir d’un massacre qui a marqué cette génération ».
Après les massacres
La barbarie qui s’est déployée à la suite des manifestations du 8 mai 1945 à Sétif et à Guelma marque un tournant dans l’histoire de la lutte nationaliste. Le fossé entre Algériens et Européens ne sera plus jamais comblé. Dans l’immédiat la répression s’abat encore un peu plus sur la direction du mouvement nationaliste. Pour les militants du PPA, le colonialisme a montré son vrai visage. Le temps de la « Révolution par la loi » est révolue et doit faire place à la « Révolution par les armes ».
Pour de nombreux militants nationalistes comme Lakhdar Bentobbal, futur cadre du FLN, le 8 mai 1945 symbolise la prise de conscience que l’engagement dans la lutte armée reste la seule planche de salut. C’est à la suite des événements du 8 mai que Krim Belkacem, l’un des six fondateurs « historiques » du FLN, décide de partir au maquis.
A suivre...
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Des extraits du rapport du général Tubert, après les massacres de mai 1945
Alors que la fraternité régnait sur les champs de bataille de l’Europe, en Algérie le fossé se creusait de plus en plus entre les deux communautés. Déjà les provocations fusent. Les indigènes menacent les Français. Beaucoup n’osent plus se promener avec des Européens. Les pierres volent, les injures pleuvent. Les Européens répliquent par des termes de mépris. "Sale race" résonnait trop fréquemment. Les indigènes n’étaient pas toujours traités, quel que fût leur rang, avec le minimum d’égards. Ils sont l’objet de moqueries, de vexations.
Trois faits nous ont été racontés, prouvant l’état d’esprit de la population musulmane :
- Un instituteur de la région de Bougie donne à ses élèves un modèle d’écriture : " Je suis français, la France est ma patrie." Les enfants musulmans écrivent : "Je suis algérien, l’Algérie est ma patrie."
- Un autre instituteur fait un cours sur l’Empire romain. Il parle des esclaves. "Comme nous", crie un gosse.
- A Bône enfin, une partie de football opposant une équipe entièrement européenne à un "onze" musulman doit être arrêtée par crainte d’émeute...
La multiplicité des renseignements qui nous sont parvenus permet d’affirmer que les démonstrations de cet état d’esprit couvraient tout le territoire algérien.
[...] Les musulmans ayant séjourné en métropole comme soldats ou travailleurs ont porté leur attention sur des faits sociaux qui passaient inaperçus aux yeux de leurs parents. Ils font des comparaisons entre leur situation et celle des Européens, qu’ils jugent privilégiés. [...] Ils jalousent les colons propriétaires de grands domaines. Un seul colon règne en maître sur des milliers d’hectares et ils comparent sa richesse à leur misère.
http://www.ldh-toulon.net
Alors que la fraternité régnait sur les champs de bataille de l’Europe, en Algérie le fossé se creusait de plus en plus entre les deux communautés. Déjà les provocations fusent. Les indigènes menacent les Français. Beaucoup n’osent plus se promener avec des Européens. Les pierres volent, les injures pleuvent. Les Européens répliquent par des termes de mépris. "Sale race" résonnait trop fréquemment. Les indigènes n’étaient pas toujours traités, quel que fût leur rang, avec le minimum d’égards. Ils sont l’objet de moqueries, de vexations.
Trois faits nous ont été racontés, prouvant l’état d’esprit de la population musulmane :
- Un instituteur de la région de Bougie donne à ses élèves un modèle d’écriture : " Je suis français, la France est ma patrie." Les enfants musulmans écrivent : "Je suis algérien, l’Algérie est ma patrie."
- Un autre instituteur fait un cours sur l’Empire romain. Il parle des esclaves. "Comme nous", crie un gosse.
- A Bône enfin, une partie de football opposant une équipe entièrement européenne à un "onze" musulman doit être arrêtée par crainte d’émeute...
La multiplicité des renseignements qui nous sont parvenus permet d’affirmer que les démonstrations de cet état d’esprit couvraient tout le territoire algérien.
[...] Les musulmans ayant séjourné en métropole comme soldats ou travailleurs ont porté leur attention sur des faits sociaux qui passaient inaperçus aux yeux de leurs parents. Ils font des comparaisons entre leur situation et celle des Européens, qu’ils jugent privilégiés. [...] Ils jalousent les colons propriétaires de grands domaines. Un seul colon règne en maître sur des milliers d’hectares et ils comparent sa richesse à leur misère.
http://www.ldh-toulon.net
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie

- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
deux rapports du consul de Suisse sur les événements de mai 1945 à Sétif
Deux documents de 1945, concernant les événements de Kabylie algérienne, émanant du Consul de Suisse en Algérie .
• le premier, du 15 mai 1945, à propos d’émeutes algériennes,
• le second, du 12 juin 1945, à propos d’émeutes indigènes.
Alger, le 15 Mai 1945
Emeutes algériennes en Kabylie algérienne
Monsieur le Ministre,
Le télégraphe et la radio vous auront sans doute brièvement appris les émeutes sanglantes fomentées par d’importante groupes d’Indigènes kabyles, dans la "Kabylie des Babors" du Département de Constantine, notamment à Sétif.
Vous trouverez sous ce pli deux coupures de "l’Écho d’Alger" et de "La Dépéche Algérienne", qui relatent les incidents tragiques dont il s’agit. Ces révélations sont d’inspiration officielle et taisent évidement moult faites plus ou moins graves ou mystérieux.
Nombreuses furent les rumeurs, étranges ou contradictoires, qui, durant ces derniers fours, circulèrent dans toute l’Algérie et provoquèrent une grosse émotion et même beaucoup d’angoisse, surtout parmi les Juifs (ennemis héréditaires des Kabyles et Arabes), les Colons européens isolés et les populations européennes, en général. Beaucoup de ces derniers crurent à un soulèvement organisé et déclenché partout à la fois.
Il n’en fut heureusement rien. Les quelques attaques de Sétif, de Guelma et d’autres lieux, qui se déroulèrent le 8 mai, coûtèrentt répète-t-on, une cinquantaine de vies européennes, et furent assez rapidement maîtrisées par une répression militaire et policière particulièrement violente. Des troupes furent déplacées en avion ; et les mitrailleuses crachèrent avidement du ciel et de terre ; on parle de plusieurs milliers de morts et blessés parmi les Indigènes ; c’est cependant soue toute réserve que je vous donne cette information, incontrôlable pour le moment, me réservant de revenir sur les causes et le bilan de ces émeutes dès que je possèderai des informations plus précises.
Les causes n’en sont pas encore bien connues ; les communistes sont assez facilement accusée ; ils se défendent habilement. L’enquête établira peut-être les responsabilités. Main d’ores et déjà, il semble établi que les meneurs d’émeutes n’ont pas eu de peine à exploiter le grand mécontentaient des Indigènes des contrées dont il s’agit, qui ont tout particulièrement à se plaindre d’un ravitaillement par trop indigent et dont, par surcroit, l’organisation laisse toujours plus à désirer.
Depuis quelques six ans, la sécheresse se renouvelle chaque année plus intensément en Algérie en particulier, et en Afrique du Nord en général. Les prochaines moissons seront plus déficitaires que jamais ; les légumes manquent déjà et la ration de pain n’est que de 300 gr. ; c’est absolument insuffisant pour des gens qui en font, comme les Arabes et Kabyles, leur principale nourriture.
L’ordre est rétabli. Mais il est à craindre que de nouvelles émeutes éclatent derechef par ailleurs si le ravitaillement des grandes masses algériennes ne peut être sensiblement amélioré au cours de ces prochaine mois ; or, il convient de souligner que la plupart des membres de ces grandes masses ne n’appliquent pas ou peu - soit par leur volonté bien arrêtée de travailler le moins possible ou pas du tout, soit par leurs méthodes ancestrales et leur rendement insuffisant - à contribuer à améliorer eux-mêmes leur sort ou à faciliter la tâche du Gouvernement Général.
D’autre part, on sait que beaucoup d’entre eux disposent désormais d’armes automatiques et autres, volées ou achetées aux Allemande en Tunisie et aussi aux Américaine en Algérie...
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, les assurances de ma haute considération.
Le Consul, J. Arber
A suivre...
Deux documents de 1945, concernant les événements de Kabylie algérienne, émanant du Consul de Suisse en Algérie .
• le premier, du 15 mai 1945, à propos d’émeutes algériennes,
• le second, du 12 juin 1945, à propos d’émeutes indigènes.
Alger, le 15 Mai 1945
Emeutes algériennes en Kabylie algérienne
Monsieur le Ministre,
Le télégraphe et la radio vous auront sans doute brièvement appris les émeutes sanglantes fomentées par d’importante groupes d’Indigènes kabyles, dans la "Kabylie des Babors" du Département de Constantine, notamment à Sétif.
Vous trouverez sous ce pli deux coupures de "l’Écho d’Alger" et de "La Dépéche Algérienne", qui relatent les incidents tragiques dont il s’agit. Ces révélations sont d’inspiration officielle et taisent évidement moult faites plus ou moins graves ou mystérieux.
Nombreuses furent les rumeurs, étranges ou contradictoires, qui, durant ces derniers fours, circulèrent dans toute l’Algérie et provoquèrent une grosse émotion et même beaucoup d’angoisse, surtout parmi les Juifs (ennemis héréditaires des Kabyles et Arabes), les Colons européens isolés et les populations européennes, en général. Beaucoup de ces derniers crurent à un soulèvement organisé et déclenché partout à la fois.
Il n’en fut heureusement rien. Les quelques attaques de Sétif, de Guelma et d’autres lieux, qui se déroulèrent le 8 mai, coûtèrentt répète-t-on, une cinquantaine de vies européennes, et furent assez rapidement maîtrisées par une répression militaire et policière particulièrement violente. Des troupes furent déplacées en avion ; et les mitrailleuses crachèrent avidement du ciel et de terre ; on parle de plusieurs milliers de morts et blessés parmi les Indigènes ; c’est cependant soue toute réserve que je vous donne cette information, incontrôlable pour le moment, me réservant de revenir sur les causes et le bilan de ces émeutes dès que je possèderai des informations plus précises.
Les causes n’en sont pas encore bien connues ; les communistes sont assez facilement accusée ; ils se défendent habilement. L’enquête établira peut-être les responsabilités. Main d’ores et déjà, il semble établi que les meneurs d’émeutes n’ont pas eu de peine à exploiter le grand mécontentaient des Indigènes des contrées dont il s’agit, qui ont tout particulièrement à se plaindre d’un ravitaillement par trop indigent et dont, par surcroit, l’organisation laisse toujours plus à désirer.
Depuis quelques six ans, la sécheresse se renouvelle chaque année plus intensément en Algérie en particulier, et en Afrique du Nord en général. Les prochaines moissons seront plus déficitaires que jamais ; les légumes manquent déjà et la ration de pain n’est que de 300 gr. ; c’est absolument insuffisant pour des gens qui en font, comme les Arabes et Kabyles, leur principale nourriture.
L’ordre est rétabli. Mais il est à craindre que de nouvelles émeutes éclatent derechef par ailleurs si le ravitaillement des grandes masses algériennes ne peut être sensiblement amélioré au cours de ces prochaine mois ; or, il convient de souligner que la plupart des membres de ces grandes masses ne n’appliquent pas ou peu - soit par leur volonté bien arrêtée de travailler le moins possible ou pas du tout, soit par leurs méthodes ancestrales et leur rendement insuffisant - à contribuer à améliorer eux-mêmes leur sort ou à faciliter la tâche du Gouvernement Général.
D’autre part, on sait que beaucoup d’entre eux disposent désormais d’armes automatiques et autres, volées ou achetées aux Allemande en Tunisie et aussi aux Américaine en Algérie...
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, les assurances de ma haute considération.
Le Consul, J. Arber
A suivre...
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Un mois plus tard ...
Alger, le 12 juin 1945
Emeutes indigènes en Kabylie algérienne
Monsieur le Ministre,
En vous confirmant mon rapport du 15 mai, j’ai l’honneur de vous remettre ci-joint :
1°) une coupure de "L’Echo d’Alger" du 19 mai, relatant les événements insurrectionnels algériens du 8 mai et publiant le bilan des émeutes ;
2°) une coupure de l’hebdomadaire "La Marseillaise" reproduisant un article "L’Algérie blessée" de François Quilici, sur l’état d’esprit des indigènes avant ce soulèvement partiel ;
3°) trois coupures de "Les Dernières Nouvelles" d’Alger des 1er, 5 et 6 juin, publiant des articles de Paul Gaudibert, intitulés "Historique de l’insurrection".
Ces articles établissent, et il est désormais de notoriété publique, que le mouvement sanglant dont il s’agit avait un caractère nettement politique tendant à l’indépendance complète de l’Algérie et au refoulement des Français au-delà de la Méditerranée. Deux importants groupements, entre autres, aspiraient à ce but : les "Amis du Manifeste", conduits par Ferhat Abbas, Délégué financier et Conseiller Général de Sétif (qui, dit-on, fréquenta naguère M. Murphy), et le Parti populaire algérien, créé par Messali, interné depuis plusieurs années et traféré récemment en A.E.F.
Quelles furent les causes de ce soulèvement raté ? Il faut les attribuer tout d’abord aux conditions de vie pitoyables des masses indigènes, puis à l’insuffisance de développement éducatif et social de ces populations, à leur ravitaillement par trop mal organisé et par trop précaire, comme aussi, -il faut le souligner- à la paresse et à l’indolence traditionnelles de la majorité des autochtones, qui ne font rien pour contribuer à l’amélioration de leur sort et qui ne sont nullement murs, ni capables d’assurer la vie et l’indépendance de leur pays ; enfin, le panarabisme du Caire et la politique anti-française des dirigeants musulmans de Syrie et du Liban ne les laissent pas insensibles, au contraire.
Influencés par toutes ces raisons, les meneurs crurent pouvoir profiter de la première journée des réjouissances populaires, qui ont suivi partout l’annonce de la fin de la guerre, pour déclencher leur coup de force en Kabylie des Babors, dans le Département de Constantine. Il fut horriblement sanglant, les émeutiers tuèrent et saccagèrent d’atroce façon, mais la répression fut à la fois rapide, violente et très étendue. Le communiqué officiel indique que, du côté franco-européen, 67 morts et 47 blessés constituèrent le bilan de cette tragique journée ; il tait volontairement les graves résultats de la répression policière et militaire. La rumeur publique affirme avec persistance que les chiffres officiels sont sensiblement inférieurs à ceux de la réalité, et prétend aussi avec non moins de persistance que les interventions de la police, de l’armée, de l’aviation et même de la marine de guerre massacrèrent des milliers d’indigènes et rasèrent plus ou moins complètement plusieurs agglomérations kabyles.
Les émeutes, on le sait, furent rapidement étouffées. Depuis lors, les mesures puissantes de sécurité militaire se sont multipliées. Le calme règne à nouveau. Mais, parmi les Européens, l’inquiétude persiste et réduit considérablement les déplacements à l’intérieur ; le tourisme et les villégiatures en montagne sont, pour l’été prochain, sérieusement compromis.
L’extrême sévérité de la répression permet d’envisager que de nouveaux troubles de même nature ne sont pas imminents. Mais il n’en est pas moins vrai que le soulèvement des indigènes et la lutte pour l’indépendance de l’Algérie restent à l’état latent. Un nouveau fossé sépare désormais Arabo-Kabyles et Français...
Depuis la Conférence de presse du Général de Gaulle, accusant nettement le Grande-Bretagne d’avoir contrecarré les plans français en Syrie et au Liban et d’avoir même fomenté là-bas l’action anti-française de ces derniers temps, les Français d’ici -et surtout ceux, qui, nombreux encore, sont restée secrètement fidèles à Pétain et qui, depuis la défaute de 1940, ne portent pas le Britannique dans leur coeur- ne cachent pas leurs ressentimments envers la "perfide Albion".
Au moment du débarquement du 8 novembre 1941, les Anglais furent accueillis en Algérie avec beaucoup de réserve, pour ne pas dire plus, tandis que les Américains gagnèrent assez rapidement le coeur des masses. Puis, l’inconduite de trop nombreux Yankees leur a valu une progressive indifférence qui fruse l’antipathie -accentuée d’ailleurs par les succès bien orchestrés des troupes françaises sur les théâtres d’opérations. Pendant ce temps, les froids, flegmatiques et suffisants Britanniques, mais combien plus gentlemen et consciencieux que leurs cousins d’Amérique, surent supplanter ces derniers et provoquer à leur profit les sympathies des populations tant françaises qu’arabes de l’Afrique du Nord.
Aujourd’hui, ces sympathies s’effritent à leur tour, sans retourner aux Américains. Mais, il est aussi juste de relever que les Anglais restés ici accentuent désormais leur réserve et même, parfois, leur mépris à l’égard de leurs alliés français. Ca se sens et ça s’entend trop souvent...
La guerre est terminée en Europe. Les appétits de certains vainqueurs se multiplient. L’entente interalliée est soumise à de rudes épreuves. Les peuples "protégés" veulent ou voudront aussi la libération. Et la paix reste à faire, partout. Que nous réserve cette oeuvre de titans !
A suivre...
Alger, le 12 juin 1945
Emeutes indigènes en Kabylie algérienne
Monsieur le Ministre,
En vous confirmant mon rapport du 15 mai, j’ai l’honneur de vous remettre ci-joint :
1°) une coupure de "L’Echo d’Alger" du 19 mai, relatant les événements insurrectionnels algériens du 8 mai et publiant le bilan des émeutes ;
2°) une coupure de l’hebdomadaire "La Marseillaise" reproduisant un article "L’Algérie blessée" de François Quilici, sur l’état d’esprit des indigènes avant ce soulèvement partiel ;
3°) trois coupures de "Les Dernières Nouvelles" d’Alger des 1er, 5 et 6 juin, publiant des articles de Paul Gaudibert, intitulés "Historique de l’insurrection".
Ces articles établissent, et il est désormais de notoriété publique, que le mouvement sanglant dont il s’agit avait un caractère nettement politique tendant à l’indépendance complète de l’Algérie et au refoulement des Français au-delà de la Méditerranée. Deux importants groupements, entre autres, aspiraient à ce but : les "Amis du Manifeste", conduits par Ferhat Abbas, Délégué financier et Conseiller Général de Sétif (qui, dit-on, fréquenta naguère M. Murphy), et le Parti populaire algérien, créé par Messali, interné depuis plusieurs années et traféré récemment en A.E.F.
Quelles furent les causes de ce soulèvement raté ? Il faut les attribuer tout d’abord aux conditions de vie pitoyables des masses indigènes, puis à l’insuffisance de développement éducatif et social de ces populations, à leur ravitaillement par trop mal organisé et par trop précaire, comme aussi, -il faut le souligner- à la paresse et à l’indolence traditionnelles de la majorité des autochtones, qui ne font rien pour contribuer à l’amélioration de leur sort et qui ne sont nullement murs, ni capables d’assurer la vie et l’indépendance de leur pays ; enfin, le panarabisme du Caire et la politique anti-française des dirigeants musulmans de Syrie et du Liban ne les laissent pas insensibles, au contraire.
Influencés par toutes ces raisons, les meneurs crurent pouvoir profiter de la première journée des réjouissances populaires, qui ont suivi partout l’annonce de la fin de la guerre, pour déclencher leur coup de force en Kabylie des Babors, dans le Département de Constantine. Il fut horriblement sanglant, les émeutiers tuèrent et saccagèrent d’atroce façon, mais la répression fut à la fois rapide, violente et très étendue. Le communiqué officiel indique que, du côté franco-européen, 67 morts et 47 blessés constituèrent le bilan de cette tragique journée ; il tait volontairement les graves résultats de la répression policière et militaire. La rumeur publique affirme avec persistance que les chiffres officiels sont sensiblement inférieurs à ceux de la réalité, et prétend aussi avec non moins de persistance que les interventions de la police, de l’armée, de l’aviation et même de la marine de guerre massacrèrent des milliers d’indigènes et rasèrent plus ou moins complètement plusieurs agglomérations kabyles.
Les émeutes, on le sait, furent rapidement étouffées. Depuis lors, les mesures puissantes de sécurité militaire se sont multipliées. Le calme règne à nouveau. Mais, parmi les Européens, l’inquiétude persiste et réduit considérablement les déplacements à l’intérieur ; le tourisme et les villégiatures en montagne sont, pour l’été prochain, sérieusement compromis.
L’extrême sévérité de la répression permet d’envisager que de nouveaux troubles de même nature ne sont pas imminents. Mais il n’en est pas moins vrai que le soulèvement des indigènes et la lutte pour l’indépendance de l’Algérie restent à l’état latent. Un nouveau fossé sépare désormais Arabo-Kabyles et Français...
Depuis la Conférence de presse du Général de Gaulle, accusant nettement le Grande-Bretagne d’avoir contrecarré les plans français en Syrie et au Liban et d’avoir même fomenté là-bas l’action anti-française de ces derniers temps, les Français d’ici -et surtout ceux, qui, nombreux encore, sont restée secrètement fidèles à Pétain et qui, depuis la défaute de 1940, ne portent pas le Britannique dans leur coeur- ne cachent pas leurs ressentimments envers la "perfide Albion".
Au moment du débarquement du 8 novembre 1941, les Anglais furent accueillis en Algérie avec beaucoup de réserve, pour ne pas dire plus, tandis que les Américains gagnèrent assez rapidement le coeur des masses. Puis, l’inconduite de trop nombreux Yankees leur a valu une progressive indifférence qui fruse l’antipathie -accentuée d’ailleurs par les succès bien orchestrés des troupes françaises sur les théâtres d’opérations. Pendant ce temps, les froids, flegmatiques et suffisants Britanniques, mais combien plus gentlemen et consciencieux que leurs cousins d’Amérique, surent supplanter ces derniers et provoquer à leur profit les sympathies des populations tant françaises qu’arabes de l’Afrique du Nord.
Aujourd’hui, ces sympathies s’effritent à leur tour, sans retourner aux Américains. Mais, il est aussi juste de relever que les Anglais restés ici accentuent désormais leur réserve et même, parfois, leur mépris à l’égard de leurs alliés français. Ca se sens et ça s’entend trop souvent...
La guerre est terminée en Europe. Les appétits de certains vainqueurs se multiplient. L’entente interalliée est soumise à de rudes épreuves. Les peuples "protégés" veulent ou voudront aussi la libération. Et la paix reste à faire, partout. Que nous réserve cette oeuvre de titans !
A suivre...
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
La colonie suisse (plus de 2000 membres) n’a, en général, pas eu à souffrir des émeutes kabyles. Mais, les familles isolées dans l’intérieur, et notamment plusieurs dizaines de colons helvètes, ont vécu, à ce moment-là, dans l’inquiétude, voire même dans l’angoisse. Les importantes mesures de sécurité appliquées depuis lors sont de nature à leur redonner quelque peu confiance, mais, comme les colons français, ils ont toutes les raisons de se plaindre de la tenance et violente excitation dûment tolérée de la presse communiste contre eux.
A titre documentaire, je reproduis ci-après quelques passages d’une lettre que j’ai reçue récemment de M. Gustave de Pourtalès, s/directeur de la Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif, stationné au village d’El-Ouricia, près de cette dernière ville :
..."Si je suis encore de ce monde, je puis vous dire que c’est par une véritable protection divine qui a retenu tous les fusils qui ont été braqués sur moi. Nous nous sommes vus, ma femme, ma fille et moi, dans la situation où seule une grâce divine peut nous sauver et où l’on ne peut plus rien attendre ni de soi-même ni d’un calcul humain. Le village a été cerné, envahi, nous avons été tenus en joue pendant près de deux heures, sans savoir pourquoi l’ordre de faire feu n’a pas été donné. L’Abbé Navarro, aumônier de la garnison de Sétif, blessé à coup de feu, achevé à coups de sabre et de batons, a été tué à peu de distance de nous, et nous avons bien cru que le coup de feu qui l’a blessé était le signal de massacre général. Il s’est produit au contraire un repli momentané, mais de courte durée. Les indigènes reprirent leurs positions d’attaque, jusqu’au moment où, avertis de l’approche d’autos-mitrailleuses, ils s’enfuirent dans les montagnes. Depuis lors, nous sommes encore sur un volcan mal éteint, et ce n’est que depuis deux ou trois jours que les travaux de campagne ont pu être repris. Mais la résistance persiste encore dans certains secteurs montagneux. Ces événements ont complètement désorganisé notre vie et j’ai dans mon bureau le poste de commandement de la garnison locale, nous logeons les chefs, et je suis appelé à tout bout de champ à donner des renseignements, faire le secrétaire, etc. etc."
Vous apprécierez s’il y a lieu de donner connaissance confidentiellement et verbalement à M. Francis Audéoud, Président de la Compagnie susvisée, à Genève, 5 rue Petitot (T. 4.72.66) de ce qui précède.
L’acheminement direct de la correspondance postale sur Paris n’étant pas assuré de toute indiscrétion, je m’abstient d’envoyer une copie de la présente à la Légation de Suisse en France, vous laissant le soin de le faire si ces informations sont de nature à retenir votre intérêt et celui de notre représentation diplomatique.
Il va sans dire que chaque fois que nous en serons sollicités, nous interviendrons le plus utilement possible pour assurer la protection vitale de compatriotes se disant menacés ; dans certains cas, nous intercéderons de nous-mêmes -nous l’avons déjà fait au profit de deux femmes missionnaires perdues dans le bled- si les circonstances nous y incitent.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.
