
Mustafa Kemal Atatürk, Mustafa Rıza selon l'état civil, né à Salonique le 19 mai 1881 et mort à Istanbul le 10 novembre 1938 à 9h05, est le fondateur et le premier président de la République turque.
Après la Première Guerre mondiale et l'occupation alliée de l'Empire ottoman, ce militaire de carrière refuse de voir l'Empire ottoman être démembré par le traité de Sèvres. Accompagné de partisans, il se révolte contre le gouvernement impérial et crée un deuxième pouvoir politique à Ankara. C’est de cette ville qu’il mène la guerre contre les occupants à la tête de la résistance turque.
Sous son commandement, les forces turques ont vaincu les armées arméniennes, françaises et italiennes. Puis il défait les armées grecques qui occupent la ville et la région d’Izmir, la Thrace orientale et des îles de la mer Égée (Imbros, aujourd'hui Gökçeada, Ténédos, aujourd'hui Bozcaada et Moschonisi, aujourd'hui Alibey). Après la bataille du Sangarios (aujourd'hui Sakarya), la Grande assemblée nationale de Turquie lui donne le titre de Gazi (le victorieux) ; il parvient à repousser définitivement les armées grecques hors de Turquie. Suite à ces victoires, les forces britanniques choisissent de signer un premier armistice avec lui et s’engagent aussi à quitter le pays.
Mustafa Kemal affirme également une volonté farouche de rupture avec le passé impérial ottoman et de réformes radicales pour son pays.
Inspiré par la Révolution française, il profite de ce qu'il considère comme une trahison du sultan lors de l’armistice de Moudros, pour mettre un terme au règne du sultan le 1er novembre 1922. Il instaure ainsi la laïcité : séparation entre le pouvoir politique (sultanat) et spirituel (califat).
Après la proclamation de la République, il déplace la capitale d’Istanbul à Ankara et il occidentalise le pays à travers plusieurs réformes. Notamment, il inscrit la laïcité dans la Constitution, donne le droit de vote aux femmes et remplace l’alphabet arabe par l’alphabet latin. Sous sa présidence autoritaire, la Turquie a mené une révolution sociale sans précédent, qu’on appelle généralement « révolution kémaliste ». Le 24 novembre 1934, l’Assemblée lui donne le nom d’Atatürk, ce qui ne veut pas dire « père des Turcs », mais le « Turc-Père », au sens de « turc comme l'étaient les anciens », le mot Ata voulant dire ancêtre.
Il meurt d’une cirrhose du foie le 10 novembre 1938 à 9h05. Au cours des funérailles nationales il est enterré au musée ethnographique d’Ankara. Sa dépouille repose aujourd’hui dans le mausolée dit de l’Anıtkabir.
Jeunesse et activités politiques
Mustafa Kemal Atatürk est né entre décembre 1880 et mai 1881, avenue Islâhhâne dans le quartier de Kocakasım, à Salonique (actuelle Thessalonique). Sa maison natale est actuellement le siège du consulat turc et abrite également un musée. La date exacte de sa naissance est inconnue. L'historiographie officielle le fait cependant naitre le 19 mai, en référence à la date du déclenchement de la guerre d'indépendance turque, le 19 mai 1919. Il écrit dans son mémorielle "Je ne connais pas la date de ma naissance, car les anniversaires n'étaient pas considérés à cette époque".
Son père se nomme Ali Rıza Efendi et sa mère Zübeyde Hanım. Son grand-père paternel Hafız Ahmet Efendi descend des tribus nomades Kocacık (Turkmènes Yürüks), originaires de Konya et d’Aydın, qui se sont établies en Macédoine aux XIVe siècle et XVe siècle. Sa mère appartient à une vieille famille établie au bourg de Langaza dans les environs de la même ville. Des cinq frères et sœurs d’Atatürk, quatre meurent en bas âge et seule Makbulé vécut jusqu’en 1956 : Fatma (1872-1875), Ahmet (1874-1883) et Ömer (1873-1883) sont morts prématurément de la diphtérie et Naciye (1889-1901) succomba à la tuberculose.
