Une expression de la société civile et du pouvoir politique
La tradition tocquevillienne et libérale souligne l'importance de la société civile et de la prise en compte de ses revendications par l'État. Cette tradition considère, en effet, que l'État doit être limité et ne peut assumer seul la charge du bien commun. Une bonne relation avec la société civile est, dès lors, indispensable. De ce point de vue, le lobbyisme est une application de cette mise en relation entre décisionnaires et société civile, au même titre que les corps intermédiaires que sont, par exemple, les syndicats. Cette analyse relève de la théorie pluraliste, dont les principaux auteurs sont les pères fondateurs américains, puis au XXe siècle par Robert Dahl, David Truman et Arthur Bentley. Selon la théorie pluraliste, les groupes latents se mobilisent dès qu'ils sentent leurs intérêts menacés et font contrepoids aux groupes dominants, établissant une forme d'équilibrage du système. L'inégalité des groupes d'influence auprès des instances de décision politique est la principale objection adressée à ce principe : à Bruxelles, par exemple, les lobbyistes interviennent essentiellement pour les groupes industriels et financiers (10 % seulement représentent les ONG).
Ainsi Jürgen Habermas estime que les sociétés civiles sont un niveau d’interaction médian entre les autorités ou pouvoirs publics et les citoyens. Ils favorisent la participation et l’implication des citoyens dans la définition des règles qui structurent toute société, et permettent d’apprécier le caractère libre et pluraliste d’une société démocratique. Cependant Jürgen Habermas exclut du concept de « société civile » les intérêts économiques organisés (notamment les entreprises) et les partenaires sociaux (syndicats,...). Il constate que « les déficits démocratiques se font sentir chaque fois que le cercle des personnes qui participent aux décisions démocratiques ne recoupe pas le cercle de ceux qui subissent les conséquences de ces décisions. »
Le nouveau contrat social, s’il se veut être le garant de l’idée d’autolégislation (selon laquelle les destinataires des lois doivent aussi pouvoir se regarder comme leurs auteurs ), doit faire des sociétés civiles, interagissant dans les espaces publics, des interlocuteurs privilégiés en tant qu’elles constituent le socle et la substance de l’émergence des formes modernes de démocratie et de politique délibératives.
Le lobbyisme est cependant loin d’être du seul apanage de la société civile. Les collectivités territoriales, qui représentent à elles seules plus de 20 % des 3 000 groupes d’intérêts identifiés par le parlement européen dans un document publié en novembre 2007, Lobbying in the European Union, mènent des actions de lobbyisme qui portent en particulier sur la défense des intérêts économiques des territoires et qui s’exercent aussi bien au niveau local que national et supra national. À titre d’exemple, le développement des lignes de transport aérien opérées par les compagnies à bas coût représente depuis la fin des années 1990 un enjeu majeur pour nombre de territoires de l’union européenne. Les actions de lobbyisme sur ce sujet sont aussi bien menées vers la Commission européenne, qui régule les aides que ces collectivités peuvent accorder aux compagnies aériennes pour ouvrir des lignes depuis leur territoire, que vers d’autres collectivités territoriales, sollicitées pour participer aux financements recherchés.
Une menace pour la démocratie ?
La tradition rousseauiste considère le lobbyisme comme étant l'expression d'intérêts purement particuliers et menaçant l'intérêt général que seul l'État peut arbitrer.
Le manque de vigilance et de compétence des services des États et des collectivités territoriales sur ces sujets et face aux opérations des lobbies, fragilisent le contrôle de cohérence des actions menées par les différents acteurs économiques, et peut menacer la démocratie.
En Europe, la force du lobbyisme agit au niveau des institutions de l'Union européenne, où se situent les enjeux globaux (énergétiques, environnementaux). La confusion des responsabilités au niveau juridique entre les États, où se définit encore aujourd'hui la souveraineté, et l'Union européenne, peut aboutir à un risque d'affaiblissement des processus de décision et à une menace pour les souverainetés des États.
Compte tenu des procédés d'influence utilisés par les cabinets les moins scrupuleux, et des déséquilibres entre les moyens de lobbying des grandes entreprises et des associations de simples citoyens, de nombreux observateurs estiment aujourd'hui nécessaire de protéger le fonctionnement des démocraties en se dotant d'une législation encadrant l'activité des lobbyistes et imposant notamment la transparence des opérations menées auprès des instances des décideurs politiques, en particulier sur le plan financier, assortie de véritables moyens de contrôle.