Le Consul de Suisse J. Arber
http://www.ldh-toulon.net
A titre documentaire, je reproduis ci-après quelques passages d’une lettre que j’ai reçue récemment de M. Gustave de Pourtalès, s/directeur de la Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif, stationné au village d’El-Ouricia, près de cette dernière ville :
..."Si je suis encore de ce monde, je puis vous dire que c’est par une véritable protection divine qui a retenu tous les fusils qui ont été braqués sur moi. Nous nous sommes vus, ma femme, ma fille et moi, dans la situation où seule une grâce divine peut nous sauver et où l’on ne peut plus rien attendre ni de soi-même ni d’un calcul humain. Le village a été cerné, envahi, nous avons été tenus en joue pendant près de deux heures, sans savoir pourquoi l’ordre de faire feu n’a pas été donné. L’Abbé Navarro, aumônier de la garnison de Sétif, blessé à coup de feu, achevé à coups de sabre et de batons, a été tué à peu de distance de nous, et nous avons bien cru que le coup de feu qui l’a blessé était le signal de massacre général. Il s’est produit au contraire un repli momentané, mais de courte durée. Les indigènes reprirent leurs positions d’attaque, jusqu’au moment où, avertis de l’approche d’autos-mitrailleuses, ils s’enfuirent dans les montagnes. Depuis lors, nous sommes encore sur un volcan mal éteint, et ce n’est que depuis deux ou trois jours que les travaux de campagne ont pu être repris. Mais la résistance persiste encore dans certains secteurs montagneux. Ces événements ont complètement désorganisé notre vie et j’ai dans mon bureau le poste de commandement de la garnison locale, nous logeons les chefs, et je suis appelé à tout bout de champ à donner des renseignements, faire le secrétaire, etc. etc."
Vous apprécierez s’il y a lieu de donner connaissance confidentiellement et verbalement à M. Francis Audéoud, Président de la Compagnie susvisée, à Genève, 5 rue Petitot (T. 4.72.66) de ce qui précède.
L’acheminement direct de la correspondance postale sur Paris n’étant pas assuré de toute indiscrétion, je m’abstient d’envoyer une copie de la présente à la Légation de Suisse en France, vous laissant le soin de le faire si ces informations sont de nature à retenir votre intérêt et celui de notre représentation diplomatique.
Il va sans dire que chaque fois que nous en serons sollicités, nous interviendrons le plus utilement possible pour assurer la protection vitale de compatriotes se disant menacés ; dans certains cas, nous intercéderons de nous-mêmes -nous l’avons déjà fait au profit de deux femmes missionnaires perdues dans le bled- si les circonstances nous y incitent.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.
Le Consul de Suisse J. Arber
http://www.ldh-toulon.net
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie

- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
mai 1945 : les "événements de Sétif" analysés par Albert Camus
Dans la presse française de mai 1945, Albert Camus est l’un des seuls à avoir exposé lucidement le problème politique posé par les événements de Sétif et Guelma.
Après avoir fourni à ses lecteurs le moyen de comprendre le fond du problème, il demande pour l’Algérie « le régime démocratique dont jouissent les Français » - mais sans aborder la question de l’indépendance.
C’est ce qu’expose ci-dessous Yves Benot, dans un large extrait de son ouvrage Massacres coloniaux - éd. La Découverte/Poche, 2001.
La censure militaire, alors en vigueur jusqu’au début juin, n’a rien laissé passer sur les manifestations du 1er mai en Algérie [1].
Quant aux événements du 8 mai, la presse ne pourra commencer à en parler que le 12, à la suite du Conseil des ministres de la veille, et à travers son communiqué. C’est aussi le 11 mai que de Gaulle - président du gouvernement provisoire depuis le 3 juin 1944 - a adressé à Chataigneau [2] un message par lequel il l’incite à faire savoir que la « souveraineté française » sera maintenue. Le communiqué parle assez longuement des difficultés du ravitaillement des « populations indigènes » en Algérie et des mesures prises par le gouvernement. Mais, « en attendant que le ravitaillement parvienne en Algérie, le gouvernement, en raison de l’agitation antifrançaise créée par des éléments indigènes, a adressé au gouverneur général des instructions concernant le maintien de l’ordre dans les trois départements » (texte donné par Combat du 12 mai). Le Populaire du même jour est plus, précis : « Des troubles se sont produits, des villages ont été occupés avec la complicité du parti populaire arabe [sic pour : Parti du peuple algérien ! [3], des agents nazis encore très ombreux et enfin de sectes religieuses qui cherchent leur mot d’ordre auprès des agitateurs panarabes du Caire. » Le ministre de l’Intérieur, Tixier, est socialiste. L’Humanité du 12 mai insiste, elle, sur le rôle de fonctionnaires vichystes et fait allusion aux incidents du 1er mai.
Le 15 mai, Tixier donnera un communiqué plus détaillé qui concerne les 8, 9 et 10 mai, après quoi « l’ordre a été rapidement rétabli par les forces de police assistées de détachements de l’armée et de l’aviation ». A propos de cette dernière, le ministre de l’Air, le communiste Charles Tillon, qui n’a pas dans ses attributions le contrôle de l’emploi de l’aviation, avait, au Conseil des ministres du 11 mai, demandé qu’elle ne soit pas employée pour des bombardements et des mitraillages, mais uniquement en mission de reconnaissance et d’intimidation ; il n’en a rien été.
Le communiqué de Tixier indique que le nombre des victimes dépasse la centaine : il s’agit donc uniquement des victimes européennes. Et il accuse le PPA et les AML (d’après Le Monde daté du 16 mai). Là-dessus, deux réactions caractéristiques, se manifestent. D’une part, France-Soir daté des 13-14 mai publie en une, sur quatre colonnes, un article d’Yves Grosrichard, sous ce titre qui dit tout : « C’est l’agitateur Ferhat Abbas qui a suscité les troubles d’Algérie. Il dispose de fonds importants et d’armes d’origine mystérieuse. » Naturellement, ce titre prépare l’entrée en scène, à la fin de l’article, d’« éléments étrangers » non moins mystérieux.
Le même jour, commence dans Combat la série des six articles d’Albert Camus, retour d’Algérie où il vient de passer trois semaines ; ils paraissent les 13-14, 15, 16, 18, 20-21 et 23 mai [4]. Un post-scriptum du premier article proteste contre l’article de France-Soir dont il relève qu’il n’apporte aucune preuve de ses assertions, et surtout qu’il est bien fait pour justifier une répression aveugle. Et Camus de demander qu’on applique aux Algériens (il dit : « Le peuple arabe » [5]) les « principes démocratiques que nous réclamons pour nous-mêmes ». France-Soir persistera, et le 27 juin, à l’occasion d’une dépêche d’agence de presse sur un prétendu « complot antifrançais » en Algérie, signalera qu’il avait été le premier à mettre en cause « la dangereuse activité » de Ferhat Abbas.
L’intervention de Camus est d’une tout autre rigueur. D’emblée, il affirme qu’il y a crise - et non de simples incidents -, que « le peuple arabe existe », qu’il « n’est pas inférieur sinon par les conditions où il se trouve ». Plus encore, en proclamant que « l’Algérie est à conquérir une seconde fois », il énonce implicitement que, pour l’instant, elle est perdue pour la France - l’Algérie des Algériens s’entend. S’il traite ensuite des problèmes économiques et sociaux, il convient de porter attention à sa formulation : « La crise la plus apparente [6] dont souffre l’Algérie est d’ordre économique. » La misère, le dénuement, la famine, c’est en effet ce qui se voit, ce qui apparaît le plus immédiatement. Mais Camus marque bien que la crise « tient aussi à la conviction où ils [les Arabes] sont que cette faim n’est pas juste ». Ils n’admettent pas que seules les rations des Algériens soient réduites. Le fond du problème est donc une question de justice. Les articles des 18 et 20-21 mai disent tout l’essentiel de l’évolution politique algérienne. Camus a bien perçu que la politique dite d’assimilation est maintenant rejetée par toute la population algérienne. Ce qu’on appelle alors politique d’assimilation signifie l’accession des « Arabes » aux droits civils et politiques des Français - en bloc ou, plus souvent, progressivement -, éventuellement à la citoyenneté française elle-même. Quant à l’égalité sociale effective, objectif incompatible dans toute sa rigueur avec la colonisation, on s’en tient à la formule de l’« élévation » du niveau matériel des « indigènes » (terme encore officiel en 1945). Or Camus sait que l’objectif de l’assimilation, qui avait pu mobiliser une partie de l’opinion algérienne en 1936-1937 (Messali Hadj restant cependant opposé à ce mouvement), est maintenant perçu comme inaccessible et, de toute façon, inaccessible ...
Ce que veut cette population, c’est une Constitution, un Parlement algérien, autrement dit, sinon l’indépendance pure et simple dans une autonomie qui en soit presque l’équivalent. Camus, cela va de soi, n’a pas pu rencontrer Messali, déja déporté, mais il a rencontré Ferhat Abbas dont il traduit bien le programme. Aujourd’hui, après la guerre d’Algérie, après toutes les recherches sur le nationalisme algérien et son histoire, on risque de sous-estimer ce que ces articles ont d’unique à leur date dans la presse française. Camus est seul à définir clairement le problème politique. A-t-il été à cet égard entendu et compris ? C’est douteux, car s’il a été cité avec éloge à l’Assemblée consultative par Bendjelloul [7], aucun des intervenants français ne l’a fait.
Mais Camus lui-même, après avoir fourni à ses lecteurs le moyen de comprendre le fond du problème, en tire des conclusions qui esquivent la question de l’indépendance. Il ne cache qu’il a des affinités électives avec Ferhat Abbas, dont il note avec raison, qu’il n’est pour rien dans les aspects insurrectionnels des événements du Constantinois. Il insiste sur ce qu’il y a de modéré dans le programme des AML. Il ne laisse pas moins clairement entendre que Messali et le PPA ne suscitent pas grande sympathie en lui. Aussi, ce qu’il demande, ce n’est pas la reconnaissance du droit à l’indépendance, c’est la justice, c’est que l’on exporte en Algérie « le régime démocratique dont jouissent les Français » (dans son éditorial du 15 juin, écrit aussitôt après la fin de la censure militaire). Cette assimilation qui ne peut plus satisfaire les « Arabes » - il l’a bien montré -, il demande qu’on la fasse maintenant en grand, pour ainsi dire jusqu’au bout, et en surmontant la haine. La phrase finale revient significativement sur un thème déjà avancé en mai : « C’est la force infinie de la justice, et elle seule, qui doit nous aider à reconquérir l’Algérie et ses habitants. »
Yves Benot
http://www.ldh-toulon.net
Dans la presse française de mai 1945, Albert Camus est l’un des seuls à avoir exposé lucidement le problème politique posé par les événements de Sétif et Guelma.
Après avoir fourni à ses lecteurs le moyen de comprendre le fond du problème, il demande pour l’Algérie « le régime démocratique dont jouissent les Français » - mais sans aborder la question de l’indépendance.
C’est ce qu’expose ci-dessous Yves Benot, dans un large extrait de son ouvrage Massacres coloniaux - éd. La Découverte/Poche, 2001.
La censure militaire, alors en vigueur jusqu’au début juin, n’a rien laissé passer sur les manifestations du 1er mai en Algérie [1].
Quant aux événements du 8 mai, la presse ne pourra commencer à en parler que le 12, à la suite du Conseil des ministres de la veille, et à travers son communiqué. C’est aussi le 11 mai que de Gaulle - président du gouvernement provisoire depuis le 3 juin 1944 - a adressé à Chataigneau [2] un message par lequel il l’incite à faire savoir que la « souveraineté française » sera maintenue. Le communiqué parle assez longuement des difficultés du ravitaillement des « populations indigènes » en Algérie et des mesures prises par le gouvernement. Mais, « en attendant que le ravitaillement parvienne en Algérie, le gouvernement, en raison de l’agitation antifrançaise créée par des éléments indigènes, a adressé au gouverneur général des instructions concernant le maintien de l’ordre dans les trois départements » (texte donné par Combat du 12 mai). Le Populaire du même jour est plus, précis : « Des troubles se sont produits, des villages ont été occupés avec la complicité du parti populaire arabe [sic pour : Parti du peuple algérien ! [3], des agents nazis encore très ombreux et enfin de sectes religieuses qui cherchent leur mot d’ordre auprès des agitateurs panarabes du Caire. » Le ministre de l’Intérieur, Tixier, est socialiste. L’Humanité du 12 mai insiste, elle, sur le rôle de fonctionnaires vichystes et fait allusion aux incidents du 1er mai.
Le 15 mai, Tixier donnera un communiqué plus détaillé qui concerne les 8, 9 et 10 mai, après quoi « l’ordre a été rapidement rétabli par les forces de police assistées de détachements de l’armée et de l’aviation ». A propos de cette dernière, le ministre de l’Air, le communiste Charles Tillon, qui n’a pas dans ses attributions le contrôle de l’emploi de l’aviation, avait, au Conseil des ministres du 11 mai, demandé qu’elle ne soit pas employée pour des bombardements et des mitraillages, mais uniquement en mission de reconnaissance et d’intimidation ; il n’en a rien été.
Le communiqué de Tixier indique que le nombre des victimes dépasse la centaine : il s’agit donc uniquement des victimes européennes. Et il accuse le PPA et les AML (d’après Le Monde daté du 16 mai). Là-dessus, deux réactions caractéristiques, se manifestent. D’une part, France-Soir daté des 13-14 mai publie en une, sur quatre colonnes, un article d’Yves Grosrichard, sous ce titre qui dit tout : « C’est l’agitateur Ferhat Abbas qui a suscité les troubles d’Algérie. Il dispose de fonds importants et d’armes d’origine mystérieuse. » Naturellement, ce titre prépare l’entrée en scène, à la fin de l’article, d’« éléments étrangers » non moins mystérieux.
Le même jour, commence dans Combat la série des six articles d’Albert Camus, retour d’Algérie où il vient de passer trois semaines ; ils paraissent les 13-14, 15, 16, 18, 20-21 et 23 mai [4]. Un post-scriptum du premier article proteste contre l’article de France-Soir dont il relève qu’il n’apporte aucune preuve de ses assertions, et surtout qu’il est bien fait pour justifier une répression aveugle. Et Camus de demander qu’on applique aux Algériens (il dit : « Le peuple arabe » [5]) les « principes démocratiques que nous réclamons pour nous-mêmes ». France-Soir persistera, et le 27 juin, à l’occasion d’une dépêche d’agence de presse sur un prétendu « complot antifrançais » en Algérie, signalera qu’il avait été le premier à mettre en cause « la dangereuse activité » de Ferhat Abbas.
L’intervention de Camus est d’une tout autre rigueur. D’emblée, il affirme qu’il y a crise - et non de simples incidents -, que « le peuple arabe existe », qu’il « n’est pas inférieur sinon par les conditions où il se trouve ». Plus encore, en proclamant que « l’Algérie est à conquérir une seconde fois », il énonce implicitement que, pour l’instant, elle est perdue pour la France - l’Algérie des Algériens s’entend. S’il traite ensuite des problèmes économiques et sociaux, il convient de porter attention à sa formulation : « La crise la plus apparente [6] dont souffre l’Algérie est d’ordre économique. » La misère, le dénuement, la famine, c’est en effet ce qui se voit, ce qui apparaît le plus immédiatement. Mais Camus marque bien que la crise « tient aussi à la conviction où ils [les Arabes] sont que cette faim n’est pas juste ». Ils n’admettent pas que seules les rations des Algériens soient réduites. Le fond du problème est donc une question de justice. Les articles des 18 et 20-21 mai disent tout l’essentiel de l’évolution politique algérienne. Camus a bien perçu que la politique dite d’assimilation est maintenant rejetée par toute la population algérienne. Ce qu’on appelle alors politique d’assimilation signifie l’accession des « Arabes » aux droits civils et politiques des Français - en bloc ou, plus souvent, progressivement -, éventuellement à la citoyenneté française elle-même. Quant à l’égalité sociale effective, objectif incompatible dans toute sa rigueur avec la colonisation, on s’en tient à la formule de l’« élévation » du niveau matériel des « indigènes » (terme encore officiel en 1945). Or Camus sait que l’objectif de l’assimilation, qui avait pu mobiliser une partie de l’opinion algérienne en 1936-1937 (Messali Hadj restant cependant opposé à ce mouvement), est maintenant perçu comme inaccessible et, de toute façon, inaccessible ...
Ce que veut cette population, c’est une Constitution, un Parlement algérien, autrement dit, sinon l’indépendance pure et simple dans une autonomie qui en soit presque l’équivalent. Camus, cela va de soi, n’a pas pu rencontrer Messali, déja déporté, mais il a rencontré Ferhat Abbas dont il traduit bien le programme. Aujourd’hui, après la guerre d’Algérie, après toutes les recherches sur le nationalisme algérien et son histoire, on risque de sous-estimer ce que ces articles ont d’unique à leur date dans la presse française. Camus est seul à définir clairement le problème politique. A-t-il été à cet égard entendu et compris ? C’est douteux, car s’il a été cité avec éloge à l’Assemblée consultative par Bendjelloul [7], aucun des intervenants français ne l’a fait.
Mais Camus lui-même, après avoir fourni à ses lecteurs le moyen de comprendre le fond du problème, en tire des conclusions qui esquivent la question de l’indépendance. Il ne cache qu’il a des affinités électives avec Ferhat Abbas, dont il note avec raison, qu’il n’est pour rien dans les aspects insurrectionnels des événements du Constantinois. Il insiste sur ce qu’il y a de modéré dans le programme des AML. Il ne laisse pas moins clairement entendre que Messali et le PPA ne suscitent pas grande sympathie en lui. Aussi, ce qu’il demande, ce n’est pas la reconnaissance du droit à l’indépendance, c’est la justice, c’est que l’on exporte en Algérie « le régime démocratique dont jouissent les Français » (dans son éditorial du 15 juin, écrit aussitôt après la fin de la censure militaire). Cette assimilation qui ne peut plus satisfaire les « Arabes » - il l’a bien montré -, il demande qu’on la fasse maintenant en grand, pour ainsi dire jusqu’au bout, et en surmontant la haine. La phrase finale revient significativement sur un thème déjà avancé en mai : « C’est la force infinie de la justice, et elle seule, qui doit nous aider à reconquérir l’Algérie et ses habitants. »
Yves Benot
http://www.ldh-toulon.net
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie

- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Quand Le Pen torturait en Algérie
Face à la multiplication des attentats perpétrés par les combattants du FLN, la torture, d’abord restreinte, deviendra systématique, méthodique.

Le premier supplicié : « Là où je l’ai vu la pratiquer de façon directe, c’était quand il s’est assis sur mon torse et il tenait la serpillière. Il disait à celui qui versait de l’eau de continuer, de ne pas s’arrêter… » Le deuxième supplicié : « Ils ont enlevé le matelas et nous ont ligotés sur le sommier, mon père et moi. Et ils ont commencé la torture… » Le troisième supplicié : « C’était lui le tortionnaire. C’était lui le responsable, c’était lui le chef des tortionnaires… » Lui, c’est Jean-Marie Le Pen, ancien lieutenant de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Eux, ce sont Mustapha Merouane, Mohamed Abdellaoui et Abdelkrim Amour, trois Algériens arrêtés au cours de la Bataille d’Alger avant d’être atrocement suppliciés par le lieutenant Jean-Marie Le Pen. Eux accusent, lui nie tout. Et comme pour mieux marquer son dédain, Le Pen prend même l’accent arabe pour répondre à ses accusateurs : « C’était comme Sarko, dit-il. Je suis omniprésent. Il était partout Missieur. Il était à Fort l’Empereur, il était à la villa des Roses, il était à Belcourt, il était à La Casbah. C’était le diable absolument. C’est ça, oui… » Ainsi commence le documentaire choc que diffusera ce soir à 23h la chaîne France 2 : « La Question : Le Pen et la torture », réalisé par le journaliste et cinéaste José Bourgarel. Plus de cinquante ans après les faits, Bourgarel fait ainsi parler des suppliciés, des historiens, des journalistes, des avocats, des politiques et bien sûr l’intéressé lui-même autour d’une seule et unique question : Jean-Marie Le Pen a-t-il oui ou non pratiqué la torture au cours de ses six mois de service passés en Algérie en tant que lieutenant du 1er régiment étranger de parachutistes (1er REP) ? Le documentaire est remarquable tant il est concis, équilibré et juste. Plus de deux ans après le début de l’insurrection armée en novembre 1954, la guerre d’Algérie va entrer dans une nouvelle phase, lorsque le FLN portera le feu au cœur d’Alger. Incapable d’en finir avec la rébellion, le gouvernement socialiste de Guy Mollet accorde alors les pouvoirs spéciaux à l’armée. Nous sommes en janvier 1957. Plus de 8000 parachutistes sont chargés de traquer, arrêter et torturer tous les suspects. Parmi ces hommes qui vont conduire la répression, on retrouve un jeune lieutenant de 27 ans, grand blond à la mâchoire carrée, Jean-Marie Louis Le Pen. De retour d’Indochine, où les troupes françaises ont subi une terrible débâcle, ce jeune militaire est pour ainsi dire bien taillé pour l’emploi. Populiste, anti-républicain, Le Pen n’est pas moins farouche partisan de l’Algérie française. « Par solidarité et pour voir ce qui s’y passe là-bas », il s’engage donc comme para volontaire pour une période de six mois. Il en fera trois.
A suivre...
Face à la multiplication des attentats perpétrés par les combattants du FLN, la torture, d’abord restreinte, deviendra systématique, méthodique.

Le premier supplicié : « Là où je l’ai vu la pratiquer de façon directe, c’était quand il s’est assis sur mon torse et il tenait la serpillière. Il disait à celui qui versait de l’eau de continuer, de ne pas s’arrêter… » Le deuxième supplicié : « Ils ont enlevé le matelas et nous ont ligotés sur le sommier, mon père et moi. Et ils ont commencé la torture… » Le troisième supplicié : « C’était lui le tortionnaire. C’était lui le responsable, c’était lui le chef des tortionnaires… » Lui, c’est Jean-Marie Le Pen, ancien lieutenant de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Eux, ce sont Mustapha Merouane, Mohamed Abdellaoui et Abdelkrim Amour, trois Algériens arrêtés au cours de la Bataille d’Alger avant d’être atrocement suppliciés par le lieutenant Jean-Marie Le Pen. Eux accusent, lui nie tout. Et comme pour mieux marquer son dédain, Le Pen prend même l’accent arabe pour répondre à ses accusateurs : « C’était comme Sarko, dit-il. Je suis omniprésent. Il était partout Missieur. Il était à Fort l’Empereur, il était à la villa des Roses, il était à Belcourt, il était à La Casbah. C’était le diable absolument. C’est ça, oui… » Ainsi commence le documentaire choc que diffusera ce soir à 23h la chaîne France 2 : « La Question : Le Pen et la torture », réalisé par le journaliste et cinéaste José Bourgarel. Plus de cinquante ans après les faits, Bourgarel fait ainsi parler des suppliciés, des historiens, des journalistes, des avocats, des politiques et bien sûr l’intéressé lui-même autour d’une seule et unique question : Jean-Marie Le Pen a-t-il oui ou non pratiqué la torture au cours de ses six mois de service passés en Algérie en tant que lieutenant du 1er régiment étranger de parachutistes (1er REP) ? Le documentaire est remarquable tant il est concis, équilibré et juste. Plus de deux ans après le début de l’insurrection armée en novembre 1954, la guerre d’Algérie va entrer dans une nouvelle phase, lorsque le FLN portera le feu au cœur d’Alger. Incapable d’en finir avec la rébellion, le gouvernement socialiste de Guy Mollet accorde alors les pouvoirs spéciaux à l’armée. Nous sommes en janvier 1957. Plus de 8000 parachutistes sont chargés de traquer, arrêter et torturer tous les suspects. Parmi ces hommes qui vont conduire la répression, on retrouve un jeune lieutenant de 27 ans, grand blond à la mâchoire carrée, Jean-Marie Louis Le Pen. De retour d’Indochine, où les troupes françaises ont subi une terrible débâcle, ce jeune militaire est pour ainsi dire bien taillé pour l’emploi. Populiste, anti-républicain, Le Pen n’est pas moins farouche partisan de l’Algérie française. « Par solidarité et pour voir ce qui s’y passe là-bas », il s’engage donc comme para volontaire pour une période de six mois. Il en fera trois.
A suivre...
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
La torture massive,rapide et généralisée
Face à la multiplication des attentats perpétrés par les combattants du FLN, les militaires français vont alors employer tous les moyens, pratiquer toutes les méthodes, même les plus répréhensibles pour faire parler les suspects. D’abord restreinte, la torture deviendra systématique, méthodique. « L’utilisation de la torture est massive, rapide et généralisée », commente l’historien Benjamin Stora. Les paras patrouillent dans Alger de jour comme de nuit et des milliers d’Algériens seront ainsi arrêtés, interrogés et torturés. Quand ils ne sont pas tout simplement exécutés. Mustapha Merouane avait 20 ans à l’époque. Dans la nuit du 2 au 3 février 1957, les militaires investissent sa maison située dans La Casbah. L’interrogatoire se déroulera au domicile familial-même. C’est Jean-Marie Le Pen qui faisait fonctionner le courant électrique. Toutes les quarante minutes, le supplice de la gégène recommençait, si d’aventure le malheureux refusait de donner des noms et des adresses des caches. « Le Pen prenait des notes », dit Mustapha. Mohamed Abdellaoui, 20 ans, n’aura pas plus de chance. Lorsqu’on le conduit aux séances de torture, il s’entend dire : « M. le député t’appelle à l’assemblée… » M. le député, c’est bien sûr Jean-Marie Le Pen. Dans une chambre chichement meublée, Mohamed fait face à son tortionnaire. « A poil ! », lui lance ce dernier. Nu comme un ver, les mains et les pieds liés, un fil électrique accroché à son sexe, Mohamed sera soumis à la torture pendant un mois. « Jean- Marie Le Pen a jeté un bidon d’eau sur moi », raconte-t-il. Le Pen le tire par les cheveux et lui tape la tête contre le sol. Brisé, à bout de forces, Mohamed en appelle à la mort pour le délivrer de son martyre. « Tuez-moi », implore-t-il ses bourreaux. Abdelkrim Amour a 19 ans lorsqu’il est arrêté au cours d’une rafle à Alger. Il sera torturé de la même manière par, dit-il, un fou sanguinaire qui se faisait appeler lieutenant Marco. « C’était une équipe entraînée dans la haine. Ils voulaient nous casser, nous briser… » Face à la caméra de Bourgarel, il raconte avec le souci du détail : « Assis sur mon ventre, ils versaient de l’eau. Quand ils s’arrêtaient, Marco relançait le tortionnaire : ‘‘Allez continue, continue…’’ » Le lieutenant Marco, c’était le surnom donné à Jean-Marie Le Pen par ses colégionnaires du 1er régiment étranger de parachutistes. Mohamed Chérif Moulay, lui, avait à peine 12 ans quand les paras étaient venus arrêter son père, un haut responsable politico-militaire du FLN, le 2 mars 1957. Pendant plusieurs heures, le pauvre père fera l’expérience d’une large gamme de supplices qui vont des coups en passant par l’eau savonneuse qui remplissait le ventre au point que celui-ci tend à exploser, jusqu’à la gégène.