Mustafa Kemal commence son éducation à l’école coranique du quartier de Hafız Mehmet Efendi ; puis, suivant la volonté de son père, il entre à l’école laïque privée Şemsi Efendi en 1886. Il garde un très mauvais souvenir des cours coraniques dans lesquels le maître religieux leur apprenait par cœur des versets en arabe, langue dans laquelle aucun des élèves ne comprenait un mot. C’est à cette époque que son père meurt, en 1888. Sa mère s’installe alors à une trentaine de kilomètres de Thessalonique dans une ferme où travaille son frère. Mustafa Kemal doit cesser sa scolarisation pour devenir berger. Devant son refus de recevoir l’enseignement d’un pope grec, puis d’un imam, sa mère décide alors de le rescolariser à Thessalonique où il est hébergé chez sa tante.
En 1893, alors qu’il a douze ans, il se présente au concours d’entrée au collège militaire sans en parler à quiconque. Sa mère craint les vicissitudes et les conditions difficiles de la vie militaire dans l’Empire ottoman. Diplômé du collège militaire de Salonique en 1896, il est admis à l'École des cadets (à Monastir). C’est dans cette école que son professeur de mathématiques Mustafa Bey décide d'ajouter « Kemal » (parfait, complet) à son nom pour ses talents en mathématiques, parce que « deux Mustafa dans la même classe, c'est trop ».
Dans les années 1896 à 1899 il termine deuxième de sa promotion au lycée militaire de Monastir, aujourd'hui Bitolj en République de Macédoine. Ces trois années passées à Monastir, ont fortement marqué sa personnalité. Grâce à un condisciple, Ömer Naci, il a découvert la littérature, et commence à composer des poèmes pendant une assez longue période. D'autre part, les textes des grands penseurs français du siècle des lumières, surtout ceux de Voltaire, Rousseau, Auguste Comte, Camille Desmoulins et Montesquieu, lui ont révélé les principes qui constituent l'essence même des sociétés européennes mais il est également un fin admirateur de la France révolutionnaire et de Napoléon.
Durant son séjour à Monastir, il revenait régulièrement à Salonique pour les vacances scolaires, y passait de longues soirées dans les cafés grecs avec ses camarades d'enfance, et y découvrit grâce à de ravissantes entraineuses, toutes non musulmanes, les plaisirs charnels et les femmes ; il fréquentait également des cours où il apprenait à danser la valse et la polka et passait surtout beaucoup de temps chez des frères enseignants auprès desquels il perfectionnait son français. Le remariage de sa mère, pour des raisons financières, avec Ragip, un père de famille veuf, l'indisposant, il ne rentrait chez lui que pour dormir.
À cette époque, les seules études supérieures possibles étaient les études de théologie et les études militaires. Il entre à l’école de guerre d'Istanbul le 13 mars 1899. Mustafa Kemal ne figure pas parmi les bons élèves de l'École militaire : depuis son arrivée à Istanbul, sa vie, jadis studieuse, avait sérieusement été perturbée : il se rend compte que la capitale se compose en fait de deux villes juxtaposées, totalement différentes l'une de l'autre : au sud de la Corne d'Or se trouve la cité musulmane avec ses rues tortueuses, des hommes qui vaquent à leurs affaires de l'aube au crépuscule arrêtant leur activités dès que l'appel à la prière retentit pour se précipiter dans les mosquées ; des femmes dans leurs tchadors qu'il décrit comme des fantômes noirs rasant les murs ; dès la nuit tombée, ce secteur turc devient silencieux et désert ; au nord, le quartier de Péra, habité surtout par des étrangers, a un visage très différent : hôtels, théâtres, ambassades, salles de jeu, clubs, tavernes et autres lieux de plaisir se succèdent ; c'est dans cette ambiance qu'il sera absorbé lors de sa première année d'étude et ne s'était pas distingué aux yeux de ses professeurs. Il avait fini par se ressaisir et était considéré comme un élève brillant lors de la remise des diplômes. Il quitte l'École militaire en 1902 avec le grade de lieutenant.
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