Voir : hiérarchie des normes, sécurité juridique
Wikipedia
Lobbying et démocratie
Des enjeux fondamentaux derrière le bouillonnement médiatico-politique
Ces dernières années ont été marquées en France, par le développement exponentiel, sinon factuel du moins rhétorique du lobbying, qui envahit progressivement l'univers des représentations politiques. A la charge furieuse et débridée d'un premier ministre, qui voit dans le lobbying avant tout un facteur d'efficacité concurrentielle face aux fourmis japonaises (“Il faut centraliser les informations, développer la pratique du lobbying, mettre les acteurs en relation, déterminer tous ensemble, d'abord entre Français, puis entre européens, les créneaux où nous battre, créer des laboratoires d'idées. Il s'agit d'une stratégie de combat”, fait pendant un discours plus traditionnel, en France, de défiance face à un phénomène considéré comme une déviation, voire une “corruption” des mécanismes classiques de la représentation politique, incarnés par la pureté de l'intérêt général, et le libre exercice par les représentants du peuple, de la souveraineté. Mais cette dénonciation n'est pas politiquement innocente. Le caractère marqué de la connotation péjorative associée aux lobbies, permet leur instrumentalisation politique dans le combat pour le pouvoir. A des fins d'opposition bien sûr: l'un des grands axes de la critique politique dirigée contre le gouvernement Balladur tient à la démonstration scandalisée de la servitude de celui-ci face à ses soutiens, groupes, et clients: c'est le sens de la critique formulée par Ségolène Royal à l'encontre de la loi Bosson, accusée d'être une rétribution en faveur des intérêts économiques du B.T.P. C'est l'angle d'attaque également choisi par Martine Aubry lors de son récent passage à l'Heure de Vérité, et c'est enfin, une des orientations majeures du discours d'opposant du parti socialiste, via son secrétaire national aux questions économiques Jean-Paul Huchon: la politique d'Edouard Balladur est “marquée par un ciblage clientéliste presque caricatural de l'ensemble des mesures prises”. Mais les gouvernants eux-mêmes, se servent des groupes de pression comme alibi politique, parant ainsi au procès de l'immobilisme: le ministre de l'éducation impute à l'importance de corporatismes moyenâgeux l'échec de sa modernité réformiste (sic), tandis que, plus globalement, Edouard Balladur lui-même, se disculpe de l'accusation de se hâter trop lentement (critique de droite), ou de pratiquer l'immobilisme et le pourrissement (critique de gauche), en stigmatisant les blocages et les intérêts catégoriels, freins puissants de l'élan réformiste qu'il souhaite incarner; il préserve ainsi à la fois, son bilan, et un projet politique pour le proche avenir (débloquer une société trop figée).
La tradition tocquevillienne et libérale souligne l'importance de la société civile et de la prise en compte de ses revendications par l'État. Cette tradition considère, en effet, que l'État doit être limité et ne peut assumer seul la charge du bien commun. Une bonne relation avec la société civile est, dès lors, indispensable. De ce point de vue, le lobbyisme est une application de cette mise en relation entre décisionnaires et société civile, au même titre que les corps intermédiaires que sont, par exemple, les syndicats. Cette analyse relève de la théorie pluraliste, dont les principaux auteurs sont les pères fondateurs américains, puis au XXe siècle par Robert Dahl, David Truman et Arthur Bentley. Selon la théorie pluraliste, les groupes latents se mobilisent dès qu'ils sentent leurs intérêts menacés et font contrepoids aux groupes dominants, établissant une forme d'équilibrage du système. L'inégalité des groupes d'influence auprès des instances de décision politique est la principale objection adressée à ce principe : à Bruxelles, par exemple, les lobbyistes interviennent essentiellement pour les groupes industriels et financiers (10 % seulement représentent les ONG).
Ainsi Jürgen Habermas estime que les sociétés civiles sont un niveau d’interaction médian entre les autorités ou pouvoirs publics et les citoyens. Ils favorisent la participation et l’implication des citoyens dans la définition des règles qui structurent toute société, et permettent d’apprécier le caractère libre et pluraliste d’une société démocratique. Cependant Jürgen Habermas exclut du concept de « société civile » les intérêts économiques organisés (notamment les entreprises) et les partenaires sociaux (syndicats,...). Il constate que « les déficits démocratiques se font sentir chaque fois que le cercle des personnes qui participent aux décisions démocratiques ne recoupe pas le cercle de ceux qui subissent les conséquences de ces décisions. »
Le nouveau contrat social, s’il se veut être le garant de l’idée d’autolégislation (selon laquelle les destinataires des lois doivent aussi pouvoir se regarder comme leurs auteurs ), doit faire des sociétés civiles, interagissant dans les espaces publics, des interlocuteurs privilégiés en tant qu’elles constituent le socle et la substance de l’émergence des formes modernes de démocratie et de politique délibératives.
Le lobbyisme est cependant loin d’être du seul apanage de la société civile. Les collectivités territoriales, qui représentent à elles seules plus de 20 % des 3 000 groupes d’intérêts identifiés par le parlement européen dans un document publié en novembre 2007, Lobbying in the European Union, mènent des actions de lobbyisme qui portent en particulier sur la défense des intérêts économiques des territoires et qui s’exercent aussi bien au niveau local que national et supra national. À titre d’exemple, le développement des lignes de transport aérien opérées par les compagnies à bas coût représente depuis la fin des années 1990 un enjeu majeur pour nombre de territoires de l’union européenne. Les actions de lobbyisme sur ce sujet sont aussi bien menées vers la Commission européenne, qui régule les aides que ces collectivités peuvent accorder aux compagnies aériennes pour ouvrir des lignes depuis leur territoire, que vers d’autres collectivités territoriales, sollicitées pour participer aux financements recherchés.