A suivre...
Face à la multiplication des attentats perpétrés par les combattants du FLN, les militaires français vont alors employer tous les moyens, pratiquer toutes les méthodes, même les plus répréhensibles pour faire parler les suspects. D’abord restreinte, la torture deviendra systématique, méthodique. « L’utilisation de la torture est massive, rapide et généralisée », commente l’historien Benjamin Stora. Les paras patrouillent dans Alger de jour comme de nuit et des milliers d’Algériens seront ainsi arrêtés, interrogés et torturés. Quand ils ne sont pas tout simplement exécutés. Mustapha Merouane avait 20 ans à l’époque. Dans la nuit du 2 au 3 février 1957, les militaires investissent sa maison située dans La Casbah. L’interrogatoire se déroulera au domicile familial-même. C’est Jean-Marie Le Pen qui faisait fonctionner le courant électrique. Toutes les quarante minutes, le supplice de la gégène recommençait, si d’aventure le malheureux refusait de donner des noms et des adresses des caches. « Le Pen prenait des notes », dit Mustapha. Mohamed Abdellaoui, 20 ans, n’aura pas plus de chance. Lorsqu’on le conduit aux séances de torture, il s’entend dire : « M. le député t’appelle à l’assemblée… » M. le député, c’est bien sûr Jean-Marie Le Pen. Dans une chambre chichement meublée, Mohamed fait face à son tortionnaire. « A poil ! », lui lance ce dernier. Nu comme un ver, les mains et les pieds liés, un fil électrique accroché à son sexe, Mohamed sera soumis à la torture pendant un mois. « Jean- Marie Le Pen a jeté un bidon d’eau sur moi », raconte-t-il. Le Pen le tire par les cheveux et lui tape la tête contre le sol. Brisé, à bout de forces, Mohamed en appelle à la mort pour le délivrer de son martyre. « Tuez-moi », implore-t-il ses bourreaux. Abdelkrim Amour a 19 ans lorsqu’il est arrêté au cours d’une rafle à Alger. Il sera torturé de la même manière par, dit-il, un fou sanguinaire qui se faisait appeler lieutenant Marco. « C’était une équipe entraînée dans la haine. Ils voulaient nous casser, nous briser… » Face à la caméra de Bourgarel, il raconte avec le souci du détail : « Assis sur mon ventre, ils versaient de l’eau. Quand ils s’arrêtaient, Marco relançait le tortionnaire : ‘‘Allez continue, continue…’’ » Le lieutenant Marco, c’était le surnom donné à Jean-Marie Le Pen par ses colégionnaires du 1er régiment étranger de parachutistes. Mohamed Chérif Moulay, lui, avait à peine 12 ans quand les paras étaient venus arrêter son père, un haut responsable politico-militaire du FLN, le 2 mars 1957. Pendant plusieurs heures, le pauvre père fera l’expérience d’une large gamme de supplices qui vont des coups en passant par l’eau savonneuse qui remplissait le ventre au point que celui-ci tend à exploser, jusqu’à la gégène.
A suivre...
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Amnistie pour les tortionnaires
Non loin de là, l’enfant, ses frères, ses sœurs et sa mère assistaient au spectacle et pouvaient entendre tout : les cris, les gémissements, les râles, une rafale de mitraillette, puis le silence. Le lendemain, le fils se rend sur les lieux et récupère un poignard accroché à un ceinturon kaki. Sur le poignard, celui-là même utilisé naguère par les jeunesses hitlériennes, peut lire l’inscription suivante : « JM LePen-1er REP ». L’équipée algéroise de Jean-Marie Le Pen s’achève le 31 mars 1957. Le Pen rentre en France. En mars 1962, l’Algérie et la France signent les fameux Accords d’Evian qui marquent la fin de la guerre. Dans la foulée, des décrets d’amnistie sont promulgués interdisant toute poursuite judiciaire contre les Algériens et les Français coupables de crimes, de meurtres, d’assassinats, de massacres ou de tortures commis au cours du conflit qui aura duré sept ans. Que répond Jean-Marie Le Pen lorsque le journaliste José Bourgarel le confronte aux témoignages de ses victimes ? Goguenard, moqueur, voire méprisant, l’ancien lieutenant dément, s’offusque, s’indigne et crie au complot. « Je n’ai aucune considération pour ce genre d’accusations », clame-t-il. Sa ligne de défense demeure la même, intacte, inchangée, immuable, même lorsque le réalisateur exhume les archives de l’époque. Et les écrits sont pourtant accablants. Le 9 septembre 1962, Jean-Marie Le Pen accorde une interview au journal Le Combat. Il dit : « Je n’ai rien à cacher. J’ai torturé parce qu’il fallait le faire. » Un autre témoignage viendra confondre l’ancien lieutenant français. Le 4 octobre 1966, l’ex-maire d’Alger, Jacques Chevallier, accuse nommément Jean-Marie Le Pen d’avoir torturé un de ses employés. Foutaises, répond à nouveau l’intéressé. Depuis, rares seront les gens qui oseront fouiller le passé sombre de Jean-Marie Le Pen. C’est que depuis, l’homme s’est taillé un costard de redoutable politique doublé d’un riche homme d’affaires. En 1972, il crée le Front national avant de devenir, dix ans plus tard, une véritable force politique en France quand le parti réussira à décrocher ses premiers sièges aux assemblées communales lors des élections de mars 1983. Hélas, pour l’ancien séide de l’Algérie française, si l’amnistie interdit le jugement des anciens tortionnaires, ceux-ci n’échappent pas pour autant au travail des historiens ainsi qu’aux enquêtes des journalistes. Il faudra donc attendre février 1985 pour que les remugles du passé ressurgissent avec la publication dans les colonnes du quotidien d’une enquête retentissante sur le passé de Jean-Marie Le Pen en Algérie. Aussi, pour la première fois, des Algériens acceptent de témoigner à visage découvert sur les tortures subies des mains mêmes de l’ancien lieutenant. Les témoignages sont accablants, mais Le Pen ne se démonte pas. Ulcéré, il décide d’attaquer en justice le quotidien pour diffamation. Il le fera d’ailleurs systématiquement contre quiconque oserait évoquer son « escapade » algéroise. Bien que la justice ait condamné Libération pour diffamation, le journal produira un nouveau témoignage, encore plus accablant, d’un ancien compagnon de Le Pen. Le sergent Wilhelmus Vaal se souviendra avoir vu celui-ci dans ses œuvres à la villa des Roses à Alger. Il raconte dans Libération : « Il tapait sur un type qui était déjà entamé, raconte-t-il. Et encore branché à la gégène. »
A suivre
Non loin de là, l’enfant, ses frères, ses sœurs et sa mère assistaient au spectacle et pouvaient entendre tout : les cris, les gémissements, les râles, une rafale de mitraillette, puis le silence. Le lendemain, le fils se rend sur les lieux et récupère un poignard accroché à un ceinturon kaki. Sur le poignard, celui-là même utilisé naguère par les jeunesses hitlériennes, peut lire l’inscription suivante : « JM LePen-1er REP ». L’équipée algéroise de Jean-Marie Le Pen s’achève le 31 mars 1957. Le Pen rentre en France. En mars 1962, l’Algérie et la France signent les fameux Accords d’Evian qui marquent la fin de la guerre. Dans la foulée, des décrets d’amnistie sont promulgués interdisant toute poursuite judiciaire contre les Algériens et les Français coupables de crimes, de meurtres, d’assassinats, de massacres ou de tortures commis au cours du conflit qui aura duré sept ans. Que répond Jean-Marie Le Pen lorsque le journaliste José Bourgarel le confronte aux témoignages de ses victimes ? Goguenard, moqueur, voire méprisant, l’ancien lieutenant dément, s’offusque, s’indigne et crie au complot. « Je n’ai aucune considération pour ce genre d’accusations », clame-t-il. Sa ligne de défense demeure la même, intacte, inchangée, immuable, même lorsque le réalisateur exhume les archives de l’époque. Et les écrits sont pourtant accablants. Le 9 septembre 1962, Jean-Marie Le Pen accorde une interview au journal Le Combat. Il dit : « Je n’ai rien à cacher. J’ai torturé parce qu’il fallait le faire. » Un autre témoignage viendra confondre l’ancien lieutenant français. Le 4 octobre 1966, l’ex-maire d’Alger, Jacques Chevallier, accuse nommément Jean-Marie Le Pen d’avoir torturé un de ses employés. Foutaises, répond à nouveau l’intéressé. Depuis, rares seront les gens qui oseront fouiller le passé sombre de Jean-Marie Le Pen. C’est que depuis, l’homme s’est taillé un costard de redoutable politique doublé d’un riche homme d’affaires. En 1972, il crée le Front national avant de devenir, dix ans plus tard, une véritable force politique en France quand le parti réussira à décrocher ses premiers sièges aux assemblées communales lors des élections de mars 1983. Hélas, pour l’ancien séide de l’Algérie française, si l’amnistie interdit le jugement des anciens tortionnaires, ceux-ci n’échappent pas pour autant au travail des historiens ainsi qu’aux enquêtes des journalistes. Il faudra donc attendre février 1985 pour que les remugles du passé ressurgissent avec la publication dans les colonnes du quotidien d’une enquête retentissante sur le passé de Jean-Marie Le Pen en Algérie. Aussi, pour la première fois, des Algériens acceptent de témoigner à visage découvert sur les tortures subies des mains mêmes de l’ancien lieutenant. Les témoignages sont accablants, mais Le Pen ne se démonte pas. Ulcéré, il décide d’attaquer en justice le quotidien pour diffamation. Il le fera d’ailleurs systématiquement contre quiconque oserait évoquer son « escapade » algéroise. Bien que la justice ait condamné Libération pour diffamation, le journal produira un nouveau témoignage, encore plus accablant, d’un ancien compagnon de Le Pen. Le sergent Wilhelmus Vaal se souviendra avoir vu celui-ci dans ses œuvres à la villa des Roses à Alger. Il raconte dans Libération : « Il tapait sur un type qui était déjà entamé, raconte-t-il. Et encore branché à la gégène. »
A suivre
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Le Pen ignore les faits
Qui est Vaal ? Pour de nombreux Algériens, ce légionnaire n’est pas un parfait inconnu. Vous vous souvenez de cette fameuse photo de Yacef Saâdi prise peu de temps après son arrestation à La Casbah, le 23 septembre 1957 ? Sur le cliché en question, on peut voir deux policiers avec un képi mettant en joue le prisonnier. Un troisième militaire, en tenue de para, se tenait dans l’encadrement de la porte, juste derrière Yacef Saâdi. C’était le sergent Wilhelmus Vaal. Mais une fois de plus, Le Pen feint l’ignorance et évacue l’existence du légionnaire d’un brusque mouvement du menton. Si Jean-Marie Le Pen a gagné tous les procès qui l’avaient opposé à ses contempteurs, un tournant surviendra tout de même en 2002 lorsque le quotidien Le Monde, sous la plume de la journaliste Florence Beaugé qui publie les 4 mai et 4 juin 2002 de nouveaux témoignages d’Algériens torturés par le Pen. Evidemment, celui-ci portera l’affaire devant la justice. Mais au lieu de lui donner encore une fois raison, les juges débouteront le président du Front national. Le Pen tortionnaire ? « C’est un complot de la droite libérale », tonne-t-il. Cinquante ans après les faits, Jean-Marie Le Pen refuse d’admettre les faits. Quid de ses victimes ? « Je ne peux pas dormir, dit Mohamed Abdellaoui. Je suis possédé. Mon cœur va s’arrêter… »
Samy Ousi-Ali
mecanopolis.wordpress.com
Qui est Vaal ? Pour de nombreux Algériens, ce légionnaire n’est pas un parfait inconnu. Vous vous souvenez de cette fameuse photo de Yacef Saâdi prise peu de temps après son arrestation à La Casbah, le 23 septembre 1957 ? Sur le cliché en question, on peut voir deux policiers avec un képi mettant en joue le prisonnier. Un troisième militaire, en tenue de para, se tenait dans l’encadrement de la porte, juste derrière Yacef Saâdi. C’était le sergent Wilhelmus Vaal. Mais une fois de plus, Le Pen feint l’ignorance et évacue l’existence du légionnaire d’un brusque mouvement du menton. Si Jean-Marie Le Pen a gagné tous les procès qui l’avaient opposé à ses contempteurs, un tournant surviendra tout de même en 2002 lorsque le quotidien Le Monde, sous la plume de la journaliste Florence Beaugé qui publie les 4 mai et 4 juin 2002 de nouveaux témoignages d’Algériens torturés par le Pen. Evidemment, celui-ci portera l’affaire devant la justice. Mais au lieu de lui donner encore une fois raison, les juges débouteront le président du Front national. Le Pen tortionnaire ? « C’est un complot de la droite libérale », tonne-t-il. Cinquante ans après les faits, Jean-Marie Le Pen refuse d’admettre les faits. Quid de ses victimes ? « Je ne peux pas dormir, dit Mohamed Abdellaoui. Je suis possédé. Mon cœur va s’arrêter… »
Samy Ousi-Ali
mecanopolis.wordpress.com
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Quand la france torturait en algérie
On savait avant 1954 - avant le déclenchement de la Lutte armée - que l’occupation de l’Algérie était loin d’avoir été une simple expédition de pacification, une entreprise de « civilisation » des populations autochtones en les débarrassant de l’emprise ottomane.
La colonisation française, c’est d’abord une violence contre les Algériens et c’est aussi le moyen par lequel elle s’est maintenue durant plus de 130 années. L’histoire de la conquête de l’Algérie, c’est d’abord une longue succession d’actes de violence contre les populations locales : enfumades, massacres, razzias et récoltes brûlées, tout cela ordonné par des généraux français : Saint Arnaud, Lamoricière, Canrobert... C’est aussi l’expropriation de millions de fellahs par l’armée coloniale des meilleures terres agricoles, l’application du code de l’indigénat, les centres de regroupement des populations, véritable univers concentrationnaire, l’exclusion des Algériens rabaissés au rang de colonisés... La torture - sans doute la forme la plus abjecte qu’a pu prendre cette violence du colonisateur à l’égard du colonisé - a préexisté au déclenchement de la Lutte armée. Les commissariats de police, les casernes de militaires et autres cantonnements de l’armée ont été, on l’imagine aisément, les lieux où des sévices ont été pratiqués à l’encontre d’Algériens. Après novembre 1954, les témoignages sur la torture sont devenus de plus en plus fréquents. Il y a eu d’abord les récits d’appelés français diffusés dans la presse progressiste ou catholique en France. Jean Muller, jeune conscrit français, catholique de gauche, rapporte ce qu’il a vu dans les casernes militaires en Algérie dans le journal Témoignage chrétien, en 1956. Le numéro en question est d’ailleurs saisi sur instruction du gouvernement de Guy Mollet. L’appelé français disparaîtra dans les djebels dans des conditions mystérieuses. D’autres témoignages paraîtront dans la revue Temps modernes dirigée par Jean-Paul Sartre. Inutile de préciser que les exemplaires de la revue sont envoyés au pilon sur ordre des autorités françaises. Le philosophe et directeur de la revue comparaîtra même devant le tribunal militaire. Mais faute de preuves, l’affaire n’ira pas plus loin, la diffamation n’ayant pu être retenue contre l’auteur du témoignage. Mais c’est sans doute le fameux cri de dénonciation à travers l’opuscule intitulé La Question écrit en pleine détention en 1957 par Henri Alleg qui fera l’effet d’un pavé jeté dans la mare dans la France républicaine au moment où les militaires qui « opéraient » en Algérie avaient pratiquement le droit de vie ou de mort sur les Algériens au nom des « pouvoirs spéciaux » que leur avaient attribués le gouvernement et l’Assemblée. Pour la première fois, un supplicié, qui plus est d’origine française, dénonce ce que certains de ses compatriotes commettaient en Algérie au nom de la France, comme il l’écrivit dans La Question. D’autres écrits, drames vécus de suppliciés ou récits de témoins forcés, sont venus confirmer, autant de fois, cette affreuse facette d’une sale guerre menée par la France coloniale. Et surtout confirmer ce que l’on soupçonnait déjà : les cas de torture n’étaient pas de simples bavures commises par des individus et que les autorités civiles françaises ne pouvaient pas ignorer leur existence, souvent couverte par la justice coloniale. Laquelle justice poussera la violence jusqu’à multiplier les condamnations à mort et l’exécution des peines capitales de militants nationalistes et de combattants algériens. Plus d’un millier, très exactement 1451 condamnations capitales ont été prononcées par un appareil judiciaire colonial aux ordres des militaires français. Les historiens n’ont pas été en reste et n’ont pas hésité à recueillir témoignages, dénonciations et aveux au fil du temps et tenter de déchiffrer, lire la pratique de la torture à travers les comptes rendus officiels et autres archives militaires et civiles qui leur ont été ouvertes au fur et à mesure que les tabous sur la guerre d’Algérie reculent dans la France officielle. La recherche historique et documentaire est venue renforcer les témoignages des sévices subis par les victimes de cette pratique qui allait être institutionnalisée par l’armée et l’administration coloniales à partir de 1956. Notamment dans le Constantinois où exerçait Maurice Papon en tant qu’Inspecteur général en mission extraordinaire (IGAME). Le transfert des pouvoirs de police au profit de l’armée - les fameux pouvoirs spéciaux - et la sujétion de l’appareil judiciaire par le pouvoir politique de l’époque vont accentuer la spirale de la torture. Celle-ci ne sera plus alors une simple série de bavures ou d’actes individuels isolés, mais non moins infamants, mais bien « un moyen de gouvernance des colonisés » par lequel le système colonial entendait se maintenir en matant une rébellion, dont l’objectif était l’anéantissement de l’ordre injuste qui avait rabaissé les Algériens au rang d’objets. Devant une telle réalité décrite par les suppliciés eux-mêmes et d’autres témoins, consolidée par l’analyse d’historiens, il devient de plus en plus évident que le pouvoir politique français, symbolisé par les gouvernements qui se sont succédé depuis 1954, ne pouvait pas ignorer l’existence d’une telle pratique que, même s’il ne l’approuvait pas par écrit, connaissait au moins les militaires qui l’ont initiée dès 1955 et qui ont, pour la plupart, fait « leurs classes » en Indochine avant 1954 en affrontant les Vietnamiens qui ne voulaient, eux aussi, que leur indépendance.
A suivre...
On savait avant 1954 - avant le déclenchement de la Lutte armée - que l’occupation de l’Algérie était loin d’avoir été une simple expédition de pacification, une entreprise de « civilisation » des populations autochtones en les débarrassant de l’emprise ottomane.
La colonisation française, c’est d’abord une violence contre les Algériens et c’est aussi le moyen par lequel elle s’est maintenue durant plus de 130 années. L’histoire de la conquête de l’Algérie, c’est d’abord une longue succession d’actes de violence contre les populations locales : enfumades, massacres, razzias et récoltes brûlées, tout cela ordonné par des généraux français : Saint Arnaud, Lamoricière, Canrobert... C’est aussi l’expropriation de millions de fellahs par l’armée coloniale des meilleures terres agricoles, l’application du code de l’indigénat, les centres de regroupement des populations, véritable univers concentrationnaire, l’exclusion des Algériens rabaissés au rang de colonisés... La torture - sans doute la forme la plus abjecte qu’a pu prendre cette violence du colonisateur à l’égard du colonisé - a préexisté au déclenchement de la Lutte armée. Les commissariats de police, les casernes de militaires et autres cantonnements de l’armée ont été, on l’imagine aisément, les lieux où des sévices ont été pratiqués à l’encontre d’Algériens. Après novembre 1954, les témoignages sur la torture sont devenus de plus en plus fréquents. Il y a eu d’abord les récits d’appelés français diffusés dans la presse progressiste ou catholique en France. Jean Muller, jeune conscrit français, catholique de gauche, rapporte ce qu’il a vu dans les casernes militaires en Algérie dans le journal Témoignage chrétien, en 1956. Le numéro en question est d’ailleurs saisi sur instruction du gouvernement de Guy Mollet. L’appelé français disparaîtra dans les djebels dans des conditions mystérieuses. D’autres témoignages paraîtront dans la revue Temps modernes dirigée par Jean-Paul Sartre. Inutile de préciser que les exemplaires de la revue sont envoyés au pilon sur ordre des autorités françaises. Le philosophe et directeur de la revue comparaîtra même devant le tribunal militaire. Mais faute de preuves, l’affaire n’ira pas plus loin, la diffamation n’ayant pu être retenue contre l’auteur du témoignage. Mais c’est sans doute le fameux cri de dénonciation à travers l’opuscule intitulé La Question écrit en pleine détention en 1957 par Henri Alleg qui fera l’effet d’un pavé jeté dans la mare dans la France républicaine au moment où les militaires qui « opéraient » en Algérie avaient pratiquement le droit de vie ou de mort sur les Algériens au nom des « pouvoirs spéciaux » que leur avaient attribués le gouvernement et l’Assemblée. Pour la première fois, un supplicié, qui plus est d’origine française, dénonce ce que certains de ses compatriotes commettaient en Algérie au nom de la France, comme il l’écrivit dans La Question. D’autres écrits, drames vécus de suppliciés ou récits de témoins forcés, sont venus confirmer, autant de fois, cette affreuse facette d’une sale guerre menée par la France coloniale. Et surtout confirmer ce que l’on soupçonnait déjà : les cas de torture n’étaient pas de simples bavures commises par des individus et que les autorités civiles françaises ne pouvaient pas ignorer leur existence, souvent couverte par la justice coloniale. Laquelle justice poussera la violence jusqu’à multiplier les condamnations à mort et l’exécution des peines capitales de militants nationalistes et de combattants algériens. Plus d’un millier, très exactement 1451 condamnations capitales ont été prononcées par un appareil judiciaire colonial aux ordres des militaires français. Les historiens n’ont pas été en reste et n’ont pas hésité à recueillir témoignages, dénonciations et aveux au fil du temps et tenter de déchiffrer, lire la pratique de la torture à travers les comptes rendus officiels et autres archives militaires et civiles qui leur ont été ouvertes au fur et à mesure que les tabous sur la guerre d’Algérie reculent dans la France officielle. La recherche historique et documentaire est venue renforcer les témoignages des sévices subis par les victimes de cette pratique qui allait être institutionnalisée par l’armée et l’administration coloniales à partir de 1956. Notamment dans le Constantinois où exerçait Maurice Papon en tant qu’Inspecteur général en mission extraordinaire (IGAME). Le transfert des pouvoirs de police au profit de l’armée - les fameux pouvoirs spéciaux - et la sujétion de l’appareil judiciaire par le pouvoir politique de l’époque vont accentuer la spirale de la torture. Celle-ci ne sera plus alors une simple série de bavures ou d’actes individuels isolés, mais non moins infamants, mais bien « un moyen de gouvernance des colonisés » par lequel le système colonial entendait se maintenir en matant une rébellion, dont l’objectif était l’anéantissement de l’ordre injuste qui avait rabaissé les Algériens au rang d’objets. Devant une telle réalité décrite par les suppliciés eux-mêmes et d’autres témoins, consolidée par l’analyse d’historiens, il devient de plus en plus évident que le pouvoir politique français, symbolisé par les gouvernements qui se sont succédé depuis 1954, ne pouvait pas ignorer l’existence d’une telle pratique que, même s’il ne l’approuvait pas par écrit, connaissait au moins les militaires qui l’ont initiée dès 1955 et qui ont, pour la plupart, fait « leurs classes » en Indochine avant 1954 en affrontant les Vietnamiens qui ne voulaient, eux aussi, que leur indépendance.
A suivre...
