Pensée stratégique américaine
L'Etoile Nord-Africaine :: Géostratégie, géo-économie, géolocalisation, géopolitique, géosociétologie ... :: Géopolitique, géostratégie , géolocalisation,géosociétologie ... :: Changement global et l'équilibre des pouvoirs...
Page 1 sur 1 • Partager •
Pensée stratégique américaine
Pensée stratégique américaine
Tiers monde
Introduction
Le 2 août 1990 à Aspen, Colorado, le président George Bush présentait pour la première fois une nouvelle stratégie de défense des Etats-Unis, qui tenait compte des bouleversements survenus en Europe orientale et dans la bientôt défunte URSS. Cette nouvelle stratégie envisageait des réductions substantielles dans les forces armées et leur budget. Elle mettait aussi l’accent sur les "menaces régionales" plutôt que sur une confrontation thermonucléaire globale. Le même jour, Saddam Hussein envahissait le Koweit1. Selon le secrétaire d’Etat James A. Baker III, il s’agissait de la première crise mondiale de l’après-guerre froide. Le 6 mars 1991, cette guerre se terminait par un anéantissement quasi total de l’armée irakienne. Sur un effectif gigantesque de plus de 500 000 hommes acheminés sans incident majeur, les Américains n’avaient à déplorer que 98 tués au combat, dont 28 dans l’explosion d’un missile Scud à Riyad.
En décembre 1992, George Bush engagea les forces armées des Etats-Unis en Somalie, pour permettre le ravitaillement en vivres de populations affamées. Sans avoir réussi à ramener un ordre durable, ces troupes quittèrent la Somalie le 31 mars 1994. Dix-huit Rangers avaient trouvé la mort dans une opération qui aurait dû n’être qu’"humanitaire". Malgré leurs différences, les interventions au Koweit et en Somalie se sont déroulées dans des pays du "Tiers Monde". Le Tiers Monde désigne depuis les années 1950 l’ensemble géographique des pays caractérisés par un état de sous-développement, celui-ci étant mesuré en fonction d’une série de critères d’ordre économique. Bien que l’expression soit aujourd’hui contestée, eu égard à l’extrême diversité des Etats qui composent le Tiers Monde, elle continue à désigner la majorité des Etats de l’hémisphère sud, qui n’appartiennent pas au "camp occidental" ni au groupe des pays "ci-devant socialistes"4. Dans le discours stratégique américain, l’expression Third World ne pose guère de problème. Pour Stephen R. David, le Tiers Monde, c’est tout sauf les Etats-Unis, l’Europe, le Canada, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, Israël, l’ex-URSS et la Chine. Nous nous en tiendrons à cette définition.
Le Tiers Monde a longtemps été une zone d’affrontement entre l’Est et l’Ouest. Maintenant que Moscou s’en est militairement retiré, il pourrait en résulter, paradoxalement, un plus grand engagement des Etats-Unis. L’invasion de Panama et surtout la guerre du Golfe semblent indiquer une plus grande propension de leur part à s’impliquer dans les crises du Tiers Monde, même si l’affaire de Somalie indique que cette propension a des limites. La constatation a été faite que désormais six Etats seulement demeurent ouvertement hostiles aux Etats-Unis et que ces Etats appartiennent tous au Tiers Monde. Il s’agit de Cuba, de l’Irak, de l’Iran, de la Libye, de la Corée du Nord et de la Syrie.
Plus que les stratégies réellement adoptées dans le Golfe ou en Somalie, c’est la pensée sous-tendant ces stratégies qui sera abordée ici. La vaste "communauté stratégique" américaine, regroupant des officiels, civils et militaires, et des universitaires, produit de plus en plus de rapports et d’études sur d’éventuelles menaces en provenance du Tiers Monde et sur les moyens et les stratégies nécessaires pour y faire face. Ces études, il faut le souligner, ont commencé bien avant la fin de la guerre froide. Même s’il sera question de la stratégie intégrale des Etats-Unis, incluant donc les dimensions économique et culturelle, l’accent sera mis sur la composante originelle de toute stratégie nationale : la composante militaire, impliquant l’utilisation éventuelle de la force au service d’une politique.
Un premier chapitre examinera la place du Tiers Monde dans la formulation de la stratégie nationale de sécurité sous Ronald Reagan, George Bush et Bill Clinton. Seront abordées ensuite quelques unes des analyses géostratégiques concernant le Tiers Monde : certaines se contredisent, d’autres peuvent paraître contestables, mais le débat existe. C’est au niveau des moyens que la pensée stratégique américaine se préoccupe le plus du Tiers Monde, avec le problème de la "prolifération" des armes de destruction massive et des parades à y opposer. En même temps que la restructuration des forces armées, ces questions feront l’objet d’un quatrième chapitre. Enfin seront évoquées les nouvelles orientations opérationnelles développées par les différentes armes pour faire face aux menaces en provenance du Tiers Monde.
Par:BRUNO COLSON
Tiers monde
La fin de la Guerre froide signifie, pour certaines régions du monde, le retour des guerres réelles. Pour les Etats-Unis, le défi stratégique passe du global au régional. C’est dans certains régimes "renégats" du Tiers Monde qu’ils voient désormais la menace principale : celle de la prolifération des armes de destruction massive. Y a-t-il pour autant une nouvelle "grande stratégie" américaine à l’égard du Sud ? La guerre du Golfe a pu laisser croire à une volonté américaine de veiller, tous azimuts, à l’instauration d’un nouvel ordre mondial. Mais le retrait peu glorieux de Somalie au printemps 1994 a montré les limites de l’interventionnisme. Cette étude explore différentes facettes de la pensée stratégique américaine relative au Tiers Monde, de Ronald Reagan à Bill Clinton.