Une menace pour la démocratie ?
La tradition rousseauiste considère le lobbyisme comme étant l'expression d'intérêts purement particuliers et menaçant l'intérêt général que seul l'État peut arbitrer.
Le manque de vigilance et de compétence des services des États et des collectivités territoriales sur ces sujets et face aux opérations des lobbies, fragilisent le contrôle de cohérence des actions menées par les différents acteurs économiques, et peut menacer la démocratie.
En Europe, la force du lobbyisme agit au niveau des institutions de l'Union européenne, où se situent les enjeux globaux (énergétiques, environnementaux). La confusion des responsabilités au niveau juridique entre les États, où se définit encore aujourd'hui la souveraineté, et l'Union européenne, peut aboutir à un risque d'affaiblissement des processus de décision et à une menace pour les souverainetés des États.
Compte tenu des procédés d'influence utilisés par les cabinets les moins scrupuleux, et des déséquilibres entre les moyens de lobbying des grandes entreprises et des associations de simples citoyens, de nombreux observateurs estiment aujourd'hui nécessaire de protéger le fonctionnement des démocraties en se dotant d'une législation encadrant l'activité des lobbyistes et imposant notamment la transparence des opérations menées auprès des instances des décideurs politiques, en particulier sur le plan financier, assortie de véritables moyens de contrôle.
Voir : hiérarchie des normes, sécurité juridique
Wikipedia
Lobbying et démocratie
“Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale, celle-ci ne regarde qu'à l'intérêt commun, l'autre regarde à l'intérêt privé, et n'est qu'une somme de volonté particulières. […] Mais quand il se fait des brigues, des associations particulières aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l'État. […]. Il importe donc pour bien avoir l'énoncé de la volonté générale qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'État et que chaque citoyen n'opine que d'après lui”.
J.-J. Rousseau, Le Contrat Social, II, 3.
“Il est clair que, si chaque citoyen, à mesure qu'il devient individuellement plus faible, et par conséquent plus incapable de préserver isolément sa liberté, n'apprenait pas l'art de s'unir à ses semblables pour la défendre, la tyrannie croîtrait nécessairement avec l'égalité. Il ne s'agit ici que des associations qui se forment dans la vie civile et dont l'objet n'a rien de politique […]. Malheureusement, le même état social qui rend les associations si nécessaires aux peuples démocratiques, les leur rend plus difficiles qu'à tous les autres”.
A. de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, 5.
Des enjeux fondamentaux derrière le bouillonnement médiatico-politique
Ces dernières années ont été marquées en France, par le développement exponentiel, sinon factuel du moins rhétorique du lobbying, qui envahit progressivement l'univers des représentations politiques. A la charge furieuse et débridée d'un premier ministre, qui voit dans le lobbying avant tout un facteur d'efficacité concurrentielle face aux fourmis japonaises (“Il faut centraliser les informations, développer la pratique du lobbying, mettre les acteurs en relation, déterminer tous ensemble, d'abord entre Français, puis entre européens, les créneaux où nous battre, créer des laboratoires d'idées. Il s'agit d'une stratégie de combat”, fait pendant un discours plus traditionnel, en France, de défiance face à un phénomène considéré comme une déviation, voire une “corruption” des mécanismes classiques de la représentation politique, incarnés par la pureté de l'intérêt général, et le libre exercice par les représentants du peuple, de la souveraineté. Mais cette dénonciation n'est pas politiquement innocente. Le caractère marqué de la connotation péjorative associée aux lobbies, permet leur instrumentalisation politique dans le combat pour le pouvoir. A des fins d'opposition bien sûr: l'un des grands axes de la critique politique dirigée contre le gouvernement Balladur tient à la démonstration scandalisée de la servitude de celui-ci face à ses soutiens, groupes, et clients: c'est le sens de la critique formulée par Ségolène Royal à l'encontre de la loi Bosson, accusée d'être une rétribution en faveur des intérêts économiques du B.T.P. C'est l'angle d'attaque également choisi par Martine Aubry lors de son récent passage à l'Heure de Vérité, et c'est enfin, une des orientations majeures du discours d'opposant du parti socialiste, via son secrétaire national aux questions économiques Jean-Paul Huchon: la politique d'Edouard Balladur est “marquée par un ciblage clientéliste presque caricatural de l'ensemble des mesures prises”. Mais les gouvernants eux-mêmes, se servent des groupes de pression comme alibi politique, parant ainsi au procès de l'immobilisme: le ministre de l'éducation impute à l'importance de corporatismes moyenâgeux l'échec de sa modernité réformiste (sic), tandis que, plus globalement, Edouard Balladur lui-même, se disculpe de l'accusation de se hâter trop lentement (critique de droite), ou de pratiquer l'immobilisme et le pourrissement (critique de gauche), en stigmatisant les blocages et les intérêts catégoriels, freins puissants de l'élan réformiste qu'il souhaite incarner; il préserve ainsi à la fois, son bilan, et un projet politique pour le proche avenir (débloquer une société trop figée).