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Une centaine de centres de torture
Ces recherches montreront aussi que même l’arrivée du général de Gaulle à la tête de l’Etat n’arrêtera pas ou ne freinera pas le recours systématique à la violation de l’intégrité physique des Algériens par les militaires français. Elle se poursuivra avec plus d’ampleur tout au long de la bataille d’Alger durant l’année 1957 et ne cessera en fait que vers 1961, alors que les Algériens sont confrontés aux derniers acharnements sanglants des ultras de l’OAS. Henri Pouillot, qui était jeune appelé militaire français affecté au niveau du centre de torture qu’était la villa Susini entre juin 1961 et mars 1962, a témoigné dans un ouvrage paru en France en 2001 que le centre en question a fonctionné jusqu’au 12 mars 1962, c’est-à-dire quelques jours à peine avant le cessez le feu ! Le nombre de centres de torture et celui des Détachements opérationnels de protection (ou tristement célèbres DOP) ont été multipliés au fil des années pour passer de 24 en 1956 à près d’une centaine en 1960, selon certains historiens. En réalité, leur nombre sera nettement plus élevé. Ces centres de torture « chers » aux généraux Massu et Salan vont essaimer à travers le pays. Chaque lieu et chaque endroit, où les conditions le permettront aux militaires français, seront transformés en centres de torture où souffriront des centaines, voire des milliers d’Algériens des sévices pratiqués, comme l’a écrit Henri Alleg, au nom du peuple français. Comme la ferme Ameziane à Constantine, qui pouvait contenir jusqu’à 500 personnes à la fois... Entre 10 000 et 15 000 militaires étaient affectés à ces centres de torture, selon Henri Alleg. Si les récits des suppliciés et les témoignages des appelés et autres sur la pratique de la torture étaient évidents, les historiens n’ont pu avoir la confirmation qu’à travers une « lecture entre les lignes » des rapports officiels, procès-verbaux et autres comptes rendus d’interrogatoire des militaires français. Ce travail de déchiffrage s’est fondé d’abord sur l’interprétation et la suggestion que pouvait « laisser entendre » le contenu de ces documents, comme le fait que des aveux n’étaient pas obtenus spontanément ou que les interrogatoires étaient « poussés » à l’extrême... C’est par croisement et recoupement que les spécialistes ont essayé de donner une idée sur cette horrible réalité. En Algérie, des historiens algériens ont tenté globalement de rendre compte des atrocités commises par l’armée et le pouvoir colonial. Mais beaucoup reste à faire... La justice coloniale actionnée par les militaires durant la période de 1956 à 1961 fera également preuve d’une grande célérité. Sur plus de 1400 condamnations à la peine capitale, 198 exécutions à mort d’Algériens ont eu lieu, parmi lesquelles celle d’un militant d’origine européenne Fernand Yveton, membre du Parti communiste et le quatrième exécuté après Ahmed Zabana le 19 juin 1956. L’année 1957 a été particulièrement horrible sur ce plan. En effet, entre les 3 et 12 février, le bourreau aura officié seize fois. Pour sa part, l’Association nationale des anciens condamnés à mort, que préside Mustapha Boudina, avance une première estimation selon laquelle il y aurait eu 220 exécutions capitales durant la guerre de Libération sur l’ensemble du territoire. Cela sans compter les exécutions sommaires dans les centres de torture, les casernes... et tout simplement maquillées en tentative d’évasion, etc. Tous les témoignages et les récits poignants des suppliciés ne suffiront peut-être pas à rendre compte de l’horreur de la violence coloniale sans l’apport irremplaçable des historiens algériens dans la quête de la vérité historique sur la base de documents officiels et de comptes rendus militaires et autres archives. Le devoir de mémoire impose des autorités de mettre à la disposition de ces spécialistes tous ces documents classés « secret » afin qu’ils puissent accomplir cette tâche.
R. B.
http://www.elwatan.com
Ces recherches montreront aussi que même l’arrivée du général de Gaulle à la tête de l’Etat n’arrêtera pas ou ne freinera pas le recours systématique à la violation de l’intégrité physique des Algériens par les militaires français. Elle se poursuivra avec plus d’ampleur tout au long de la bataille d’Alger durant l’année 1957 et ne cessera en fait que vers 1961, alors que les Algériens sont confrontés aux derniers acharnements sanglants des ultras de l’OAS. Henri Pouillot, qui était jeune appelé militaire français affecté au niveau du centre de torture qu’était la villa Susini entre juin 1961 et mars 1962, a témoigné dans un ouvrage paru en France en 2001 que le centre en question a fonctionné jusqu’au 12 mars 1962, c’est-à-dire quelques jours à peine avant le cessez le feu ! Le nombre de centres de torture et celui des Détachements opérationnels de protection (ou tristement célèbres DOP) ont été multipliés au fil des années pour passer de 24 en 1956 à près d’une centaine en 1960, selon certains historiens. En réalité, leur nombre sera nettement plus élevé. Ces centres de torture « chers » aux généraux Massu et Salan vont essaimer à travers le pays. Chaque lieu et chaque endroit, où les conditions le permettront aux militaires français, seront transformés en centres de torture où souffriront des centaines, voire des milliers d’Algériens des sévices pratiqués, comme l’a écrit Henri Alleg, au nom du peuple français. Comme la ferme Ameziane à Constantine, qui pouvait contenir jusqu’à 500 personnes à la fois... Entre 10 000 et 15 000 militaires étaient affectés à ces centres de torture, selon Henri Alleg. Si les récits des suppliciés et les témoignages des appelés et autres sur la pratique de la torture étaient évidents, les historiens n’ont pu avoir la confirmation qu’à travers une « lecture entre les lignes » des rapports officiels, procès-verbaux et autres comptes rendus d’interrogatoire des militaires français. Ce travail de déchiffrage s’est fondé d’abord sur l’interprétation et la suggestion que pouvait « laisser entendre » le contenu de ces documents, comme le fait que des aveux n’étaient pas obtenus spontanément ou que les interrogatoires étaient « poussés » à l’extrême... C’est par croisement et recoupement que les spécialistes ont essayé de donner une idée sur cette horrible réalité. En Algérie, des historiens algériens ont tenté globalement de rendre compte des atrocités commises par l’armée et le pouvoir colonial. Mais beaucoup reste à faire... La justice coloniale actionnée par les militaires durant la période de 1956 à 1961 fera également preuve d’une grande célérité. Sur plus de 1400 condamnations à la peine capitale, 198 exécutions à mort d’Algériens ont eu lieu, parmi lesquelles celle d’un militant d’origine européenne Fernand Yveton, membre du Parti communiste et le quatrième exécuté après Ahmed Zabana le 19 juin 1956. L’année 1957 a été particulièrement horrible sur ce plan. En effet, entre les 3 et 12 février, le bourreau aura officié seize fois. Pour sa part, l’Association nationale des anciens condamnés à mort, que préside Mustapha Boudina, avance une première estimation selon laquelle il y aurait eu 220 exécutions capitales durant la guerre de Libération sur l’ensemble du territoire. Cela sans compter les exécutions sommaires dans les centres de torture, les casernes... et tout simplement maquillées en tentative d’évasion, etc. Tous les témoignages et les récits poignants des suppliciés ne suffiront peut-être pas à rendre compte de l’horreur de la violence coloniale sans l’apport irremplaçable des historiens algériens dans la quête de la vérité historique sur la base de documents officiels et de comptes rendus militaires et autres archives. Le devoir de mémoire impose des autorités de mettre à la disposition de ces spécialistes tous ces documents classés « secret » afin qu’ils puissent accomplir cette tâche.
R. B.
http://www.elwatan.com
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Général Paris : " Tout le monde savait qu’on torturait "
Guerre d’Algérie. Tortures. Un officier supérieur, réagit au livre d’Aussaresses.
Une partie de l’armée française a indéniablement commis des actes illégaux et contraires à l’honneur des armes, estime notamment ce haut responsable militaire, en déplorant qu’Aussaresses " vante ce que nous avons fait de mal en Algérie ". Entretien.
Une volonté a " toujours " habité Henri Paris : exercer le métier des armes. Né en 1935 - son père était fonctionnaire ; aucun de ses ancêtres n’avait choisi la carrière militaire -, son enfance a été marquée par la défaite de 1940. Et les années noires qui suivirent. À l’heure de la Libération, dit-il, " comme tous les gamins de mon âge, j’attendais la venue des libérateurs ". Il lui revient : " On m’avait recommandé de saluer le premier d’un " You are welcome ". J’ai lâché la formule à celui que j’aperçus, avenue Mozart, en uniforme kaki, à bord d’une jeep. Il me répondit quelque chose comme : " Arrête. Je suis français. J’appartiens à la 2ème DB "… " .
Des années plus tard, de 1991 à 1993, Henri Paris commanda à son tour la prestigieuse unité. Avant, il y avait eu, notamment, 1960… Henri Paris est aujourd’hui général de division (CR). Il vient de lire Services spéciaux, Algérie, 1955-1957, le livre-brûlot du général Aussaresses. Entretien.
Vous avez, vous-même, je crois, pris part à la guerre d’Algérie…
Henri Paris. Oui. J’ai débarqué en Algérie le 15 août 1960. Lieutenant, saint-cyrien, sorti de l’École d’application de l’infanterie. J’ai quitté ce pays le 6 octobre 1966, après être resté, avec mon régiment - le 2e étranger de parachutistes - sur la base de Mers-El-Kébir. J’y ai donc vécu près de six ans. Et j’ai aimé l’Algérie. Je l’ai aimée d’emblée. Je l’aime encore. C’est un pays chaleureux. Un pays de découverte. J’y ai trouvé trace de cent trente ans de présence française. Des choses positives. Mais sitôt qu’on y mettait le pied sautaient aux yeux les points négatifs. Département français, certes, mais le niveau de développement du pays était largement inférieur à celui de la France métropolitaine. L’égalité de droits et de devoirs des populations autochtones n’était absolument pas respectée, c’était clair.
Il y avait aussi la guerre…
Guerre d’Algérie. Tortures. Un officier supérieur, réagit au livre d’Aussaresses.
Une partie de l’armée française a indéniablement commis des actes illégaux et contraires à l’honneur des armes, estime notamment ce haut responsable militaire, en déplorant qu’Aussaresses " vante ce que nous avons fait de mal en Algérie ". Entretien.
Une volonté a " toujours " habité Henri Paris : exercer le métier des armes. Né en 1935 - son père était fonctionnaire ; aucun de ses ancêtres n’avait choisi la carrière militaire -, son enfance a été marquée par la défaite de 1940. Et les années noires qui suivirent. À l’heure de la Libération, dit-il, " comme tous les gamins de mon âge, j’attendais la venue des libérateurs ". Il lui revient : " On m’avait recommandé de saluer le premier d’un " You are welcome ". J’ai lâché la formule à celui que j’aperçus, avenue Mozart, en uniforme kaki, à bord d’une jeep. Il me répondit quelque chose comme : " Arrête. Je suis français. J’appartiens à la 2ème DB "… " .
Des années plus tard, de 1991 à 1993, Henri Paris commanda à son tour la prestigieuse unité. Avant, il y avait eu, notamment, 1960… Henri Paris est aujourd’hui général de division (CR). Il vient de lire Services spéciaux, Algérie, 1955-1957, le livre-brûlot du général Aussaresses. Entretien.
Vous avez, vous-même, je crois, pris part à la guerre d’Algérie…
Henri Paris. Oui. J’ai débarqué en Algérie le 15 août 1960. Lieutenant, saint-cyrien, sorti de l’École d’application de l’infanterie. J’ai quitté ce pays le 6 octobre 1966, après être resté, avec mon régiment - le 2e étranger de parachutistes - sur la base de Mers-El-Kébir. J’y ai donc vécu près de six ans. Et j’ai aimé l’Algérie. Je l’ai aimée d’emblée. Je l’aime encore. C’est un pays chaleureux. Un pays de découverte. J’y ai trouvé trace de cent trente ans de présence française. Des choses positives. Mais sitôt qu’on y mettait le pied sautaient aux yeux les points négatifs. Département français, certes, mais le niveau de développement du pays était largement inférieur à celui de la France métropolitaine. L’égalité de droits et de devoirs des populations autochtones n’était absolument pas respectée, c’était clair.
Il y avait aussi la guerre…
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Henri Paris .C’est vrai. Et pas une guerre classique : une guerre d’embuscades, de coups de main. On l’a faite. Et je crois que, pour ma part, je l’ai faite du mieux que j’ai pu.
Aviez-vous conscience qu’il s’agissait d’une guerre d’indépendance ?
Henri Paris .Bien sûr. Bien sûr. Ils voulaient l’indépendance. C’était clair. On le comprenait bien. Il y avait un deuxième élément dont je me rendais parfaitement compte, comme lieutenant. On les disait ralliés aux communistes, etc. Il y aurait eu de quoi éclater de rire. Ils n’étaient pas du tout marxistes. Ou, s’ils l’étaient, ils le cachaient bien ! Dans leurs tracts, il n’était absolument pas question de lutte des classes. Seulement d’indépendance et de colonialisme.
Les autochtones, je l’ai dit, étaient dans un état de sous-développement par rapport à la France métropolitaine. Quant à la population des pieds noirs, les grosses fortunes avaient quitté les lieux. Ne restaient que les personnes de condition modeste, dont le mode de vie s’apparentait à celui des autochtones. Ils étaient dressés les uns contre les autres parce que la lutte était devenue inexpiable.
Pas une guerre classique , donc, et aussi torture.
Henri Paris. Oui. La torture. Tout le monde, absolument tout le monde savait qu’on torturait du côté français. Dans les grandes villes : Alger, Constantine, etc. Quant à nous, dans les djebels, troupes opérationnelles, nous ne torturions pas. Tout simplement parce que c’était totalement inutile. Il y avait deux conceptions dans les rangs de l’armée française : faire ou non des prisonniers. Moi, j’étais partisan d’en faire le maximum. Évidemment, on en faisait lorsque les types acceptaient de se rendre. Généralement, ils se rendaient lorsqu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Alors, on négociait. On leur disait : " Je te le jure, tu auras la vie sauve, mais tu arrêtes ! " Et c’était tout ; c’était fini. C’était ma conception.
Maintenant, eux ne faisaient pas de prisonniers. C’était impossible. C’est affreux à dire, mais il faut le comprendre. Nous, nous le pouvions. Mais eux… Qu’auraient-ils fait de prisonniers, comment les garder ? C’était impossible. Ce qui explique la sauvagerie de cette guerre. Son caractère inexpiable aussi. Ils pratiquaient le terrorisme. Il n’y a pas de jugement de valeurs à émettre. Des bombes dans les villes. C’était du terrorisme aveugle. Et ils le pratiquaient aussi bien contre les Français qu’entre eux. Mais il leur était très difficile , il est vrai, de réunir une cour martiale, un tribunal avec avocats. Ce qui nous était possible. Seulement, la fin n’a jamais justifié les moyens. Le but clairement affiché et énoncé par le commandement militaire auquel j’obéissais était de ramener la paix : liquidation des unités adverses, des bandes rebelles, et pacification. En répondant par le terrorisme au terrorisme, nous trahissions la mission qui nous était confiée. Comment pacifier un pays en massacrant tout ? C’est absurde.
Pour en venir à Aussaresses, dans le journal de l’association Démocraties, que vous présidez, vous avez écrit que vous ne vous teniez pas pour son " frère d’armes ". Quand vous êtes arrivé en Algérie, en 1960, vous saviez donc qu’on y torturait.
Henri Paris. Mais oui, je le savais. Quand je suis arrivé en Algérie, Henri Alleg avait publié la Question. Yves Courrières n’avait pas encore écrit son livre. Je le savais donc, et toute la France le savait. Il y avait eu je ne sais combien d’articles dans la presse. Et l’on savait que cette guerre avait un caractère inexpiable. Ce qu’on ne savait pas, c’est que des gens comme Aussaresses avaient fait de la torture un système. C’est ça qui est épouvantable. Toute guerre entraîne son cortège d’horreurs. Durant la guerre de 39-45, nous n’avions jamais érigé la sauvagerie en système. Jamais nous n’avions torturé les prisonniers allemands ; on ne les a jamais exécutés en masse. C’était interdit. Les Allemands, eux, ont systématiquement pratiqué l’horreur : camps de concentration, camps de la mort, dont, soit dit en passant, certains nient aujourd’hui l’existence : c’est extraordinaire. C’est comme nier la torture en Algérie.
A suivre...
Aviez-vous conscience qu’il s’agissait d’une guerre d’indépendance ?
Henri Paris .Bien sûr. Bien sûr. Ils voulaient l’indépendance. C’était clair. On le comprenait bien. Il y avait un deuxième élément dont je me rendais parfaitement compte, comme lieutenant. On les disait ralliés aux communistes, etc. Il y aurait eu de quoi éclater de rire. Ils n’étaient pas du tout marxistes. Ou, s’ils l’étaient, ils le cachaient bien ! Dans leurs tracts, il n’était absolument pas question de lutte des classes. Seulement d’indépendance et de colonialisme.
Les autochtones, je l’ai dit, étaient dans un état de sous-développement par rapport à la France métropolitaine. Quant à la population des pieds noirs, les grosses fortunes avaient quitté les lieux. Ne restaient que les personnes de condition modeste, dont le mode de vie s’apparentait à celui des autochtones. Ils étaient dressés les uns contre les autres parce que la lutte était devenue inexpiable.
Pas une guerre classique , donc, et aussi torture.
Henri Paris. Oui. La torture. Tout le monde, absolument tout le monde savait qu’on torturait du côté français. Dans les grandes villes : Alger, Constantine, etc. Quant à nous, dans les djebels, troupes opérationnelles, nous ne torturions pas. Tout simplement parce que c’était totalement inutile. Il y avait deux conceptions dans les rangs de l’armée française : faire ou non des prisonniers. Moi, j’étais partisan d’en faire le maximum. Évidemment, on en faisait lorsque les types acceptaient de se rendre. Généralement, ils se rendaient lorsqu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Alors, on négociait. On leur disait : " Je te le jure, tu auras la vie sauve, mais tu arrêtes ! " Et c’était tout ; c’était fini. C’était ma conception.
Maintenant, eux ne faisaient pas de prisonniers. C’était impossible. C’est affreux à dire, mais il faut le comprendre. Nous, nous le pouvions. Mais eux… Qu’auraient-ils fait de prisonniers, comment les garder ? C’était impossible. Ce qui explique la sauvagerie de cette guerre. Son caractère inexpiable aussi. Ils pratiquaient le terrorisme. Il n’y a pas de jugement de valeurs à émettre. Des bombes dans les villes. C’était du terrorisme aveugle. Et ils le pratiquaient aussi bien contre les Français qu’entre eux. Mais il leur était très difficile , il est vrai, de réunir une cour martiale, un tribunal avec avocats. Ce qui nous était possible. Seulement, la fin n’a jamais justifié les moyens. Le but clairement affiché et énoncé par le commandement militaire auquel j’obéissais était de ramener la paix : liquidation des unités adverses, des bandes rebelles, et pacification. En répondant par le terrorisme au terrorisme, nous trahissions la mission qui nous était confiée. Comment pacifier un pays en massacrant tout ? C’est absurde.
Pour en venir à Aussaresses, dans le journal de l’association Démocraties, que vous présidez, vous avez écrit que vous ne vous teniez pas pour son " frère d’armes ". Quand vous êtes arrivé en Algérie, en 1960, vous saviez donc qu’on y torturait.
Henri Paris. Mais oui, je le savais. Quand je suis arrivé en Algérie, Henri Alleg avait publié la Question. Yves Courrières n’avait pas encore écrit son livre. Je le savais donc, et toute la France le savait. Il y avait eu je ne sais combien d’articles dans la presse. Et l’on savait que cette guerre avait un caractère inexpiable. Ce qu’on ne savait pas, c’est que des gens comme Aussaresses avaient fait de la torture un système. C’est ça qui est épouvantable. Toute guerre entraîne son cortège d’horreurs. Durant la guerre de 39-45, nous n’avions jamais érigé la sauvagerie en système. Jamais nous n’avions torturé les prisonniers allemands ; on ne les a jamais exécutés en masse. C’était interdit. Les Allemands, eux, ont systématiquement pratiqué l’horreur : camps de concentration, camps de la mort, dont, soit dit en passant, certains nient aujourd’hui l’existence : c’est extraordinaire. C’est comme nier la torture en Algérie.
A suivre...
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Que pensez-vous d’Aussaresses ?
Henri Paris. Je l’ai rencontré deux ou trois fois. En France. Bien après la guerre. Je répète qu’il n’est pas mon frère d’armes… Lorsque, dans des guerres, vous recherchez des gens pour faire office de bourreaux ou accomplir les basses ouvres, vous les trouvez toujours. Seulement, il appartient au commandement, c’est pour ça qu’existe un commandement, d’arrêter ce genre de choses. Aussaresses, à mon sens, a perdu la boule. Mais il savait ce qu’il faisait. Il a une case de moins. C’est un fou. Un " sauvage ". Mais le commandement, civil et militaire, qui ne pouvait ignorer ce qu’il faisait, ne devait pas le laisser faire. Il y a une éthique, une déontologie, un honneur de l’officier. Un honneur des armes. Nous appartenons à une armée régulière, à un État de droit. Les droits de l’homme et du citoyen, ce n’est pas d’être bourreau. Maintenant, je pense qu’Aussaresses est manipulé. Comme par hasard, la sortie de ce bouquin intervient au moment de l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mitterrand. Mitterrand apparaît dans cette affaire. Il est mis sur la sellette. Mais il n’est pas le seul. Il y a tous ceux qui tournaient à l’époque dans les cercles gouvernementaux : le ministre de la Défense nationale Bourgès-Maunoury, et d’autres. Cette manip’, à qui profite-t-elle ? À mon avis, à l’extrême droite. Mais je ne suis pas journaliste d’investigation ; je n’appartiens pas aux services de renseignement, je n’ai jamais appartenu à un service de renseignement, ni civil ni militaire : ce n’est pas à moi de chercher qui manipule. Mais je me dis quand même qu’une telle manipulation ne semble pas venir des milieux de la gauche. Elle me fait l’effet de venir de la droite.
La lecture de son livre vous a-t-elle choqué ? Vous étiez au courant…
Henri Paris. Oui, elle m’a choqué. Ce qui me choque, c’est que l’on organise la sauvagerie de façon systématique. Qu’on l’instrumentalise : qu’on l’utilise comme moyen, sciemment et consciemment. Je ne puis l’admettre.
En même temps, et si je puis me le permettre en prenant la précaution de multiplier les guillemets, son bouquin a le " mérite " d’une certaine " vérité "… Cela change du goût du secret cultivé dans l’armée. Si l’on songe à l’affaire Audin toujours non éclaircie…
Henri Paris .Je suis d’accord. La vérité est bonne à dire. Toute vérité est bonne à dire, contrairement à ce que prétend l’adage. Là-dessus, nous sommes tout à fait d’accord. Mais, dans mon esprit, voici de quoi il s’agit. Très profondément, j’aime l’Algérie. Je ne vais pas dire que j’ai fait la guerre sans haine. Ce n’est pas vrai. La personne qui vous tire dessus… comment voulez-vous l’aimer ? À coups de canon ? Mais… Je comprenais leur révolte, leur guerre. Moi, j’appartenais à un camp ; le camp français. Donc, j’ai fait la guerre du mieux que j’ai pu du point de vue du camp français. Aujourd’hui, je vise à la réconciliation générale. Le bouquin d’Aussaresses, tel qu’il est fichu, avec son absence de regrets, ne peut que jeter de l’huile sur le feu d’une guerre mal éteinte. Ce n’est pas en jetant un bouquin qui, finalement, vante ce que nous avons fait de mal en Algérie que l’on parviendra à réconcilier Français et Algériens. La vérité est qu’une partie de l’armée française, indéniablement, pendant la guerre d’Algérie, a commis des actes illégaux et contraires à l’honneur des armes : ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de toute l’armée française. Et, qui plus est : ce n’est pas la France. Et si de torturer ne plaisait pas à Aussaresses, en admettant que Massu lui en ait donné l’ordre, ce qui n’est pas du tout impossible, il pouvait, tout d’abord, ne pas l’exécuter puisqu’il était illégal.. Et, deuxièmement, il pouvait demander le rapport du supérieur de Massu. L’armée française a des défauts, mais aussi des qualités. Lorsque l’on demande le rapport du chef supérieur, on l’obtient…
Que pensez-vous des actuelles attitudes de Bigeard et de Massu ?
Henri Paris. Il est possible que Bigeard n’ait pas pratiqué la torture. Je n’en sais rien. À l’époque de la guerre d’Algérie, il était colonel, commandant un régiment. Je ne sais s’il a personnellement torturé, ni s’il en a donné l’ordre. Cette fois, il préfère se taire. Je pense qu’il pourrait dire, au minimum, la même chose que moi, c’est-à-dire : " Bien sûr, je savais que l’on pratiquait la torture ; bien sûr, je savais qu’on commettait des actes illégaux. " Mais je ne veux pas de la repentance. Ou alors, tout le monde se repent. Et on n’en finit plus… Quant à Massu, je le sais très diminué physiquement. J’ai beaucoup de respect pour lui. Il souffre. Il est conscient. Il m’a parlé. Je le sais très chrétien.
Revenons à ce culte du secret. Et à l’affaire Audin. Des gens, au sein de l’état-major, savent…
Henri Paris. D’accord, il faudrait… Mais ce n’est pas sûr. Ce n’est pas sûr que l’on retrouve des archives. Parce que Maurice Audin a " disparu ". Et ce n’est pas pour autant que cela a été consigné par écrit. C’est un acte illégal ; on ne va pas fabriquer un procès-verbal stipulant qu’on a procédé à une exécution sommaire. Ça ne s’est jamais fait. Et, en admettant que cela ait été fait, on peut supposer que les protagonistes de l’époque ont fait disparaître toutes traces. Il faudrait retrouver les survivants…
Il y a le nommé Charbonnier dont parle Aussaresses ; que d’aucuns accusent.
Henri Paris .Oui. On retrouve là les affaires des services de renseignement dont je ne fais pas partie. Il se peut que des gens comme Massu et Bigeard se trouvent dans le même cas que moi. Massu commandait à Alger. Il détenait les pleins pouvoirs. Alors, c’est sûr, Massu savait qu’on torturait. Et il a laissé faire. Cela dit, l’a-t-il ordonné ? Verbalement ou par écrit ? Je ne sais pas. Par écrit, je n’y crois pas…
Entretien réalisé par Jean Morawski
http://www.humanite.fr
Henri Paris. Je l’ai rencontré deux ou trois fois. En France. Bien après la guerre. Je répète qu’il n’est pas mon frère d’armes… Lorsque, dans des guerres, vous recherchez des gens pour faire office de bourreaux ou accomplir les basses ouvres, vous les trouvez toujours. Seulement, il appartient au commandement, c’est pour ça qu’existe un commandement, d’arrêter ce genre de choses. Aussaresses, à mon sens, a perdu la boule. Mais il savait ce qu’il faisait. Il a une case de moins. C’est un fou. Un " sauvage ". Mais le commandement, civil et militaire, qui ne pouvait ignorer ce qu’il faisait, ne devait pas le laisser faire. Il y a une éthique, une déontologie, un honneur de l’officier. Un honneur des armes. Nous appartenons à une armée régulière, à un État de droit. Les droits de l’homme et du citoyen, ce n’est pas d’être bourreau. Maintenant, je pense qu’Aussaresses est manipulé. Comme par hasard, la sortie de ce bouquin intervient au moment de l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Mitterrand. Mitterrand apparaît dans cette affaire. Il est mis sur la sellette. Mais il n’est pas le seul. Il y a tous ceux qui tournaient à l’époque dans les cercles gouvernementaux : le ministre de la Défense nationale Bourgès-Maunoury, et d’autres. Cette manip’, à qui profite-t-elle ? À mon avis, à l’extrême droite. Mais je ne suis pas journaliste d’investigation ; je n’appartiens pas aux services de renseignement, je n’ai jamais appartenu à un service de renseignement, ni civil ni militaire : ce n’est pas à moi de chercher qui manipule. Mais je me dis quand même qu’une telle manipulation ne semble pas venir des milieux de la gauche. Elle me fait l’effet de venir de la droite.
La lecture de son livre vous a-t-elle choqué ? Vous étiez au courant…
Henri Paris. Oui, elle m’a choqué. Ce qui me choque, c’est que l’on organise la sauvagerie de façon systématique. Qu’on l’instrumentalise : qu’on l’utilise comme moyen, sciemment et consciemment. Je ne puis l’admettre.
En même temps, et si je puis me le permettre en prenant la précaution de multiplier les guillemets, son bouquin a le " mérite " d’une certaine " vérité "… Cela change du goût du secret cultivé dans l’armée. Si l’on songe à l’affaire Audin toujours non éclaircie…
Henri Paris .Je suis d’accord. La vérité est bonne à dire. Toute vérité est bonne à dire, contrairement à ce que prétend l’adage. Là-dessus, nous sommes tout à fait d’accord. Mais, dans mon esprit, voici de quoi il s’agit. Très profondément, j’aime l’Algérie. Je ne vais pas dire que j’ai fait la guerre sans haine. Ce n’est pas vrai. La personne qui vous tire dessus… comment voulez-vous l’aimer ? À coups de canon ? Mais… Je comprenais leur révolte, leur guerre. Moi, j’appartenais à un camp ; le camp français. Donc, j’ai fait la guerre du mieux que j’ai pu du point de vue du camp français. Aujourd’hui, je vise à la réconciliation générale. Le bouquin d’Aussaresses, tel qu’il est fichu, avec son absence de regrets, ne peut que jeter de l’huile sur le feu d’une guerre mal éteinte. Ce n’est pas en jetant un bouquin qui, finalement, vante ce que nous avons fait de mal en Algérie que l’on parviendra à réconcilier Français et Algériens. La vérité est qu’une partie de l’armée française, indéniablement, pendant la guerre d’Algérie, a commis des actes illégaux et contraires à l’honneur des armes : ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de toute l’armée française. Et, qui plus est : ce n’est pas la France. Et si de torturer ne plaisait pas à Aussaresses, en admettant que Massu lui en ait donné l’ordre, ce qui n’est pas du tout impossible, il pouvait, tout d’abord, ne pas l’exécuter puisqu’il était illégal.. Et, deuxièmement, il pouvait demander le rapport du supérieur de Massu. L’armée française a des défauts, mais aussi des qualités. Lorsque l’on demande le rapport du chef supérieur, on l’obtient…
Que pensez-vous des actuelles attitudes de Bigeard et de Massu ?
Henri Paris. Il est possible que Bigeard n’ait pas pratiqué la torture. Je n’en sais rien. À l’époque de la guerre d’Algérie, il était colonel, commandant un régiment. Je ne sais s’il a personnellement torturé, ni s’il en a donné l’ordre. Cette fois, il préfère se taire. Je pense qu’il pourrait dire, au minimum, la même chose que moi, c’est-à-dire : " Bien sûr, je savais que l’on pratiquait la torture ; bien sûr, je savais qu’on commettait des actes illégaux. " Mais je ne veux pas de la repentance. Ou alors, tout le monde se repent. Et on n’en finit plus… Quant à Massu, je le sais très diminué physiquement. J’ai beaucoup de respect pour lui. Il souffre. Il est conscient. Il m’a parlé. Je le sais très chrétien.
Revenons à ce culte du secret. Et à l’affaire Audin. Des gens, au sein de l’état-major, savent…
Henri Paris. D’accord, il faudrait… Mais ce n’est pas sûr. Ce n’est pas sûr que l’on retrouve des archives. Parce que Maurice Audin a " disparu ". Et ce n’est pas pour autant que cela a été consigné par écrit. C’est un acte illégal ; on ne va pas fabriquer un procès-verbal stipulant qu’on a procédé à une exécution sommaire. Ça ne s’est jamais fait. Et, en admettant que cela ait été fait, on peut supposer que les protagonistes de l’époque ont fait disparaître toutes traces. Il faudrait retrouver les survivants…
Il y a le nommé Charbonnier dont parle Aussaresses ; que d’aucuns accusent.
Henri Paris .Oui. On retrouve là les affaires des services de renseignement dont je ne fais pas partie. Il se peut que des gens comme Massu et Bigeard se trouvent dans le même cas que moi. Massu commandait à Alger. Il détenait les pleins pouvoirs. Alors, c’est sûr, Massu savait qu’on torturait. Et il a laissé faire. Cela dit, l’a-t-il ordonné ? Verbalement ou par écrit ? Je ne sais pas. Par écrit, je n’y crois pas…
Entretien réalisé par Jean Morawski
http://www.humanite.fr
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Histoire d' Algerie 8 mai 1945 تا ريخ الجزائر 8 ماي
[url][/url]
[url][/url]
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
La torture pendant la guerre d'Algérie (part 1)
[url][/url]
[url][/url]
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
La torture pendant la guerre d'Algérie (part 2)
[url][/url]
[url][/url]
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Les aveux du Général Aussaresses
[url][/url]
[url][/url]
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
2/6-Histoire d' Algerie 8 mai 1945 تا ريخ الجزائر 8 ماي
[url][/url]
[url][/url]
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
3/6-Histoire d' Algerie 8 mai 1945 تا ريخ الجزائر 8 ماي
[url][/url]
[url][/url]
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
4/6-Histoire d' Algerie 8 mai 1945 تا ريخ الجزائر 8 ماي
[url][/url]
[url][/url]
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
5/6-Histoire d' Algerie 8 mai 1945 تا ريخ الجزائر 8 ماي
[url][/url]
[url][/url]
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
6/6-Histoire d' Algerie 8 mai 1945 تا ريخ الجزائر 8 ماي
[url][/url]
[url][/url]
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
26 mars 1962 : Le massacre de la rue d’Isly

« La France est en état de péché mortel et elle connaîtra, un jour, le châtiment » (Maréchal Alphonse Juin)
Lundi 26 mars 1962. Un tract émanant de l’OAS, à l’instigation du Colonel Vaudrey, demandait à la population du Grand Alger de gagner, en une « manifestation de masse, pacifique et unanime, drapeaux en tête, sans aucune arme et sans cri, le périmètre du bouclage de Bab-El-Oued. »
« Non ! Les Algérois ne laisseront pas mourir de faim les enfants de Bab-El-Oued. Ils s’opposeront jusqu’au bout à l’oppression sanguinaire du pouvoir fasciste. »
Peu désireuse de voir les Algérois dans la rue, la Préfecture de police interdit la manifestation et pour appuyer cette décision, un important dispositif fut mis en place. Il était plus important et plus lourd au fur et à mesure qu’on se rapprochait de la « frontière de Bab-el-Oued ». Avenue du 8 novembre, des chars de 30 tonnes braquaient leurs canons de 75 vers Bab-el-Oued et vers la place du Gouvernement.
De celle-ci au square Bresson, des half-tracks et des automitrailleuses avaient pris place, tourelles tournées vers les terrasses des immeubles et le centre de la ville. Bd Carnot on trouvait des C.R.S. Plus près de la Grande-Poste, des militaires de l’Infanterie et plus loin des Marsouins aux côtés desquels on voyait également des C.R.S. Rue Charles Péguy des camions militaires avaient été mis côte à côte, barrant la rue dans toute sa largeur.
Un pressentiment désagréable envahit cependant bon nombre d’Algérois. Si le Préfet, Vitalis Cros, avait vraiment voulu interdire la manifestation, pourquoi ne pas avoir, tout simplement instauré le couvre-feu ? Pourquoi ne pas avoir informé la population des ordres d’ouverture du feu donnés aux forces de l’ordre ? Il est probable que bon nombre de manifestants seraient restés chez eux ce jour là. Mais la manifestation devait se produire, on se contenta donc de l’interdire.
Le haut commandement militaire, pour des raisons qui ne seront jamais élucidés, avait désigné, en particulier, pour assurer le service d’ordre, le 4ème Régiment de Tirailleurs, composé en majeure partie de Musulmans, des appelés de surcroît. Ces hommes, fourbus, énervés, fébriles, agressifs à l’excès, avaient été « mis en condition » par le bouclage de Bab-el-Oued auquel ils avaient participé. Par ailleurs, ils avaient été enrôlés dans une armée qu’ils ne considéraient pas -ou qu’ils ne considéraient plus- comme la leur dès lors que le cessez-le-feu avait été proclamé et que l’indépendance était imminente. Ils se devaient, par conséquent, de donner des gages de fidélité et de bonne conduite à leurs futurs chefs et amorcer, au mieux, leur « reconversion » dans la future armée algérienne. La situation était idéale ! Ainsi, le moindre incident, la plus minime provocation, pouvait faire craindre le pire et les autorités le savaient !
Cette unité, en l’absence étrange de son chef, le colonel Goubard, était commandée par le chef de bataillon Poupat qui avait reçu des ordres qui le firent sursauter : « Arrêter la manifestation par tous les moyens, au besoin par le feu ! »
L’officier était ahuri. Un ordre d’une telle gravité ne pouvait-être donné que par écrit… et il avait en mains la preuve de ce qu’on lui demandait de faire. Aussi, à son tour, il le transmit à ses commandants de compagnie en précisant toutefois de ne faire usage du feu qu’en cas de légitime défense.
Vers 14h45, la foule estimée à plusieurs milliers de personnes arriva aux abords de la rue d’Isly. Il y avait là des hommes de tous âges, des femmes, des enfants. On était venu en famille et comme pour le 13 mai, on avait sorti les drapeaux tricolores et les médailles que les pères et les grand-pères arboraient fièrement.
Là, les manifestants allaient buter sur un barrage de tirailleurs commandés par le lieutenant Ouchène. Ce fut l’offensive du charme chère aux Algérois… et qui avait si bien réussi jusque là…
On parlementa, on chercha à fléchir le jeune officier en lançant un appel au patriotisme. « J’ai des ordres pour ne pas vous laisser passer », répondit-il. Finalement, le lieutenant accepta de laisser passer une délégation avec un drapeau tricolore en tête. Mais la foule trépidante s’infiltra à travers cette brèche et rompant le barrage se répandit dans la rue d’Isly poursuivant sa marche vers le square Bresson.
Aussitôt un renfort de soldats fut envoyé par le commandant Poupat afin de créer un nouveau barrage. Il s’agissait de quatre sections aux ordres du capitaine Gilet qui, très vite, allaient entrer en contact avec les manifestants. Comme précédemment, l’offensive de charme fut lancée. Cependant, le lieutenant Ouchène, ayant appelé sa seconde ligne à la rescousse, réussit à reconstituer son barrage, à couper et à arrêter le cortège. Ainsi, ceux qui étaient passés, se retrouvaient bloqués ; ils ne pouvaient plus ni avancer, ni reculer. Un sentiment de malaise envahit aussitôt quelques manifestants qui se voyaient enfermer comme dans un piège…
La tragédie se nouait.

« La France est en état de péché mortel et elle connaîtra, un jour, le châtiment » (Maréchal Alphonse Juin)
Lundi 26 mars 1962. Un tract émanant de l’OAS, à l’instigation du Colonel Vaudrey, demandait à la population du Grand Alger de gagner, en une « manifestation de masse, pacifique et unanime, drapeaux en tête, sans aucune arme et sans cri, le périmètre du bouclage de Bab-El-Oued. »
« Non ! Les Algérois ne laisseront pas mourir de faim les enfants de Bab-El-Oued. Ils s’opposeront jusqu’au bout à l’oppression sanguinaire du pouvoir fasciste. »
Peu désireuse de voir les Algérois dans la rue, la Préfecture de police interdit la manifestation et pour appuyer cette décision, un important dispositif fut mis en place. Il était plus important et plus lourd au fur et à mesure qu’on se rapprochait de la « frontière de Bab-el-Oued ». Avenue du 8 novembre, des chars de 30 tonnes braquaient leurs canons de 75 vers Bab-el-Oued et vers la place du Gouvernement.
De celle-ci au square Bresson, des half-tracks et des automitrailleuses avaient pris place, tourelles tournées vers les terrasses des immeubles et le centre de la ville. Bd Carnot on trouvait des C.R.S. Plus près de la Grande-Poste, des militaires de l’Infanterie et plus loin des Marsouins aux côtés desquels on voyait également des C.R.S. Rue Charles Péguy des camions militaires avaient été mis côte à côte, barrant la rue dans toute sa largeur.
Un pressentiment désagréable envahit cependant bon nombre d’Algérois. Si le Préfet, Vitalis Cros, avait vraiment voulu interdire la manifestation, pourquoi ne pas avoir, tout simplement instauré le couvre-feu ? Pourquoi ne pas avoir informé la population des ordres d’ouverture du feu donnés aux forces de l’ordre ? Il est probable que bon nombre de manifestants seraient restés chez eux ce jour là. Mais la manifestation devait se produire, on se contenta donc de l’interdire.
Le haut commandement militaire, pour des raisons qui ne seront jamais élucidés, avait désigné, en particulier, pour assurer le service d’ordre, le 4ème Régiment de Tirailleurs, composé en majeure partie de Musulmans, des appelés de surcroît. Ces hommes, fourbus, énervés, fébriles, agressifs à l’excès, avaient été « mis en condition » par le bouclage de Bab-el-Oued auquel ils avaient participé. Par ailleurs, ils avaient été enrôlés dans une armée qu’ils ne considéraient pas -ou qu’ils ne considéraient plus- comme la leur dès lors que le cessez-le-feu avait été proclamé et que l’indépendance était imminente. Ils se devaient, par conséquent, de donner des gages de fidélité et de bonne conduite à leurs futurs chefs et amorcer, au mieux, leur « reconversion » dans la future armée algérienne. La situation était idéale ! Ainsi, le moindre incident, la plus minime provocation, pouvait faire craindre le pire et les autorités le savaient !
Cette unité, en l’absence étrange de son chef, le colonel Goubard, était commandée par le chef de bataillon Poupat qui avait reçu des ordres qui le firent sursauter : « Arrêter la manifestation par tous les moyens, au besoin par le feu ! »
L’officier était ahuri. Un ordre d’une telle gravité ne pouvait-être donné que par écrit… et il avait en mains la preuve de ce qu’on lui demandait de faire. Aussi, à son tour, il le transmit à ses commandants de compagnie en précisant toutefois de ne faire usage du feu qu’en cas de légitime défense.
Vers 14h45, la foule estimée à plusieurs milliers de personnes arriva aux abords de la rue d’Isly. Il y avait là des hommes de tous âges, des femmes, des enfants. On était venu en famille et comme pour le 13 mai, on avait sorti les drapeaux tricolores et les médailles que les pères et les grand-pères arboraient fièrement.
Là, les manifestants allaient buter sur un barrage de tirailleurs commandés par le lieutenant Ouchène. Ce fut l’offensive du charme chère aux Algérois… et qui avait si bien réussi jusque là…
On parlementa, on chercha à fléchir le jeune officier en lançant un appel au patriotisme. « J’ai des ordres pour ne pas vous laisser passer », répondit-il. Finalement, le lieutenant accepta de laisser passer une délégation avec un drapeau tricolore en tête. Mais la foule trépidante s’infiltra à travers cette brèche et rompant le barrage se répandit dans la rue d’Isly poursuivant sa marche vers le square Bresson.
Aussitôt un renfort de soldats fut envoyé par le commandant Poupat afin de créer un nouveau barrage. Il s’agissait de quatre sections aux ordres du capitaine Gilet qui, très vite, allaient entrer en contact avec les manifestants. Comme précédemment, l’offensive de charme fut lancée. Cependant, le lieutenant Ouchène, ayant appelé sa seconde ligne à la rescousse, réussit à reconstituer son barrage, à couper et à arrêter le cortège. Ainsi, ceux qui étaient passés, se retrouvaient bloqués ; ils ne pouvaient plus ni avancer, ni reculer. Un sentiment de malaise envahit aussitôt quelques manifestants qui se voyaient enfermer comme dans un piège…
La tragédie se nouait.
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Il était 14h50 à l’horloge de la Grande Poste. Soudain une rafale d’arme automatique dirigée sur la foule déchira l’air. Elle provenait d’un pistolet mitrailleur servi par un tirailleur situé à proximité du bar du Derby, sur le trottoir des numéros impairs de la rue d’Isly. Cela est une certitude ! Ce fut le déclenchement de la fusillade généralisée. Aussitôt, les armes crachèrent le feu, la mort et répandirent la terreur. Rue d’Isly, rue Chanzy, rue Péguy, rue Alfred-Lelluch, bd Carnot, ce fut une abominable boucherie.
Les premières victimes furent foudroyées dans le dos à bout portant, comme en témoigneront les brûlures constatées sur leur peau et leurs vêtements. C’était la confusion et la panique, la fuite générale et éperdue. Des gens se réfugiaient dans les entrées d’immeubles, d’autres se couchaient, certains, croyant être protégés dans l’entrée d’un magasin, s’y entassaient : quelques secondes plus tard, ils étaient tous touchés par une rafale. Les vitrines volaient en éclats entraînant d’horribles blessures. De partout, les tirailleurs musulmans, tout sang-froid perdu, les yeux fous, en transe, utilisant pour certains des balles explosives -comme le démontreront le type des blessures infligées- vidaient chargeur sur chargeur, parfois fusil mitrailleur à la hanche, sur le tourbillon humain qui s’agitait frénétiquement devant eux et qui, très vite, s’immobilisa sous les rafales, cherchant à se confondre avec le sol qui n’offrait le moindre abri.
Ca et là des corps sanguinolents s’amoncelaient. Des flaques de sang recouvraient l’asphalte et commençaient à courir le long des caniveaux. Chaque européen était devenu proie, gibier.
Un enfant qui s’était accroché à un panneau publicitaire apposé à la façade de la Poste, s’écroula sur les marches, un mètre plus bas…
La tempête de fer et de feu faisait rage. Les armes de tous calibres semaient la mort avec une joie féroce, dirigée par des Français sur d’autres Français. Des hommes qui, déjà, se portaient au secours des victimes étaient touchés à leur tour. Au fracas des armes se confondaient les hurlements de peur et de douleur, les plaintes, les râles et les prières de ceux qui demandaient pitié. Mais de pitié il n’y en avait aucune chez ces monstres là. C’était un spectacle horrible, inhumain. Dans le tumulte des détonations, on percevait d’autres cris de détresse :
« Halte au feu ! Halte au feu ! »
« Mon lieutenant, faites cesser le feu, je vous en prie ! »
Des gamins se réfugiaient en hurlant sous les voitures à l’arrêt, des femmes se serraient dans les coins des paliers, criant et pleurant, d’autres, comme sonnées, écarquillaient les yeux, effarées par ce qu’elles voyaient.
La grêle de mitraille arrachait en cette confusion les hurlements de ceux qui étaient atteints. La vie déchirée gémissait, se retirait, en aboutissant péniblement au silence suprême. Qui sait combien de temps cette tuerie durera encore ? Cherchant un abri, un jeune adolescent en culottes courtes, courbé, la tête protégée entre ses bras, traversa la rue en courant. Une rafale lui zébra le corps. Le malheureux tomba en criant sa douleur. Son corps roula plusieurs fois sur l’asphalte rougi avant de s’immobiliser. Un soldat portant distinctement des bandes vertes sur son casque visait lentement, patiemment : 50 mètres plus loin, un pauvre vieux courait, trébucha, se redressa, se remit à courir… le coup partit… et ce fut fini !
POURQUOI ? Assassin ! Pourquoi ?… Les gosses, les femmes, les vieux et même les hommes, quand ils sont désarmés ça ne peut se défendre. Dans le dictionnaire, y a-t-il un mot qui qualifie une action aussi abominable ?
La foule subissait cette fusillade folle et, en dépit du vacarme assourdissant, l’on discernait clairement les flots de prières qui s’élevaient de cette arène sanglante, rendant plus tragique encore cette vision de cauchemar…
Au milieu de plaintes, de râles et de supplications, dans une jouissance frénétique, les tortionnaires achevaient les blessés. Le Professeur Pierre GOINARD de la faculté de Médecine d’Alger, sommité algéroise, témoignera :
- Une femme de 40 ans, blessée, couchée par terre, bd Laferrière, se relève ; un soldat musulman la tue d’une rafale de P.M. Mat 49, à moins d’un mètre, malgré l’intervention d’un officier.
- Un vieillard, rue d’Isly. Le soldat musulman lui crie « couche-toi et tu ne te relèveras pas ! » Et il l’abat…
- Deux femmes, blessées à terre, qui demandent grâce ont été achevées à coups de fusil-mitrailleur.
- Une femme, place de la Poste, blessée, gisait sur le dos. Un soldat musulman l’achève d’une rafale. L’officier présent abat le soldat.
- Un étudiant en médecine met un garrot à un blessé. Au moment où il se relève avec le blessé, il essuie une rafale de mitraillette.
Les premières victimes furent foudroyées dans le dos à bout portant, comme en témoigneront les brûlures constatées sur leur peau et leurs vêtements. C’était la confusion et la panique, la fuite générale et éperdue. Des gens se réfugiaient dans les entrées d’immeubles, d’autres se couchaient, certains, croyant être protégés dans l’entrée d’un magasin, s’y entassaient : quelques secondes plus tard, ils étaient tous touchés par une rafale. Les vitrines volaient en éclats entraînant d’horribles blessures. De partout, les tirailleurs musulmans, tout sang-froid perdu, les yeux fous, en transe, utilisant pour certains des balles explosives -comme le démontreront le type des blessures infligées- vidaient chargeur sur chargeur, parfois fusil mitrailleur à la hanche, sur le tourbillon humain qui s’agitait frénétiquement devant eux et qui, très vite, s’immobilisa sous les rafales, cherchant à se confondre avec le sol qui n’offrait le moindre abri.
Ca et là des corps sanguinolents s’amoncelaient. Des flaques de sang recouvraient l’asphalte et commençaient à courir le long des caniveaux. Chaque européen était devenu proie, gibier.
Un enfant qui s’était accroché à un panneau publicitaire apposé à la façade de la Poste, s’écroula sur les marches, un mètre plus bas…
La tempête de fer et de feu faisait rage. Les armes de tous calibres semaient la mort avec une joie féroce, dirigée par des Français sur d’autres Français. Des hommes qui, déjà, se portaient au secours des victimes étaient touchés à leur tour. Au fracas des armes se confondaient les hurlements de peur et de douleur, les plaintes, les râles et les prières de ceux qui demandaient pitié. Mais de pitié il n’y en avait aucune chez ces monstres là. C’était un spectacle horrible, inhumain. Dans le tumulte des détonations, on percevait d’autres cris de détresse :
« Halte au feu ! Halte au feu ! »
« Mon lieutenant, faites cesser le feu, je vous en prie ! »
Des gamins se réfugiaient en hurlant sous les voitures à l’arrêt, des femmes se serraient dans les coins des paliers, criant et pleurant, d’autres, comme sonnées, écarquillaient les yeux, effarées par ce qu’elles voyaient.
La grêle de mitraille arrachait en cette confusion les hurlements de ceux qui étaient atteints. La vie déchirée gémissait, se retirait, en aboutissant péniblement au silence suprême. Qui sait combien de temps cette tuerie durera encore ? Cherchant un abri, un jeune adolescent en culottes courtes, courbé, la tête protégée entre ses bras, traversa la rue en courant. Une rafale lui zébra le corps. Le malheureux tomba en criant sa douleur. Son corps roula plusieurs fois sur l’asphalte rougi avant de s’immobiliser. Un soldat portant distinctement des bandes vertes sur son casque visait lentement, patiemment : 50 mètres plus loin, un pauvre vieux courait, trébucha, se redressa, se remit à courir… le coup partit… et ce fut fini !
POURQUOI ? Assassin ! Pourquoi ?… Les gosses, les femmes, les vieux et même les hommes, quand ils sont désarmés ça ne peut se défendre. Dans le dictionnaire, y a-t-il un mot qui qualifie une action aussi abominable ?
La foule subissait cette fusillade folle et, en dépit du vacarme assourdissant, l’on discernait clairement les flots de prières qui s’élevaient de cette arène sanglante, rendant plus tragique encore cette vision de cauchemar…
Au milieu de plaintes, de râles et de supplications, dans une jouissance frénétique, les tortionnaires achevaient les blessés. Le Professeur Pierre GOINARD de la faculté de Médecine d’Alger, sommité algéroise, témoignera :
- Une femme de 40 ans, blessée, couchée par terre, bd Laferrière, se relève ; un soldat musulman la tue d’une rafale de P.M. Mat 49, à moins d’un mètre, malgré l’intervention d’un officier.
- Un vieillard, rue d’Isly. Le soldat musulman lui crie « couche-toi et tu ne te relèveras pas ! » Et il l’abat…
- Deux femmes, blessées à terre, qui demandent grâce ont été achevées à coups de fusil-mitrailleur.
- Une femme, place de la Poste, blessée, gisait sur le dos. Un soldat musulman l’achève d’une rafale. L’officier présent abat le soldat.
- Un étudiant en médecine met un garrot à un blessé. Au moment où il se relève avec le blessé, il essuie une rafale de mitraillette.
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
- Un médecin a vu, de son appartement, achever pendant plusieurs minutes les blessés qui essayaient de se relever.
André BADIN, colonel Honoraire d’Infanterie et avocat à la Cour d’Appel d’Alger, dira :
« J’ai été blessé par la première rafale et suis tombé à terre. Un couple (mari et femme) a également été blessé à côté de moi, et alors qu’ils se trouvaient tous les deux à terre, le mari a reçu une balle dans la tête. J’ai vu sa femme lui soulever la tête et lui dire de lui répondre. Lorsque cette personne s’est rendu compte que son mari était mort, elle a poussé des cris atroces qui retentissent encore dans ma tête. »
Un civil, ancien de la première armée, cria en direction du lieutenant Ouchène :
- C’est sur une foule désarmée que vous tirez et d’où n’est venue aucune provocation. Arrêtez le feu, bon sang !
Et le lieutenant de répondre :
- Je devais faire mon devoir ; j’avais des ordres…
S’apercevant alors de l’épouvantable méprise, Ouchène et le capitaine Techer, des civils également, hurlèrent « Halte au feu ! ». Mais une démence s’était emparée des tirailleurs, l’hystérie de tuer, la haine envers les Pieds-Noirs et, en cet instant, le rejet de la France.
« Arrêtez donc, calmez-vous ! »
« Au nom de la France, halte au feu ! »
En vain. Et soudain, le lieutenant Ouchène, que pressaient ou injuriaient les civils, fondit en larmes, à bout de nerfs…
Cette scène sera enregistrée par René Duval, envoyé spécial d’Europe n°1.
Cependant, il n’y eut pas que les tirailleurs musulmans -dont la plupart avaient déjà peint leur casque en vert- qui firent preuve de sauvagerie. Les témoignages en ce sens sont formels : C.R.S. et gardes mobiles participèrent également à la tuerie, notamment, la CRS 147 qui barrait l’entrée du bd Baudin, la CRS 182 qui bloquait l’entrée de l’avenue de la Gare et la CRS12 qui occupait la rampe Chassériau.
Après avoir laissé passer une partie de la foule qui s’était avancée boulevard Baudin, les C.R.S. s’embusquèrent derrière leurs cars ou derrière des arbres. Sans provocation de quiconque ni tirs provenant des immeubles, ils ouvrirent brusquement le feu vers les rues Sadi Carnot, Clauzel et Richelieu et vers le bd Baudin, faisant d’innombrables victimes.
Une anecdote très caractéristique de la haine que vouaient ces « policiers » à la population algéroise a été rapportée par René LOUVIOT, Officier de la légion d’honneur :
« A l’issue de la fusillade -à laquelle les C.R.S. on participé- ces derniers faisaient lever les bras aux passants et les matraquaient sur le crâne à coups de crosse ».
Il rapportera qu’un jeune garçon et deux jeunes filles, dont l’une portait un drapeau tricolore plein de sang et crêpé de noir se firent violemment insulter par ces fonctionnaires de police en ces termes : « Vous pouvez vous le mettre dans le cul votre drapeau tricolore… Va sucer les tétons de ta mère ! »
« Des A.M.X. sont passées dans la rue Bertezène et, à la vue du drapeau taché de sang, les hommes ont fait un « bras d’honneur ».
Les gendarmes mobiles (rouges), ne furent pas en reste dans l’accomplissement de ce massacre. Ils ouvrirent -sans provocation aucune- le feu au tunnel des Facultés vers la rue Michelet et vers la rue d’Isly par l’enfilade de l’avenue Pasteur, de même de la terrasse du Gouvernement général vers les immeubles faisant face au Forum. Plus grave, après la fin de la fusillade, ils tirèrent sur les blessés et leurs sauveteurs se dirigeant vers la clinique Lavernhe dans l’avenue Pasteur, et longtemps après ils tuèrent Monsieur Zelphati qui avait cru –le danger passé- pouvoir s’approcher de sa fenêtre, devant son frère, sa femme, et son petit garçon.
Enfin la fusillade se tut, remplacée aussitôt par la ronde infernale des hélicoptères et le hululement des sirènes des ambulances.
Sur les lieux du carnage, le spectacle était abominable, insoutenable, inhumain. Des corps d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards jonchaient les trottoirs et la chaussée, se tordaient de douleur dans des mares de sang. Plaintes et râles s’élevaient, insoutenables, dans cette rue brûlée par un soleil fou et qui avait pris le visage de l’épouvante.
Le sol était jonché de morceaux de verre, de chaussures de femmes, de foulards, de vêtements, de débris de toutes sortes… et de centaines et de centaines de douilles. Un vague nuage de fumée et de poussière s’étendait au-dessus des maisons. L’ombre de la mort planait sur Alger. Les blessés appelaient, les survivants étaient blêmes, hébétés, traumatisés à jamais.
Les secours s’organisaient. On chargeait les blessés dans les ambulances, on réservait les morts pour les camions militaires. De l’un d’eux, non bâché, on apercevait avec horreur des corps sanguinolents, des corps empilés que l’on conduisait à la morgue, des corps qui ne demandaient qu’à rester français et à continuer de vivre dans le pays de leur enfance.
André BADIN, colonel Honoraire d’Infanterie et avocat à la Cour d’Appel d’Alger, dira :
« J’ai été blessé par la première rafale et suis tombé à terre. Un couple (mari et femme) a également été blessé à côté de moi, et alors qu’ils se trouvaient tous les deux à terre, le mari a reçu une balle dans la tête. J’ai vu sa femme lui soulever la tête et lui dire de lui répondre. Lorsque cette personne s’est rendu compte que son mari était mort, elle a poussé des cris atroces qui retentissent encore dans ma tête. »
Un civil, ancien de la première armée, cria en direction du lieutenant Ouchène :
- C’est sur une foule désarmée que vous tirez et d’où n’est venue aucune provocation. Arrêtez le feu, bon sang !
Et le lieutenant de répondre :
- Je devais faire mon devoir ; j’avais des ordres…
S’apercevant alors de l’épouvantable méprise, Ouchène et le capitaine Techer, des civils également, hurlèrent « Halte au feu ! ». Mais une démence s’était emparée des tirailleurs, l’hystérie de tuer, la haine envers les Pieds-Noirs et, en cet instant, le rejet de la France.
« Arrêtez donc, calmez-vous ! »
« Au nom de la France, halte au feu ! »
En vain. Et soudain, le lieutenant Ouchène, que pressaient ou injuriaient les civils, fondit en larmes, à bout de nerfs…
Cette scène sera enregistrée par René Duval, envoyé spécial d’Europe n°1.
Cependant, il n’y eut pas que les tirailleurs musulmans -dont la plupart avaient déjà peint leur casque en vert- qui firent preuve de sauvagerie. Les témoignages en ce sens sont formels : C.R.S. et gardes mobiles participèrent également à la tuerie, notamment, la CRS 147 qui barrait l’entrée du bd Baudin, la CRS 182 qui bloquait l’entrée de l’avenue de la Gare et la CRS12 qui occupait la rampe Chassériau.
Après avoir laissé passer une partie de la foule qui s’était avancée boulevard Baudin, les C.R.S. s’embusquèrent derrière leurs cars ou derrière des arbres. Sans provocation de quiconque ni tirs provenant des immeubles, ils ouvrirent brusquement le feu vers les rues Sadi Carnot, Clauzel et Richelieu et vers le bd Baudin, faisant d’innombrables victimes.
Une anecdote très caractéristique de la haine que vouaient ces « policiers » à la population algéroise a été rapportée par René LOUVIOT, Officier de la légion d’honneur :
« A l’issue de la fusillade -à laquelle les C.R.S. on participé- ces derniers faisaient lever les bras aux passants et les matraquaient sur le crâne à coups de crosse ».
Il rapportera qu’un jeune garçon et deux jeunes filles, dont l’une portait un drapeau tricolore plein de sang et crêpé de noir se firent violemment insulter par ces fonctionnaires de police en ces termes : « Vous pouvez vous le mettre dans le cul votre drapeau tricolore… Va sucer les tétons de ta mère ! »
« Des A.M.X. sont passées dans la rue Bertezène et, à la vue du drapeau taché de sang, les hommes ont fait un « bras d’honneur ».
Les gendarmes mobiles (rouges), ne furent pas en reste dans l’accomplissement de ce massacre. Ils ouvrirent -sans provocation aucune- le feu au tunnel des Facultés vers la rue Michelet et vers la rue d’Isly par l’enfilade de l’avenue Pasteur, de même de la terrasse du Gouvernement général vers les immeubles faisant face au Forum. Plus grave, après la fin de la fusillade, ils tirèrent sur les blessés et leurs sauveteurs se dirigeant vers la clinique Lavernhe dans l’avenue Pasteur, et longtemps après ils tuèrent Monsieur Zelphati qui avait cru –le danger passé- pouvoir s’approcher de sa fenêtre, devant son frère, sa femme, et son petit garçon.
Enfin la fusillade se tut, remplacée aussitôt par la ronde infernale des hélicoptères et le hululement des sirènes des ambulances.
Sur les lieux du carnage, le spectacle était abominable, insoutenable, inhumain. Des corps d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards jonchaient les trottoirs et la chaussée, se tordaient de douleur dans des mares de sang. Plaintes et râles s’élevaient, insoutenables, dans cette rue brûlée par un soleil fou et qui avait pris le visage de l’épouvante.
Le sol était jonché de morceaux de verre, de chaussures de femmes, de foulards, de vêtements, de débris de toutes sortes… et de centaines et de centaines de douilles. Un vague nuage de fumée et de poussière s’étendait au-dessus des maisons. L’ombre de la mort planait sur Alger. Les blessés appelaient, les survivants étaient blêmes, hébétés, traumatisés à jamais.
Les secours s’organisaient. On chargeait les blessés dans les ambulances, on réservait les morts pour les camions militaires. De l’un d’eux, non bâché, on apercevait avec horreur des corps sanguinolents, des corps empilés que l’on conduisait à la morgue, des corps qui ne demandaient qu’à rester français et à continuer de vivre dans le pays de leur enfance.
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Adossé contre un platane, un homme dépoitraillé se tenait le ventre, du sang entre ses doigts, maculant son pantalon. Près du corps d’une jeune femme sans vie, une petite fille pleurait. Un peu plus loin, une jeune fille de dix-sept ans environ avait pris une rafale en pleine poitrine. Adossée à un mur, elle baignait dans son sang.
Les plaies des victimes atteintes par les balles explosives étaient impressionnantes, effroyables et provoquaient d’atroces douleurs.
Monique FERRANDIS, gravement blessée ce jour là, témoignera sur le pouvoir de destruction de ce type de munition.
« J’ai senti une brûlure atroce dans la fesse gauche, une brûlure qui s’est irradiée dans mon ventre et m’a fait énormément souffrir immédiatement. J’avais le bassin pris dans un étau… lourd, avec une brûlure. J’ai appris plus tard que c’était une balle explosive. J’ai d’ailleurs toujours des éclats dans le bassin. J’ai rampé à plat ventre pour me mettre à l’abri. Une seconde balle m’a fait exploser le pied droit. La balle est rentrée sous le pied et, en répercutant par terre, elle a fait exploser le pied qui n’était plus que de la charpie, une bouillie atroce. »
Durant quatre heures, les chirurgiens opérèrent Monique Ferrandis. Depuis ce jour funeste où sa sœur Annie-France fut également atteinte d’une balle dans le ventre et où sa troisième sœur, Renée, perdit la vie, tout n’a été que souffrance, soins et opérations…
A l’issue de l’intervention chirurgicale, la jeune fille (qui n’avait pas 20 ans) demanda qu’on lui remette les balles qui avaient été extraites. On lui répondit qu’elles avaient été aussitôt saisies par les enquêteurs. Il ne fallait qu’aucune trace de ce monstrueux forfait ne subsiste…
Sur les lieux du carnage, ceux qui n’avaient pas fuit l’apocalypse, contemplaient avec tristesse et colère le résultat de ce génocide et prirent alors conscience de l’horrible réalité. C’en était fini de leur invulnérabilité, protégés qu’ils étaient par les vertus de l’amour. Ah ! Tout était fini ! Oui, tout était bien fini ! Il n’y avait plus d’Algérie, il n’y avait plus de France, il n’y avait plus rien… que cette odeur fade de la mort qui vous prenait à la gorge.
De longs filaments de sang à demi coagulé teignaient ça et là la chaussée. Une femme hurlait, trépignait sur place. Une autre exsangue, trempait un drapeau tricolore dans une flaque de sang. Des soldats progressaient en colonne le long de la rue d’Isly. Alors elle leur cria : « Pourquoi, pourquoi ?… Pourquoi avez-vous fait ça ? » Puis elle éclata en sanglots.
Chez « Claverie », une boutique de lingerie féminine située face à l’immeuble de la Warner Bros, rue d’Isly, on dégagea deux cadavres qui avaient basculé dans la vitrine parmi les mannequins hachés par les rafales. Dans le magasin « Prénatal », d’autres victimes, poursuivies et abattues à bout portant, gisaient auprès des landaus et des poucettes renversés.
Dans un immeuble de bureaux où des dizaines de personnes hagardes, traumatisées s’étaient réfugiées, une jeune fille morte avait été amenée là par son père. Entouré de son autre fille, de son fils et d’un groupe de gamins, il tenait son enfant dans les bras, et parlait sans cesse, ne s’adressant qu’à sa fille morte : « Ma petite chérie ! Ma petite chérie ! Ils ne t’emmèneront pas à la morgue. Je te le jure. Je les tuerai tous plutôt. Je te défendrai. Ils ne te toucheront pas ! Je vais t’emmener à la maison, je te le promets, tu seras enterrée dans un grand drapeau. Comme un héros. Tu es morte pour la Patrie, tu as droit à un drapeau… Ils ne pourront pas m’en empêcher ». C’était insoutenable.
Cette jeune fille, Michèle Torres, âgée de 20 ans s’était rendue avec son père, sa sœur, son frère, ses cousins et une quinzaine d’autres jeunes à la manifestation dans le but de fléchir les autorités et d’obtenir la levée du siège de Bab-el-Oued. Agneau innocent, elle fut sacrifiée à la folie des hommes et à leur barbarie.
L’hôpital Mustapha où les chirurgiens opéraient sans relâche des centaines de blessés fut pris d’assaut par la population. On voulait savoir si des parents ou des amis se trouvaient parmi les victimes. A la salle des premiers soins, au milieu des flaques de sang, c’était un défilé incessant de blessés qu’on soutenait ou de brancardiers qui ramenaient vers la morgue des cadavres que l’on n’avait même pas le temps de recouvrir d’un drap.
On s’interpellait en pleurant, des femmes tombaient en syncope. Un jeune homme s’écroula dans la foule, on le souleva, son pantalon ensanglanté, il avait une balle dans la cuisse et il ne s’en était pas aperçu.
Le plasma commençait à manquer. C’est alors que la solidarité prit corps. Les algérois, retroussant leur manche, se pressèrent dans la grande salle des soins. Et, de bras à bras, le sang des rescapés coula dans celui des blessés.
Dans le grand couloir qui menait à la morgue, c’était la macabre procession. Les visages trahissaient le chagrin, les mains tremblaient et se tordaient. Le flot de ceux qui s’y rendaient inquiets, tendus, fébriles, et la cohorte lente et désespérée de ceux qui revenaient : des femmes, des hommes, des enfants, des vieux, pliés en deux par la douleur.
Les morts étaient là, disloqués, les yeux encore ouverts dans leur stupeur. Il y avait beaucoup de femmes jeunes, de celles qui, hier encore, faisaient la beauté et le charme de la ville blanche. Des visages étaient recouverts d’un linge : C’étaient ceux qui avaient eu la tête fracassée par un projectile. En quittant ce lieu sinistre, ceux qui avaient vu ce spectacle ignoble et bouleversant savaient que seule la mort désormais les libérerait de l’horrible vision…
La nuit tomba sur la ville comme un linceul de mort. Pour ses habitants, c’était l’heure des prières, des lamentations, des pleurs, du désespoir, de la douleur et de la haine… plus forte que jamais. Ils ne parvenaient pas à oublier le vacarme terrifiant de la fusillade, ni les cris déchirants, ni les appels de détresse, ni le hululement sinistre des sirènes et il leur semblait que la ville gémissait, meurtrie de tous les amours passés sur elle, tandis que des vols d’oiseaux nocturnes, noirs, aux longs becs et aux griffes acérées, palpitaient dans la lueur ouatée du ciel.
Par:José CASTANO
Les plaies des victimes atteintes par les balles explosives étaient impressionnantes, effroyables et provoquaient d’atroces douleurs.
Monique FERRANDIS, gravement blessée ce jour là, témoignera sur le pouvoir de destruction de ce type de munition.
« J’ai senti une brûlure atroce dans la fesse gauche, une brûlure qui s’est irradiée dans mon ventre et m’a fait énormément souffrir immédiatement. J’avais le bassin pris dans un étau… lourd, avec une brûlure. J’ai appris plus tard que c’était une balle explosive. J’ai d’ailleurs toujours des éclats dans le bassin. J’ai rampé à plat ventre pour me mettre à l’abri. Une seconde balle m’a fait exploser le pied droit. La balle est rentrée sous le pied et, en répercutant par terre, elle a fait exploser le pied qui n’était plus que de la charpie, une bouillie atroce. »
Durant quatre heures, les chirurgiens opérèrent Monique Ferrandis. Depuis ce jour funeste où sa sœur Annie-France fut également atteinte d’une balle dans le ventre et où sa troisième sœur, Renée, perdit la vie, tout n’a été que souffrance, soins et opérations…
A l’issue de l’intervention chirurgicale, la jeune fille (qui n’avait pas 20 ans) demanda qu’on lui remette les balles qui avaient été extraites. On lui répondit qu’elles avaient été aussitôt saisies par les enquêteurs. Il ne fallait qu’aucune trace de ce monstrueux forfait ne subsiste…
Sur les lieux du carnage, ceux qui n’avaient pas fuit l’apocalypse, contemplaient avec tristesse et colère le résultat de ce génocide et prirent alors conscience de l’horrible réalité. C’en était fini de leur invulnérabilité, protégés qu’ils étaient par les vertus de l’amour. Ah ! Tout était fini ! Oui, tout était bien fini ! Il n’y avait plus d’Algérie, il n’y avait plus de France, il n’y avait plus rien… que cette odeur fade de la mort qui vous prenait à la gorge.
De longs filaments de sang à demi coagulé teignaient ça et là la chaussée. Une femme hurlait, trépignait sur place. Une autre exsangue, trempait un drapeau tricolore dans une flaque de sang. Des soldats progressaient en colonne le long de la rue d’Isly. Alors elle leur cria : « Pourquoi, pourquoi ?… Pourquoi avez-vous fait ça ? » Puis elle éclata en sanglots.
Chez « Claverie », une boutique de lingerie féminine située face à l’immeuble de la Warner Bros, rue d’Isly, on dégagea deux cadavres qui avaient basculé dans la vitrine parmi les mannequins hachés par les rafales. Dans le magasin « Prénatal », d’autres victimes, poursuivies et abattues à bout portant, gisaient auprès des landaus et des poucettes renversés.
Dans un immeuble de bureaux où des dizaines de personnes hagardes, traumatisées s’étaient réfugiées, une jeune fille morte avait été amenée là par son père. Entouré de son autre fille, de son fils et d’un groupe de gamins, il tenait son enfant dans les bras, et parlait sans cesse, ne s’adressant qu’à sa fille morte : « Ma petite chérie ! Ma petite chérie ! Ils ne t’emmèneront pas à la morgue. Je te le jure. Je les tuerai tous plutôt. Je te défendrai. Ils ne te toucheront pas ! Je vais t’emmener à la maison, je te le promets, tu seras enterrée dans un grand drapeau. Comme un héros. Tu es morte pour la Patrie, tu as droit à un drapeau… Ils ne pourront pas m’en empêcher ». C’était insoutenable.
Cette jeune fille, Michèle Torres, âgée de 20 ans s’était rendue avec son père, sa sœur, son frère, ses cousins et une quinzaine d’autres jeunes à la manifestation dans le but de fléchir les autorités et d’obtenir la levée du siège de Bab-el-Oued. Agneau innocent, elle fut sacrifiée à la folie des hommes et à leur barbarie.
L’hôpital Mustapha où les chirurgiens opéraient sans relâche des centaines de blessés fut pris d’assaut par la population. On voulait savoir si des parents ou des amis se trouvaient parmi les victimes. A la salle des premiers soins, au milieu des flaques de sang, c’était un défilé incessant de blessés qu’on soutenait ou de brancardiers qui ramenaient vers la morgue des cadavres que l’on n’avait même pas le temps de recouvrir d’un drap.
On s’interpellait en pleurant, des femmes tombaient en syncope. Un jeune homme s’écroula dans la foule, on le souleva, son pantalon ensanglanté, il avait une balle dans la cuisse et il ne s’en était pas aperçu.
Le plasma commençait à manquer. C’est alors que la solidarité prit corps. Les algérois, retroussant leur manche, se pressèrent dans la grande salle des soins. Et, de bras à bras, le sang des rescapés coula dans celui des blessés.
Dans le grand couloir qui menait à la morgue, c’était la macabre procession. Les visages trahissaient le chagrin, les mains tremblaient et se tordaient. Le flot de ceux qui s’y rendaient inquiets, tendus, fébriles, et la cohorte lente et désespérée de ceux qui revenaient : des femmes, des hommes, des enfants, des vieux, pliés en deux par la douleur.
Les morts étaient là, disloqués, les yeux encore ouverts dans leur stupeur. Il y avait beaucoup de femmes jeunes, de celles qui, hier encore, faisaient la beauté et le charme de la ville blanche. Des visages étaient recouverts d’un linge : C’étaient ceux qui avaient eu la tête fracassée par un projectile. En quittant ce lieu sinistre, ceux qui avaient vu ce spectacle ignoble et bouleversant savaient que seule la mort désormais les libérerait de l’horrible vision…
La nuit tomba sur la ville comme un linceul de mort. Pour ses habitants, c’était l’heure des prières, des lamentations, des pleurs, du désespoir, de la douleur et de la haine… plus forte que jamais. Ils ne parvenaient pas à oublier le vacarme terrifiant de la fusillade, ni les cris déchirants, ni les appels de détresse, ni le hululement sinistre des sirènes et il leur semblait que la ville gémissait, meurtrie de tous les amours passés sur elle, tandis que des vols d’oiseaux nocturnes, noirs, aux longs becs et aux griffes acérées, palpitaient dans la lueur ouatée du ciel.
Par:José CASTANO
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Le 16 avril 1957 à Sfisef: Trente habitants sont enfermés et asphyxiés dans une cave
Un des sept survivants raconte
Le 15 avril 1957, pour avoir été suspectés par les forces coloniales d’héberger des maquisards, trente habitants du douar Touila, situé à cinq kilomètres à l’est de la ville de Sfisef (ex Mercier Lacombe), sont enfermés dans l’une des amphores de la cave de vinification de la ferme « Laforgue ». Le lendemain matin, vingt-trois d’entre eux sont retrouvés morts asphyxiés par l’émanation de gaz sulfureux (So²) à l’intérieur de la cuve à vin. L’un des sept rescapés encore en vie, Boulsis Hanifi, apporte son témoignage sur cette pratique d’extermination longtemps usitée par l’armée française pour tenter de contrer le cours inexorable de l’histoire vers la liberté et l’indépendance de notre pays… Une manière de rappeler avec le professeur M. Korso, président de la fondation du 8 mai 45, que « la construction du futur est indissociable du devoir de mémoire ». « C’était le quinzième jour du mois de ramadan de l’année 1957 (1376 hégirienne). La veille, c’est-à-dire le 15 avril 1957, un groupe de djounoud de l’ALN était de passage dans notre douar à Touila, où il a été pris en charge par la famille d’un chef de «faoudj».
Informés certainement de leur présence par un traître, vers trois heures et demie de l’après-midi la soldatesque coloniale débarque en grands renforts sur les lieux mais les maquisards avaient réussi entre-temps à sortir de l’encerclement qui se mettait en place grâce à l’un de leurs volontaires, mort en martyr, qui a couvert leur échappée en tirant sur l’un des officiers français dirigeant l’opération. Constatant leur échec, ces derniers donnèrent donc pour ordre à leurs troupes de mettre à feu et à sang la petite localité de Touila. Les militaires français et leurs supplétifs ont tout d’orge et pris en otage un grand nombre d’hommes et d’enfants parmi lesquels mes regrettés père et oncle ainsi que moi, âgé alors d’un peu plus de 17 ans. Tout le groupe a été transféré à Sfisef dans un lieu sinistre appelé « Chicha » pour y subir sous la torture toutes sortes d’interrogatoires. Vers dix heures du soir, nous avions été tous embarqués en direction de la « ferme Laforgue », de triste mémoire, située à la sortie Est de la ville de Sfisef, où l’on nous a enfermés tous à l’intérieur d’une amphore de la cave. Nos tortionnaires ont pris la peine de boucher hermétiquement son ouverture principale à l’aide de divers accessoires. On savait que notre heure était venue. Dans l’obscurité et la chaleur étouffante de cette cuve à vins, chacun de nous essayait de respirer les quelques poches d’air en suspension et de prier le Tout Puissant d’alléger nos souffrances. Le cerveau pesait lourd. J’entendais mon père lire la chahada et me demandais d’en faire autant. Nos prières s’élevaient au ciel malgré la volonté satanique de ceux qui voulaient nous faire taire de l’extérieur. « Dieu est unique ! » cria l’un de mes compagnons dont je n’arrivais pas à reconnaître la voix. Puis ce fut le silence qui prit graduellement le pas sur les gémissements de ceux qui partaient déjà. Sous l’effet des émanations de So² et de la suffocation due à l’enfermement on a fini par perdre connaissance tour à tour. Le lendemain, vers du dix heures du matin, on nous a extraits l’un après l’autre de l’intérieur de l’amphore. Sur les trente retirés, on a dénombré vingt-trois morts par asphyxie appartenant aux familles Boussetla, Kaddous, Senoun, Boulsis, Ziane, Sarno, Tchemoun … Sans que les tortionnaires se soucient outre mesure de leur état de loques, les sept rescapés de la « cave Laforgue », à savoir Ziane Mohamed, Djellili Bekaddour, Ramdoun Djillali, Bentekhissi, Sarno Benyahia, Masmoudi Bendida et moi-même (Boulsis Hanifi) ont été emmenés par les gendarmes vers le premier poste de torture visité à Sfisef visité en premier avant d’être internés par la suite, pendant près de deux mois environ, dans une ferme coloniale des environs.»
voix-oranie
Un des sept survivants raconte
Le 15 avril 1957, pour avoir été suspectés par les forces coloniales d’héberger des maquisards, trente habitants du douar Touila, situé à cinq kilomètres à l’est de la ville de Sfisef (ex Mercier Lacombe), sont enfermés dans l’une des amphores de la cave de vinification de la ferme « Laforgue ». Le lendemain matin, vingt-trois d’entre eux sont retrouvés morts asphyxiés par l’émanation de gaz sulfureux (So²) à l’intérieur de la cuve à vin. L’un des sept rescapés encore en vie, Boulsis Hanifi, apporte son témoignage sur cette pratique d’extermination longtemps usitée par l’armée française pour tenter de contrer le cours inexorable de l’histoire vers la liberté et l’indépendance de notre pays… Une manière de rappeler avec le professeur M. Korso, président de la fondation du 8 mai 45, que « la construction du futur est indissociable du devoir de mémoire ». « C’était le quinzième jour du mois de ramadan de l’année 1957 (1376 hégirienne). La veille, c’est-à-dire le 15 avril 1957, un groupe de djounoud de l’ALN était de passage dans notre douar à Touila, où il a été pris en charge par la famille d’un chef de «faoudj».
Informés certainement de leur présence par un traître, vers trois heures et demie de l’après-midi la soldatesque coloniale débarque en grands renforts sur les lieux mais les maquisards avaient réussi entre-temps à sortir de l’encerclement qui se mettait en place grâce à l’un de leurs volontaires, mort en martyr, qui a couvert leur échappée en tirant sur l’un des officiers français dirigeant l’opération. Constatant leur échec, ces derniers donnèrent donc pour ordre à leurs troupes de mettre à feu et à sang la petite localité de Touila. Les militaires français et leurs supplétifs ont tout d’orge et pris en otage un grand nombre d’hommes et d’enfants parmi lesquels mes regrettés père et oncle ainsi que moi, âgé alors d’un peu plus de 17 ans. Tout le groupe a été transféré à Sfisef dans un lieu sinistre appelé « Chicha » pour y subir sous la torture toutes sortes d’interrogatoires. Vers dix heures du soir, nous avions été tous embarqués en direction de la « ferme Laforgue », de triste mémoire, située à la sortie Est de la ville de Sfisef, où l’on nous a enfermés tous à l’intérieur d’une amphore de la cave. Nos tortionnaires ont pris la peine de boucher hermétiquement son ouverture principale à l’aide de divers accessoires. On savait que notre heure était venue. Dans l’obscurité et la chaleur étouffante de cette cuve à vins, chacun de nous essayait de respirer les quelques poches d’air en suspension et de prier le Tout Puissant d’alléger nos souffrances. Le cerveau pesait lourd. J’entendais mon père lire la chahada et me demandais d’en faire autant. Nos prières s’élevaient au ciel malgré la volonté satanique de ceux qui voulaient nous faire taire de l’extérieur. « Dieu est unique ! » cria l’un de mes compagnons dont je n’arrivais pas à reconnaître la voix. Puis ce fut le silence qui prit graduellement le pas sur les gémissements de ceux qui partaient déjà. Sous l’effet des émanations de So² et de la suffocation due à l’enfermement on a fini par perdre connaissance tour à tour. Le lendemain, vers du dix heures du matin, on nous a extraits l’un après l’autre de l’intérieur de l’amphore. Sur les trente retirés, on a dénombré vingt-trois morts par asphyxie appartenant aux familles Boussetla, Kaddous, Senoun, Boulsis, Ziane, Sarno, Tchemoun … Sans que les tortionnaires se soucient outre mesure de leur état de loques, les sept rescapés de la « cave Laforgue », à savoir Ziane Mohamed, Djellili Bekaddour, Ramdoun Djillali, Bentekhissi, Sarno Benyahia, Masmoudi Bendida et moi-même (Boulsis Hanifi) ont été emmenés par les gendarmes vers le premier poste de torture visité à Sfisef visité en premier avant d’être internés par la suite, pendant près de deux mois environ, dans une ferme coloniale des environs.»
voix-oranie
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Saïda
Genèse d’une insoumission
Une parole raciste d’un capitaine raciste qui exige, toute honte bue, aux jeunes futurs appelés d’aller se laver, avant de passer la visite médicale prévue au théâtre municipal de la ville. Une parole méprisante de plus et c’est toute la région de Saïda (la porte du Sud-Ouest algérien) qui bascule dans l’insoumission généralisée.
Nous sommes le 2 mai 1945. La proposition d’aller à la douche pour passer par le stéthoscope est perçue comme une humiliation par les 200 jeunes de 20 ans qui avaient été regroupés dans la caserne de la légion étrangère (la Redoute) avant d’emprunter à pied la rue principale qui sépare le lieu de regroupement du lieu de visite médicale sur 500 mètres environ. Hamadouche Athmani, le premier de la liste du conseil de révision, né le 22 janvier 1925, refuse haut et fort cet ordre dégradant : « Nous sommes plus propres que n’importe qui, car nous sommes musulmans et procédons aux ablutions 5 fois par jour. » Le capitaine gifle le jeune futur conscrit, le place à l’écart et c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Le refus de se doucher se propagea à l’ensemble des jeunes présents à la visite médicale. « L’Algérie algérienne » est scandé à l’unisson par des centaines de poitrines sur l’itinéraire du retour. Une voix s’élève pour chanter l’hymne patriotique « Min Djibalina talâa saout el ahrar » (de nos montagnes s’élève la voix des hommes libres). D’autres voix des conscrits de la France non reconnaissante entonnent la chanson révolutionnaire du Parti du peuple algérien, le PPA, un parti nationaliste. C’est la traînée de poudre qui gagne toute la ville. Dans la liesse, la population algérienne des grabas malfamés prend part aux manifestations de la réhabilitation tant attendue par une France oublieuse de ses engagements. Les « pouilleux » lèvent la voix, crient leur refus de ne plus se soumettre aux lois inéquitables qui font que l’Algérien ne redevient citoyen français que quant il y a la guerre contre un ennemi de la France. Les mots d’ordre désarçonnent la quiétude des nantis de la colonisation, une minorité repue de sueur indigène et de certitudes coloniales. Les gros pontes de la présence européenne sont aux abois. Le déclic aura des conséquences incalculables sur la suite du processus de décolonisation. Les militants de l’indépendance du pays regroupés principalement autour du parti nationaliste le PPA-MTLD exploitent la brèche pour exiger la libération de Messali El Hadj, chef charismatique emprisonné dans un anonyme cachot à El Menaâ, dans le Sud algérien. Le centre-ville est immédiatement encerclé par les services de police de cette commune mixte. On fait appel aux renforts, qui viennent notamment de Mascara, siège de la sous-préfecture dont dépend administrativement Saïda. La caserne des légionnaires est mise en alerte maximum. La douche de la honte déclenchera en fait un mouvement contestataire inattendu, c’est le saut qualitatif incontestable dans la réhabilitation de l’Algérie combattante dans ses droits naturels. Les ruraux algériens chassés de la campagne par la misère et le fléau des maladies endémiques, installés de fraîche date à la périphérie, prêtent main forte aux militants du PPA. « Nous étions considérés moins que des mulets appartenant aux colons, car ces animaux de trait avaient droit à l’orge, pas nous. Nous devions nous suffire de bouillie de son et de baroube », dira Mézouir Mohamed, un déraciné de la campagne, auteur- interprète de la célèbre chanson « Saïda beîida oua el machina ghalia » (Saïda est loin et son train trop cher). Du haut de ses 85 ans, il se rappelle très bien du mois qui a changé le visage de la résistance algérienne. Le vieil et humble homme-poète est aujourd’hui gardien du parc de la commune de Maâmora, le premier village socialiste inauguré par Houari Boumediene. Il perçoit 3 000 DA dans le cadre du fameux filet social. « Nous avons notre indépendance et c’est le plus important. En 1945, nous étions moins que des animaux domestiques, les colons nous traitaient de sauvages », dit-il avec beaucoup de retenue. Les meneurs, comme le mentionneront les rapports des services de sécurité français de l’époque, sont arrêtés manu militari, bien sûr. Inculpés d’« incitation de la population à la rébellion », Meshoub Mahieddine, Athmani Hamadouche, Kiour Habib, Medeghri Mohamed et Benacer Mohamed sont conduits à la prison civile. Ils y resteront du 2 au 16 mai, avant d’être transférés à la prison d’Oran à l’issue d’un passage humiliant par le fort de Santa Cruz (Oran). Ils sont adhérents scouts au club El Hilal et membres actifs du Parti du peuple algérien. La presse coloniale, dont « l’Echo de Saïda », classe l’affaire dans la rubrique « Faits divers ». Mais le climat social changera durablement. Les méfiances entre Européens et autochtones s’accentuent. A son tour, le prolétariat urbain constitué autour de la ligne du chemin de fer qui descend jusqu’à Kenadsa (Béchar) et de quelques unités de transformations artisanales fait siens les mots d’ordre du « front du refus » de l’ordre établi. La peuplade, dont les valeureux enfants sont morts pour libérer la France de Jeanne d’Arc et Clemenceau, s’éveille. Le peuple « élu » prend peur. La mystification de l’égalité des devoirs et des droits prend eau de toutes parts.
Genèse d’une insoumission
Une parole raciste d’un capitaine raciste qui exige, toute honte bue, aux jeunes futurs appelés d’aller se laver, avant de passer la visite médicale prévue au théâtre municipal de la ville. Une parole méprisante de plus et c’est toute la région de Saïda (la porte du Sud-Ouest algérien) qui bascule dans l’insoumission généralisée.
Nous sommes le 2 mai 1945. La proposition d’aller à la douche pour passer par le stéthoscope est perçue comme une humiliation par les 200 jeunes de 20 ans qui avaient été regroupés dans la caserne de la légion étrangère (la Redoute) avant d’emprunter à pied la rue principale qui sépare le lieu de regroupement du lieu de visite médicale sur 500 mètres environ. Hamadouche Athmani, le premier de la liste du conseil de révision, né le 22 janvier 1925, refuse haut et fort cet ordre dégradant : « Nous sommes plus propres que n’importe qui, car nous sommes musulmans et procédons aux ablutions 5 fois par jour. » Le capitaine gifle le jeune futur conscrit, le place à l’écart et c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Le refus de se doucher se propagea à l’ensemble des jeunes présents à la visite médicale. « L’Algérie algérienne » est scandé à l’unisson par des centaines de poitrines sur l’itinéraire du retour. Une voix s’élève pour chanter l’hymne patriotique « Min Djibalina talâa saout el ahrar » (de nos montagnes s’élève la voix des hommes libres). D’autres voix des conscrits de la France non reconnaissante entonnent la chanson révolutionnaire du Parti du peuple algérien, le PPA, un parti nationaliste. C’est la traînée de poudre qui gagne toute la ville. Dans la liesse, la population algérienne des grabas malfamés prend part aux manifestations de la réhabilitation tant attendue par une France oublieuse de ses engagements. Les « pouilleux » lèvent la voix, crient leur refus de ne plus se soumettre aux lois inéquitables qui font que l’Algérien ne redevient citoyen français que quant il y a la guerre contre un ennemi de la France. Les mots d’ordre désarçonnent la quiétude des nantis de la colonisation, une minorité repue de sueur indigène et de certitudes coloniales. Les gros pontes de la présence européenne sont aux abois. Le déclic aura des conséquences incalculables sur la suite du processus de décolonisation. Les militants de l’indépendance du pays regroupés principalement autour du parti nationaliste le PPA-MTLD exploitent la brèche pour exiger la libération de Messali El Hadj, chef charismatique emprisonné dans un anonyme cachot à El Menaâ, dans le Sud algérien. Le centre-ville est immédiatement encerclé par les services de police de cette commune mixte. On fait appel aux renforts, qui viennent notamment de Mascara, siège de la sous-préfecture dont dépend administrativement Saïda. La caserne des légionnaires est mise en alerte maximum. La douche de la honte déclenchera en fait un mouvement contestataire inattendu, c’est le saut qualitatif incontestable dans la réhabilitation de l’Algérie combattante dans ses droits naturels. Les ruraux algériens chassés de la campagne par la misère et le fléau des maladies endémiques, installés de fraîche date à la périphérie, prêtent main forte aux militants du PPA. « Nous étions considérés moins que des mulets appartenant aux colons, car ces animaux de trait avaient droit à l’orge, pas nous. Nous devions nous suffire de bouillie de son et de baroube », dira Mézouir Mohamed, un déraciné de la campagne, auteur- interprète de la célèbre chanson « Saïda beîida oua el machina ghalia » (Saïda est loin et son train trop cher). Du haut de ses 85 ans, il se rappelle très bien du mois qui a changé le visage de la résistance algérienne. Le vieil et humble homme-poète est aujourd’hui gardien du parc de la commune de Maâmora, le premier village socialiste inauguré par Houari Boumediene. Il perçoit 3 000 DA dans le cadre du fameux filet social. « Nous avons notre indépendance et c’est le plus important. En 1945, nous étions moins que des animaux domestiques, les colons nous traitaient de sauvages », dit-il avec beaucoup de retenue. Les meneurs, comme le mentionneront les rapports des services de sécurité français de l’époque, sont arrêtés manu militari, bien sûr. Inculpés d’« incitation de la population à la rébellion », Meshoub Mahieddine, Athmani Hamadouche, Kiour Habib, Medeghri Mohamed et Benacer Mohamed sont conduits à la prison civile. Ils y resteront du 2 au 16 mai, avant d’être transférés à la prison d’Oran à l’issue d’un passage humiliant par le fort de Santa Cruz (Oran). Ils sont adhérents scouts au club El Hilal et membres actifs du Parti du peuple algérien. La presse coloniale, dont « l’Echo de Saïda », classe l’affaire dans la rubrique « Faits divers ». Mais le climat social changera durablement. Les méfiances entre Européens et autochtones s’accentuent. A son tour, le prolétariat urbain constitué autour de la ligne du chemin de fer qui descend jusqu’à Kenadsa (Béchar) et de quelques unités de transformations artisanales fait siens les mots d’ordre du « front du refus » de l’ordre établi. La peuplade, dont les valeureux enfants sont morts pour libérer la France de Jeanne d’Arc et Clemenceau, s’éveille. Le peuple « élu » prend peur. La mystification de l’égalité des devoirs et des droits prend eau de toutes parts.
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Nous sommes dans la césure définitive
C’est un moment essentiel de l’histoire algérienne en marche. Les militants de la cause nationale qui travaillent (en petits nombres) dans l’administration coloniale s’impliquent à leur tour dans la déstabilisation du régime despotique des colons de la région. Ils aident leurs concitoyens militants à obtenir des sauf-conduits vierges et des cachets humides pour circuler sans contrainte dans une cité devenue en quelques jours lieu de torture à ciel ouvert. Le 8 Mai 45, célébré avec faste par les alliés, dont la France, sur l’Allemagne nazie, est synonyme de génocide à l’est du pays. Un regroupement à Maghnia (extrême-ouest du pays) des principaux responsables du PPA décide de la généralisation de l’insurrection née à Saïda afin, d’une part, de maintenir la flamme consécutive aux évènements du 2 mai et, d’autre part, d’atténuer la pression sur les populations des villes de Sétif, Guelma et Kherrata, sur lesquelles s’exerçait sans discontinuer une répression féroce. Il était nécessaire d’ouvrir de nouveaux fronts pour installer le doute chez l’état-major français. Des actes de sabotage sont programmés pour créer la faille. Les cellules du PPA de la ville des eaux optent pour les installations stratégiques de la colonisation. Elles installent dans une clandestinité quasi parfaite une organisation paramilitaire d’une grande efficacité dans le choix des cibles à toucher. Des objectifs stratégiques, comme le siège de la mairie où siègent les colons les plus ultra, dont le maire lui-même (son bureau est brûlé), la station d’essence « Standart Oil » qui achemine le carburant vers le sud-ouest, le dépôt de bois où s’approvisionnait l’armée, la voie ferrée et les ouvrages d’art, la coupure des lignes de téléphone, sont attaqués, selon les règles d’un plan admirablement respecté. Il était nécessaire d’entretenir le climat insurrectionnel. La ville natale de Maâta Mohamed El Habib est en ébullition. L’opération menée avec minutie eut un grand retentissement à l’échelle nationale, alors qu’un contre-ordre émanant de la direction centrale du PPA, pour surseoir de passer à l’acte projeté, suite aux exactions commises sur les populations des villes de l’Est, avait été envoyé aux cellules de Saïda. Dans l’esprit des rédacteurs du contre-ordre, il fallait éviter un autre bain de sang, épargner la vie des Algériens. Le document en question n’arrivera jamais à Saïda. Le délégué de Mascara, à qui revenait la mission de transmettre ledit contre-ordre, s’était trouvé dans l’impossibilité de le faire aboutir pour cause d’encerclement de la ville de Saïda.
C’est un moment essentiel de l’histoire algérienne en marche. Les militants de la cause nationale qui travaillent (en petits nombres) dans l’administration coloniale s’impliquent à leur tour dans la déstabilisation du régime despotique des colons de la région. Ils aident leurs concitoyens militants à obtenir des sauf-conduits vierges et des cachets humides pour circuler sans contrainte dans une cité devenue en quelques jours lieu de torture à ciel ouvert. Le 8 Mai 45, célébré avec faste par les alliés, dont la France, sur l’Allemagne nazie, est synonyme de génocide à l’est du pays. Un regroupement à Maghnia (extrême-ouest du pays) des principaux responsables du PPA décide de la généralisation de l’insurrection née à Saïda afin, d’une part, de maintenir la flamme consécutive aux évènements du 2 mai et, d’autre part, d’atténuer la pression sur les populations des villes de Sétif, Guelma et Kherrata, sur lesquelles s’exerçait sans discontinuer une répression féroce. Il était nécessaire d’ouvrir de nouveaux fronts pour installer le doute chez l’état-major français. Des actes de sabotage sont programmés pour créer la faille. Les cellules du PPA de la ville des eaux optent pour les installations stratégiques de la colonisation. Elles installent dans une clandestinité quasi parfaite une organisation paramilitaire d’une grande efficacité dans le choix des cibles à toucher. Des objectifs stratégiques, comme le siège de la mairie où siègent les colons les plus ultra, dont le maire lui-même (son bureau est brûlé), la station d’essence « Standart Oil » qui achemine le carburant vers le sud-ouest, le dépôt de bois où s’approvisionnait l’armée, la voie ferrée et les ouvrages d’art, la coupure des lignes de téléphone, sont attaqués, selon les règles d’un plan admirablement respecté. Il était nécessaire d’entretenir le climat insurrectionnel. La ville natale de Maâta Mohamed El Habib est en ébullition. L’opération menée avec minutie eut un grand retentissement à l’échelle nationale, alors qu’un contre-ordre émanant de la direction centrale du PPA, pour surseoir de passer à l’acte projeté, suite aux exactions commises sur les populations des villes de l’Est, avait été envoyé aux cellules de Saïda. Dans l’esprit des rédacteurs du contre-ordre, il fallait éviter un autre bain de sang, épargner la vie des Algériens. Le document en question n’arrivera jamais à Saïda. Le délégué de Mascara, à qui revenait la mission de transmettre ledit contre-ordre, s’était trouvé dans l’impossibilité de le faire aboutir pour cause d’encerclement de la ville de Saïda.
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Les hasards de l’histoire
La répression est immédiate suite aux attentats nationalistes perpétrés dans la nuit du 16 mai 1945. Les forces d’occupation procèdent à l’interpellation de la tête pensante de ce mouvement. Le soulèvement se généralise dans les villes de l’Ouest (Sidi Bel Abbès, Tlemcen, Aïn Témouchent, Maghnia, Mascara, Oran) ou pas moins de 800 Algériens sont arrêtés. Les Européens, eux, ne croiront pas leurs yeux au lendemain des évènements. Viscéralement méprisants à l’endroit de tout ce qui ressemble à l’Algérien, ils ne pouvaient admettre que l’indigène « guenillard, affreux, sale et soumis » des quartiers pauvres de Boudia et Amrous soit apte à l’enclenchement et à la maîtrise de ces opérations de déstabilisation exécutées avec un grand art de la précision dans une ville qui compte 15 000 habitants en 1945, dont plus des trois quarts vivent au ras de la subsistance. A Saïda-ville, 47 personnes, toutes affiliées au PPA, toutes kechefs depuis 1939, sont arrêtées entre le 16 et 21 mai à la suite d’une enquête où le hasard, cette fois-ci, met son grain de sel. Défavorable à la cause des hommes libres cette fois-ci. En effet, la liste où figurait le nom et la fonction des militants du parti nationaliste est trouvée fortuitement chez un taleb acquis à la cause, mais qui s’adonnait néanmoins au marché noir. C’est le commencement de la fin des illusions de l’Algérie française. Les voies principales d’accès sont bouclées par les légionnaires. Un détachement de la garde républicaine basé à Mascara à 60 km au nord est appelé en renfort. Aux interrogatoires musclés et aux incarcérations massives et sans discernement s’ajoutent « la mise sous scellés » de quartiers arabes tout entiers. Saïda est coupée du monde. Elle est sous état de siège, mais la mèche a pris. L’appel à la révolte a été entendu grâce à la témérité de jeunes militants pour lesquels seule la contre-violence pouvait changer l’ordre des choses. « Les indigènes à la niche » c’en est fini, se révoltent-ils collectivement. L’agglomération est désormais mise sur le pied de guerre. La révolte des proscrits s’étalera sur tout le mois de mai. Le 6 novembre, ils comparurent devant le tribunal militaire pour des chefs d’inculpation de haute trahison et atteinte à la sûreté de l’Etat. Ledit tribunal militaire, siégeant à Oran, prononcera, le 8 novembre 1945, 6 condamnations à mort, 8 condamnations à perpétuité, des travaux forcés et de lourdes peines de prison allant de 5 à 15 ans pour le reste des Algériens incarcérés à la casbah de Mdina Jdida d’Oran. Le verdict est sévère, extrêmement sévère. A l’annonce du verdict, Mimouni Lahcène (membre du comité régional de PPA et l’un des principaux instigateurs des évènements du 16 mai) aura ces mots : « Pourquoi devrions-nous nous en faire ? C’est la France qui nous condamne et non Dieu. » Dans son édition du 9 novembre 1945, « l’Echo d’Oran », farouche allié des intérêts coloniaux, titre en fanfare : « Hier, se sont terminées les affaires de trahison de Saïda. » Il ne dira mot sur la répression sanglante qui s’était abattue sur les sœurs jumelles de Saïda, les villes-martyres. Il faut souligner que lors de cette journée (le 8 novembre 1945), des officiers français célébraient avec faste et champagne, à Alger, le 3e débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. Comme quoi, la politique du pire était toujours de rigueur. Le pourvoi en cassation de Mimouni Lahcene, condamné à mort, sera rejeté par le général de Gaule. Malgré cela, l’artisan de la libération sera amnistié lui et ses compagnons de cellule le 16 mars 1946. La main lourde d’une justice aux ordres frappe pour l’exemple. Il fallait serrer la vis pour éviter la contagion, mais il était déjà trop tard. « L’administration pénitentiaire nous nourrissait de gravillons dans de l’eau bouillie. Notre incarcération était plus qu’atroce, elle était inhumaine, car avant toute chose humiliante au plus haut point », dira Athmani Hamadouche, un amnistié de 1946 qui se rappelle aujourd’hui dans le détail les douloureuses péripéties des évènements du mois de mai 1945. « Seul le directeur de prison éprouvait un peu de peine pour nous parce qu’il était communiste », nous apprend Athmani, aujourd’hui âgé de 80 ans. Les Algériens morts pour cette France qui demande aux futurs conscrits d’aller au bain avant de passer devant le médecin sont plus nombreux que tous les résistants français morts, eux, pour leur patrie. La France renie ses engagements. Elle ne tiendra pas parole. Athmani, toujours lui, le lui rappellera un certain 1er novembre 1954. Ce novembre qui avait en fait commencé lors des évènements de mai 1945.
Par Bouziane Benachour
La répression est immédiate suite aux attentats nationalistes perpétrés dans la nuit du 16 mai 1945. Les forces d’occupation procèdent à l’interpellation de la tête pensante de ce mouvement. Le soulèvement se généralise dans les villes de l’Ouest (Sidi Bel Abbès, Tlemcen, Aïn Témouchent, Maghnia, Mascara, Oran) ou pas moins de 800 Algériens sont arrêtés. Les Européens, eux, ne croiront pas leurs yeux au lendemain des évènements. Viscéralement méprisants à l’endroit de tout ce qui ressemble à l’Algérien, ils ne pouvaient admettre que l’indigène « guenillard, affreux, sale et soumis » des quartiers pauvres de Boudia et Amrous soit apte à l’enclenchement et à la maîtrise de ces opérations de déstabilisation exécutées avec un grand art de la précision dans une ville qui compte 15 000 habitants en 1945, dont plus des trois quarts vivent au ras de la subsistance. A Saïda-ville, 47 personnes, toutes affiliées au PPA, toutes kechefs depuis 1939, sont arrêtées entre le 16 et 21 mai à la suite d’une enquête où le hasard, cette fois-ci, met son grain de sel. Défavorable à la cause des hommes libres cette fois-ci. En effet, la liste où figurait le nom et la fonction des militants du parti nationaliste est trouvée fortuitement chez un taleb acquis à la cause, mais qui s’adonnait néanmoins au marché noir. C’est le commencement de la fin des illusions de l’Algérie française. Les voies principales d’accès sont bouclées par les légionnaires. Un détachement de la garde républicaine basé à Mascara à 60 km au nord est appelé en renfort. Aux interrogatoires musclés et aux incarcérations massives et sans discernement s’ajoutent « la mise sous scellés » de quartiers arabes tout entiers. Saïda est coupée du monde. Elle est sous état de siège, mais la mèche a pris. L’appel à la révolte a été entendu grâce à la témérité de jeunes militants pour lesquels seule la contre-violence pouvait changer l’ordre des choses. « Les indigènes à la niche » c’en est fini, se révoltent-ils collectivement. L’agglomération est désormais mise sur le pied de guerre. La révolte des proscrits s’étalera sur tout le mois de mai. Le 6 novembre, ils comparurent devant le tribunal militaire pour des chefs d’inculpation de haute trahison et atteinte à la sûreté de l’Etat. Ledit tribunal militaire, siégeant à Oran, prononcera, le 8 novembre 1945, 6 condamnations à mort, 8 condamnations à perpétuité, des travaux forcés et de lourdes peines de prison allant de 5 à 15 ans pour le reste des Algériens incarcérés à la casbah de Mdina Jdida d’Oran. Le verdict est sévère, extrêmement sévère. A l’annonce du verdict, Mimouni Lahcène (membre du comité régional de PPA et l’un des principaux instigateurs des évènements du 16 mai) aura ces mots : « Pourquoi devrions-nous nous en faire ? C’est la France qui nous condamne et non Dieu. » Dans son édition du 9 novembre 1945, « l’Echo d’Oran », farouche allié des intérêts coloniaux, titre en fanfare : « Hier, se sont terminées les affaires de trahison de Saïda. » Il ne dira mot sur la répression sanglante qui s’était abattue sur les sœurs jumelles de Saïda, les villes-martyres. Il faut souligner que lors de cette journée (le 8 novembre 1945), des officiers français célébraient avec faste et champagne, à Alger, le 3e débarquement des Américains, le 8 novembre 1942. Comme quoi, la politique du pire était toujours de rigueur. Le pourvoi en cassation de Mimouni Lahcene, condamné à mort, sera rejeté par le général de Gaule. Malgré cela, l’artisan de la libération sera amnistié lui et ses compagnons de cellule le 16 mars 1946. La main lourde d’une justice aux ordres frappe pour l’exemple. Il fallait serrer la vis pour éviter la contagion, mais il était déjà trop tard. « L’administration pénitentiaire nous nourrissait de gravillons dans de l’eau bouillie. Notre incarcération était plus qu’atroce, elle était inhumaine, car avant toute chose humiliante au plus haut point », dira Athmani Hamadouche, un amnistié de 1946 qui se rappelle aujourd’hui dans le détail les douloureuses péripéties des évènements du mois de mai 1945. « Seul le directeur de prison éprouvait un peu de peine pour nous parce qu’il était communiste », nous apprend Athmani, aujourd’hui âgé de 80 ans. Les Algériens morts pour cette France qui demande aux futurs conscrits d’aller au bain avant de passer devant le médecin sont plus nombreux que tous les résistants français morts, eux, pour leur patrie. La France renie ses engagements. Elle ne tiendra pas parole. Athmani, toujours lui, le lui rappellera un certain 1er novembre 1954. Ce novembre qui avait en fait commencé lors des évènements de mai 1945.
Par Bouziane Benachour
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
- 3

http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

-

Nombre de messages: 7597
Age: 26
Emploi/loisirs: Mat
Humeur: Peu importe.
Date d'inscription: 19/12/2008
Localisation: S.B.A
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
65 ans après, l'Algérie commémore le "bain de sang" de Sétif
Des milliers de personnes ont commémoré samedi les événements du 8 mai 1945 à Sétif (Est de l'Algérie) où "un véritable bain de sang", selon un ministre algérien, avait suivi une manifestation célébrant la victoire des Alliés contre le nazisme mais réprimée après l'apparition d'un drapeau algérien. En silence, les participants à cette marche ont parcouru les mêmes rues que celles empruntées 65 ans auparavant quand "la fête de la victoire des Alliés sur le nazisme fut transformée le 8 mai puis durant un mois, en bain de sang", a déclaré Mohamed-Chérif Abbas, ministre algérien des Moudjahidine (anciens combattants).
Le 8 mai n'est pas seulement une date "pour le souvenir, le recueillement et la tristesse, mais une référence (...) puisque le peuple avait compris qu'il fallait dorénavant se saisir du fusil", avait-il dit vendredi lors d'un séminaire consacré à cet anniversaire.
La répression par les forces françaises de la manifestation avait entraînée des émeutes populaires à Sétif, mais aussi à Guelma, plus à l'est, ou Kherrata, une ville de montagne, durement réprimées par l'armée et des milices françaises.
Selon l'Algérie, quelque 45.000 personnes ont été tuées, de 8.000 à 18.000 selon des sources occidentales.
"C'est un fait qui a marqué l'histoire des relations franco-algériennes (...) et je trouve qu'en 2010, il est temps qu'à la fois l'Algérie et la France prennent conscience de la nécessité de réconcilier leur mémoire", a pour sa part affirmé à l'AFP Azouz Begag, ancien ministre français délégué à la promotion de l'égalité des chances.
"Il faut admettre notamment que l'armée française a commis des atrocités, des meurtres par milliers", a ajouté M. Begag qui participait au 2e salon du Livre de Sétif, ville dont sa famille est originaire. "Il est temps aujourd'hui de le reconnaître, non pas forcément pour s'excuser, mais au moins pour faire entrer dans la conscience qu'il y a eu ici des massacres perpétrés par l'armée française contre des dizaines de milliers de paysans qui avaient juste le souci de la dignité", a-t-il ajouté. Le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb, objet d'une polémique en France, est à cet égard "le bienvenu", a-t-il estimé.
TSA
Des milliers de personnes ont commémoré samedi les événements du 8 mai 1945 à Sétif (Est de l'Algérie) où "un véritable bain de sang", selon un ministre algérien, avait suivi une manifestation célébrant la victoire des Alliés contre le nazisme mais réprimée après l'apparition d'un drapeau algérien. En silence, les participants à cette marche ont parcouru les mêmes rues que celles empruntées 65 ans auparavant quand "la fête de la victoire des Alliés sur le nazisme fut transformée le 8 mai puis durant un mois, en bain de sang", a déclaré Mohamed-Chérif Abbas, ministre algérien des Moudjahidine (anciens combattants).
Le 8 mai n'est pas seulement une date "pour le souvenir, le recueillement et la tristesse, mais une référence (...) puisque le peuple avait compris qu'il fallait dorénavant se saisir du fusil", avait-il dit vendredi lors d'un séminaire consacré à cet anniversaire.
La répression par les forces françaises de la manifestation avait entraînée des émeutes populaires à Sétif, mais aussi à Guelma, plus à l'est, ou Kherrata, une ville de montagne, durement réprimées par l'armée et des milices françaises.
Selon l'Algérie, quelque 45.000 personnes ont été tuées, de 8.000 à 18.000 selon des sources occidentales.
"C'est un fait qui a marqué l'histoire des relations franco-algériennes (...) et je trouve qu'en 2010, il est temps qu'à la fois l'Algérie et la France prennent conscience de la nécessité de réconcilier leur mémoire", a pour sa part affirmé à l'AFP Azouz Begag, ancien ministre français délégué à la promotion de l'égalité des chances.
"Il faut admettre notamment que l'armée française a commis des atrocités, des meurtres par milliers", a ajouté M. Begag qui participait au 2e salon du Livre de Sétif, ville dont sa famille est originaire. "Il est temps aujourd'hui de le reconnaître, non pas forcément pour s'excuser, mais au moins pour faire entrer dans la conscience qu'il y a eu ici des massacres perpétrés par l'armée française contre des dizaines de milliers de paysans qui avaient juste le souci de la dignité", a-t-il ajouté. Le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb, objet d'une polémique en France, est à cet égard "le bienvenu", a-t-il estimé.
TSA
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Homicide d'Etat en Algérie
La torture ne doit pas cacher les autres crimes de guerre: les camps de regroupement, les ratonnades ou les opérations spéciales, l'assassinat de personnalités par les services secrets.
Il n'y a pas de guerre propre, de guerre sans bavures ni dérapages dans l'horreur, sans haine ni vengeance, sans cyniques ni psychopathes. Infliger le supplice, qu'il s'agisse d'un acte individuel ou commis dans la griserie de la lâcheté collective, reste inexcusable. Mais la question posée, et à assumer, est celle de la responsabilité des ordres donnés ou couverts, d'où l'importance du débat sur la torture.
L'horreur de la torture ne doit pas cacher, bafouant les lois et les valeurs de la République, les autres crimes de guerre commis pendant la guerre d'Algérie. On ne peut se satisfaire d'une mémoire sélective ignorant qu'il y eut des camps de regroupement, des ratonnades, comme celle du 17 octobre 1961, ou des opérations «homo» (pour homicides), l'assassinat de personnalités par les services secrets.
Or, précisément, sur les opérations spéciales, le silence persiste, alors que celles-ci soulèvent une grave question, celle du terrorisme d'Etat. De telles opérations, il y en eut à l'encontre de responsables du FLN: Aït Ahcène à Bonn et Nouasri à Francfort, Aissiou à Bruxelles et Boularhouf à Rome (attentat tuant un enfant dont le ballon avait roulé sous la voiture piégée), il y en eut à Paris contre l'avocat Ould Aoudia. Mais, au-delà du militant algérien, les opérations«homo» ont également eu pour cible des anticolonialistes.
Le 25 mars 1960, Georges Laperche, un professeur de Liège, favorable à l'indépendance de l'Algérie, est déchiqueté en ouvrant un colis contenant un livre piégé. Deux autres anticolonialistes belgeséchappent à la mort: pour l'un, le dispositif ne fonctionna pas
immédiatement et put être désamorcé, l'autre destinataire fut mis sur ses gardes par l'attentat contre Georges Laperche. Le livre utiliséétait la Pacification, paru à la Cité Editeur à Lausanne.
Le 26 mars 1960, un inspecteur de la police de sûreté du canton de Vaud, en Suisse, qui m'avait déjà, à plusieurs reprises, interrogé sur mes activités d'éditeur (réédition de la Question, de la Gangrène, des Disparus, etc.) se présente à mon domicile et me questionne sur la Pacification, dont je suis l'éditeur. Cet ouvrage se veut une somme des faits rapportés dans des livres, des journaux ou des rapports officiels depuis 1954; il se conclut par ces mots de Kateb Yacine, auteur «anonyme» de la postface: «Il n'y a pas de peuples ennemis.»
Si l'interrogatoire a un aspect de routine, les questions sont inhabituelles; il ne s'agit pas de savoir qui est l'auteur, en l'occurrence Hafid Keramane, alors «ambassadeur» du GPRA en Allemagne, quelles sont les sources, ni d'une mise en garde contre une activité portant atteinte à la neutralité de la Suisse, mais de savoir où le livre a été imprimé et les libraires chez lesquels il peut être acheté, ce qui m'avait fait penser à une éventuelle mesure de saisie. Quand l'inspecteur me quitte, je ne connais toujours pas le motif exact de sa visite et je lui en demande donc la raison. Il me répond:«Vous en saurez plus demain en lisant la presse.»
Dès que j'eus connaissance de la mort de Georges Laperche, je demandaià la police quelles informations pouvaient aider l'enquête. Le livre venant de paraître, il était possible de circonscrire les libraires en Suisse, en France ou en Belgique, auprès desquelles les auteurs de l'attentat avaient pu se le procurer. Mais, de fait, hors les destinataires en Belgique (librairies et services de presse) communiqués à la police judiciaire belge, ces informations ne soulevaient aucun intérêt. La raison en était simple, l'assassinatétait attribué à la «Main rouge», une émanation des services secrets français. Les chances pour les enquêteurs de retrouver les auteurs du crime se révélaient donc nulles. Les conditions de cette opération«homo» sont aujourd'hui connues, et l'implication du service action du Sdece (1) confirmée par différentes sources, en particulier si l'on analyse le jeu de poupées russes dont use Constantin Melnik, alors conseiller technique auprès de Michel Debré pour les questions de sécurité et de renseignements, dans Un espion dans le siècle (2) et La mort était leur mission (3).
La Pacification, livre plus épais que les témoignages jusqu'ici publiés, se prêtait malheureusement plus que la boîte de chocolat utilisée précédemment, blessant gravement son destinataire mais sans le tuer, à servir de colis piégé. Des exemplaires furent donc achetés dans une librairie de Genève et évidés de leur contenu pour y placer la charge de plastic. Un système de sécurité suffisamment sophistiquéétait installé pour éviter que les colis explosent lors de leur acheminement postal, de fausses étiquettes d'expéditeur imprimées (Melnik parle d'une maison d'édition suisse spécialisée dans le tiers-monde (?), d'autres les libellaient au nom des Presses universitaires de France). La bande d'origine du livre: «Nuit et brouillard sur l'Algérie» fut remplacée par une bande portant l'inscription: «Qui ne sait rien, ne peut rien montrer», reprenant la devise des éditions la Cité figurant au dos de la couverture, et, cynique «hommage» aux destinataires, on pouvait aussi lire sur la bande: «Tirage limité, édition numérotée», astuce mensongère, car aucune édition numérotée de cet ouvrage n'a jamais existé.
C'est ainsi que Georges Laperche, citoyen belge, opposant à la guerre d'Algérie, «l'un de ces intellectuels inoffensifs», selon Constantin Melnik lui-même, fut assassiné par les services secrets français. C'est l'honneur d'un pays d'assumer son passé et l'affirmation de Constantin Melnik: «L'opinion publique doit savoir que la "communauté du renseignement" n'est que la servante obéissante du pouvoir politique» (2), nous oblige, au moment où se fait plus pressante la nécessité d'un travail de vérité concernant la guerre d'Algérie, de faire aussi la clarté sur les opérations «homo» qui touchent au plus près à la raison d'Etat et à la responsabilité directe du pouvoir à son plus haut niveau.
Source:
(1) Service de contre-espionnage, devenu la DGSE en 1982.
(2) Un espion dans le siècle, Plon, 1994.
(3) La mort était leur mission, Plon, 1996.
Par :NILS ANDERSSON
Nils Andersson, ancien éditeur. Dernier ouvrage: «la Censure en échec» (au sujet des événements du 17 octobre 1961), paru aux éditions la Dispute.
La torture ne doit pas cacher les autres crimes de guerre: les camps de regroupement, les ratonnades ou les opérations spéciales, l'assassinat de personnalités par les services secrets.
Il n'y a pas de guerre propre, de guerre sans bavures ni dérapages dans l'horreur, sans haine ni vengeance, sans cyniques ni psychopathes. Infliger le supplice, qu'il s'agisse d'un acte individuel ou commis dans la griserie de la lâcheté collective, reste inexcusable. Mais la question posée, et à assumer, est celle de la responsabilité des ordres donnés ou couverts, d'où l'importance du débat sur la torture.
L'horreur de la torture ne doit pas cacher, bafouant les lois et les valeurs de la République, les autres crimes de guerre commis pendant la guerre d'Algérie. On ne peut se satisfaire d'une mémoire sélective ignorant qu'il y eut des camps de regroupement, des ratonnades, comme celle du 17 octobre 1961, ou des opérations «homo» (pour homicides), l'assassinat de personnalités par les services secrets.
Or, précisément, sur les opérations spéciales, le silence persiste, alors que celles-ci soulèvent une grave question, celle du terrorisme d'Etat. De telles opérations, il y en eut à l'encontre de responsables du FLN: Aït Ahcène à Bonn et Nouasri à Francfort, Aissiou à Bruxelles et Boularhouf à Rome (attentat tuant un enfant dont le ballon avait roulé sous la voiture piégée), il y en eut à Paris contre l'avocat Ould Aoudia. Mais, au-delà du militant algérien, les opérations«homo» ont également eu pour cible des anticolonialistes.
Le 25 mars 1960, Georges Laperche, un professeur de Liège, favorable à l'indépendance de l'Algérie, est déchiqueté en ouvrant un colis contenant un livre piégé. Deux autres anticolonialistes belgeséchappent à la mort: pour l'un, le dispositif ne fonctionna pas
immédiatement et put être désamorcé, l'autre destinataire fut mis sur ses gardes par l'attentat contre Georges Laperche. Le livre utiliséétait la Pacification, paru à la Cité Editeur à Lausanne.
Le 26 mars 1960, un inspecteur de la police de sûreté du canton de Vaud, en Suisse, qui m'avait déjà, à plusieurs reprises, interrogé sur mes activités d'éditeur (réédition de la Question, de la Gangrène, des Disparus, etc.) se présente à mon domicile et me questionne sur la Pacification, dont je suis l'éditeur. Cet ouvrage se veut une somme des faits rapportés dans des livres, des journaux ou des rapports officiels depuis 1954; il se conclut par ces mots de Kateb Yacine, auteur «anonyme» de la postface: «Il n'y a pas de peuples ennemis.»
Si l'interrogatoire a un aspect de routine, les questions sont inhabituelles; il ne s'agit pas de savoir qui est l'auteur, en l'occurrence Hafid Keramane, alors «ambassadeur» du GPRA en Allemagne, quelles sont les sources, ni d'une mise en garde contre une activité portant atteinte à la neutralité de la Suisse, mais de savoir où le livre a été imprimé et les libraires chez lesquels il peut être acheté, ce qui m'avait fait penser à une éventuelle mesure de saisie. Quand l'inspecteur me quitte, je ne connais toujours pas le motif exact de sa visite et je lui en demande donc la raison. Il me répond:«Vous en saurez plus demain en lisant la presse.»
Dès que j'eus connaissance de la mort de Georges Laperche, je demandaià la police quelles informations pouvaient aider l'enquête. Le livre venant de paraître, il était possible de circonscrire les libraires en Suisse, en France ou en Belgique, auprès desquelles les auteurs de l'attentat avaient pu se le procurer. Mais, de fait, hors les destinataires en Belgique (librairies et services de presse) communiqués à la police judiciaire belge, ces informations ne soulevaient aucun intérêt. La raison en était simple, l'assassinatétait attribué à la «Main rouge», une émanation des services secrets français. Les chances pour les enquêteurs de retrouver les auteurs du crime se révélaient donc nulles. Les conditions de cette opération«homo» sont aujourd'hui connues, et l'implication du service action du Sdece (1) confirmée par différentes sources, en particulier si l'on analyse le jeu de poupées russes dont use Constantin Melnik, alors conseiller technique auprès de Michel Debré pour les questions de sécurité et de renseignements, dans Un espion dans le siècle (2) et La mort était leur mission (3).
La Pacification, livre plus épais que les témoignages jusqu'ici publiés, se prêtait malheureusement plus que la boîte de chocolat utilisée précédemment, blessant gravement son destinataire mais sans le tuer, à servir de colis piégé. Des exemplaires furent donc achetés dans une librairie de Genève et évidés de leur contenu pour y placer la charge de plastic. Un système de sécurité suffisamment sophistiquéétait installé pour éviter que les colis explosent lors de leur acheminement postal, de fausses étiquettes d'expéditeur imprimées (Melnik parle d'une maison d'édition suisse spécialisée dans le tiers-monde (?), d'autres les libellaient au nom des Presses universitaires de France). La bande d'origine du livre: «Nuit et brouillard sur l'Algérie» fut remplacée par une bande portant l'inscription: «Qui ne sait rien, ne peut rien montrer», reprenant la devise des éditions la Cité figurant au dos de la couverture, et, cynique «hommage» aux destinataires, on pouvait aussi lire sur la bande: «Tirage limité, édition numérotée», astuce mensongère, car aucune édition numérotée de cet ouvrage n'a jamais existé.
C'est ainsi que Georges Laperche, citoyen belge, opposant à la guerre d'Algérie, «l'un de ces intellectuels inoffensifs», selon Constantin Melnik lui-même, fut assassiné par les services secrets français. C'est l'honneur d'un pays d'assumer son passé et l'affirmation de Constantin Melnik: «L'opinion publique doit savoir que la "communauté du renseignement" n'est que la servante obéissante du pouvoir politique» (2), nous oblige, au moment où se fait plus pressante la nécessité d'un travail de vérité concernant la guerre d'Algérie, de faire aussi la clarté sur les opérations «homo» qui touchent au plus près à la raison d'Etat et à la responsabilité directe du pouvoir à son plus haut niveau.
Source:
(1) Service de contre-espionnage, devenu la DGSE en 1982.
(2) Un espion dans le siècle, Plon, 1994.
(3) La mort était leur mission, Plon, 1996.
Par :NILS ANDERSSON
Nils Andersson, ancien éditeur. Dernier ouvrage: «la Censure en échec» (au sujet des événements du 17 octobre 1961), paru aux éditions la Dispute.
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
Une conférence de partis sur les crimes de la colonisation en Algérie

Une conférence des partis de l'Alliance présidentielle (FLN, RND, MSP) sur « les crimes de la colonisation en Algérie » a commencé jeudi à Alger, en présence de quelque 500 délégués représentant différentes organisations nationales ainsi que des personnalités politiques.
Dans une allocution à l'ouverture des travaux, le secrétaire général du parti du Front de libération nationale (FLN), M. Abdelaziz Belkhadem, a appelé tous les Algériens et les intellectuels dans les pays anciennement colonisés à « dénoncer les crimes perpétrés par le colonialisme ». La communauté internationale et l'ONU devraient aussi s'impliquer pour rétablir les faits et condamner cette réalité, qui aura « privé les peuples de leur dignité et de leurs richesses et aliéné leur personnalité », a-t-il ajouté. M. Belkhadem a évoqué, à l'occasion, les conséquences du colonialisme français en Algérie, « encore visibles » près de 50 ans après l'indépendance du pays, notamment les restes des champs de mines dans les frontières Est et Ouest, toujours devastateurs pour des citoyens algériens, ainsi que les séquelles des essais nucléaires français dans le Sud de l'Algérie pendant l'occupation.
Plusieurs conférences sont au programme de cette rencontre d'une journée, organisée à l'occasion de la fête nationale de la victoire, célébrée chaque 19 mars pour marquer la date anniversaire du cessez-le-feu entre l'Armée de libération nationale et les forces armées de la colonisation française en 1962. Les thèmes principaux devant être traités par les participants se rapportent à la torture durant la guerre de libération nationale, à l'usage des armes chimiques comme « crime contre l'humanité » et à d'autres aspects des crimes coloniaux en Algérie. Cette conférence doit être sanctionnée par un communiqué et des recommandations autour de la criminalisation de la colonisation.
http://echoroukonline.com

Une conférence des partis de l'Alliance présidentielle (FLN, RND, MSP) sur « les crimes de la colonisation en Algérie » a commencé jeudi à Alger, en présence de quelque 500 délégués représentant différentes organisations nationales ainsi que des personnalités politiques.
Dans une allocution à l'ouverture des travaux, le secrétaire général du parti du Front de libération nationale (FLN), M. Abdelaziz Belkhadem, a appelé tous les Algériens et les intellectuels dans les pays anciennement colonisés à « dénoncer les crimes perpétrés par le colonialisme ». La communauté internationale et l'ONU devraient aussi s'impliquer pour rétablir les faits et condamner cette réalité, qui aura « privé les peuples de leur dignité et de leurs richesses et aliéné leur personnalité », a-t-il ajouté. M. Belkhadem a évoqué, à l'occasion, les conséquences du colonialisme français en Algérie, « encore visibles » près de 50 ans après l'indépendance du pays, notamment les restes des champs de mines dans les frontières Est et Ouest, toujours devastateurs pour des citoyens algériens, ainsi que les séquelles des essais nucléaires français dans le Sud de l'Algérie pendant l'occupation.
Plusieurs conférences sont au programme de cette rencontre d'une journée, organisée à l'occasion de la fête nationale de la victoire, célébrée chaque 19 mars pour marquer la date anniversaire du cessez-le-feu entre l'Armée de libération nationale et les forces armées de la colonisation française en 1962. Les thèmes principaux devant être traités par les participants se rapportent à la torture durant la guerre de libération nationale, à l'usage des armes chimiques comme « crime contre l'humanité » et à d'autres aspects des crimes coloniaux en Algérie. Cette conférence doit être sanctionnée par un communiqué et des recommandations autour de la criminalisation de la colonisation.
http://echoroukonline.com
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Re: Crimes de la colonisation en Algérie
lorsque la politique a atteint un certain stade de dèveloppement ou elle n'est plus
capable de se de se dèvelopper par erlle- même, il èclate une guerre pour lever les
obstacles apparues sur le chemin de la politique....mao tsè-toung ( 1893-1976)
le courage nourrit les guerres,mais c'est la peur qui les fait naitre.....allah yarham èchouhadas et quand je vois nos algèriennes entre les mains des français au sheraton et a hilton et je vois d'autres choses ...etc je doute de ce pays sincèremment le sang des brâves qui à couler pour ce pays ils l'ont utuliser comme fond politique ou va l'algèrie ?
capable de se de se dèvelopper par erlle- même, il èclate une guerre pour lever les
obstacles apparues sur le chemin de la politique....mao tsè-toung ( 1893-1976)
le courage nourrit les guerres,mais c'est la peur qui les fait naitre.....allah yarham èchouhadas et quand je vois nos algèriennes entre les mains des français au sheraton et a hilton et je vois d'autres choses ...etc je doute de ce pays sincèremment le sang des brâves qui à couler pour ce pays ils l'ont utuliser comme fond politique ou va l'algèrie ?
rakane- Invité

-

Nombre de messages: 210
Age: 42
Date d'inscription: 29/07/2010
Localisation: algerie
Sujets similaires» La France doit-elle reconnaitre les crimes du colonialisme.
» Crimes de la colonisation en Algérie
» Crimes de la France coloniale au Maroc
» Les crimes de l'islam des origines à l'époque actuelle
» Crimes horribles ce soir à la cité Dallas de Sétif
» Crimes de la colonisation en Algérie
» Crimes de la France coloniale au Maroc
» Les crimes de l'islam des origines à l'époque actuelle
» Crimes horribles ce soir à la cité Dallas de Sétif
L'Etoile Nord-Africaine :: Histoire et actualité nationale :: Histoire de l'Algérie :: Evènements Durant la Période Coloniale
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