Bruno Colson, docteur en sciences politiques de l’Université catholique de Louvain, a publié une thèse sur "La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini" (éditions Economica-FEDN). Il a été membre du Laboratoire de stratégie théorique de la Fondation pour les Etudes de Défense nationale.
Introduction
Le 2 août 1990 à Aspen, Colorado, le président George Bush présentait pour la première fois une nouvelle stratégie de défense des Etats-Unis, qui tenait compte des bouleversements survenus en Europe orientale et dans la bientôt défunte URSS. Cette nouvelle stratégie envisageait des réductions substantielles dans les forces armées et leur budget. Elle mettait aussi l’accent sur les "menaces régionales" plutôt que sur une confrontation thermonucléaire globale. Le même jour, Saddam Hussein envahissait le Koweit1. Selon le secrétaire d’Etat James A. Baker III, il s’agissait de la première crise mondiale de l’après-guerre froide. Le 6 mars 1991, cette guerre se terminait par un anéantissement quasi total de l’armée irakienne. Sur un effectif gigantesque de plus de 500 000 hommes acheminés sans incident majeur, les Américains n’avaient à déplorer que 98 tués au combat, dont 28 dans l’explosion d’un missile Scud à Riyad.
En décembre 1992, George Bush engagea les forces armées des Etats-Unis en Somalie, pour permettre le ravitaillement en vivres de populations affamées. Sans avoir réussi à ramener un ordre durable, ces troupes quittèrent la Somalie le 31 mars 1994. Dix-huit Rangers avaient trouvé la mort dans une opération qui aurait dû n’être qu’"humanitaire". Malgré leurs différences, les interventions au Koweit et en Somalie se sont déroulées dans des pays du "Tiers Monde". Le Tiers Monde désigne depuis les années 1950 l’ensemble géographique des pays caractérisés par un état de sous-développement, celui-ci étant mesuré en fonction d’une série de critères d’ordre économique. Bien que l’expression soit aujourd’hui contestée, eu égard à l’extrême diversité des Etats qui composent le Tiers Monde, elle continue à désigner la majorité des Etats de l’hémisphère sud, qui n’appartiennent pas au "camp occidental" ni au groupe des pays "ci-devant socialistes"4. Dans le discours stratégique américain, l’expression Third World ne pose guère de problème. Pour Stephen R. David, le Tiers Monde, c’est tout sauf les Etats-Unis, l’Europe, le Canada, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, Israël, l’ex-URSS et la Chine. Nous nous en tiendrons à cette définition.
Le Tiers Monde a longtemps été une zone d’affrontement entre l’Est et l’Ouest. Maintenant que Moscou s’en est militairement retiré, il pourrait en résulter, paradoxalement, un plus grand engagement des Etats-Unis. L’invasion de Panama et surtout la guerre du Golfe semblent indiquer une plus grande propension de leur part à s’impliquer dans les crises du Tiers Monde, même si l’affaire de Somalie indique que cette propension a des limites. La constatation a été faite que désormais six Etats seulement demeurent ouvertement hostiles aux Etats-Unis et que ces Etats appartiennent tous au Tiers Monde. Il s’agit de Cuba, de l’Irak, de l’Iran, de la Libye, de la Corée du Nord et de la Syrie.
Plus que les stratégies réellement adoptées dans le Golfe ou en Somalie, c’est la pensée sous-tendant ces stratégies qui sera abordée ici. La vaste "communauté stratégique" américaine, regroupant des officiels, civils et militaires, et des universitaires, produit de plus en plus de rapports et d’études sur d’éventuelles menaces en provenance du Tiers Monde et sur les moyens et les stratégies nécessaires pour y faire face. Ces études, il faut le souligner, ont commencé bien avant la fin de la guerre froide. Même s’il sera question de la stratégie intégrale des Etats-Unis, incluant donc les dimensions économique et culturelle, l’accent sera mis sur la composante originelle de toute stratégie nationale : la composante militaire, impliquant l’utilisation éventuelle de la force au service d’une politique.
Un premier chapitre examinera la place du Tiers Monde dans la formulation de la stratégie nationale de sécurité sous Ronald Reagan, George Bush et Bill Clinton. Seront abordées ensuite quelques unes des analyses géostratégiques concernant le Tiers Monde : certaines se contredisent, d’autres peuvent paraître contestables, mais le débat existe. C’est au niveau des moyens que la pensée stratégique américaine se préoccupe le plus du Tiers Monde, avec le problème de la "prolifération" des armes de destruction massive et des parades à y opposer. En même temps que la restructuration des forces armées, ces questions feront l’objet d’un quatrième chapitre. Enfin seront évoquées les nouvelles orientations opérationnelles développées par les différentes armes pour faire face aux menaces en provenance du Tiers Monde.
Par:BRUNO COLSON
- « Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. ». .
http://algerie-institution.blog4ever.com
Sujets similaires» 3ème test réussi pour le futur missile stratégique Français
» FN : mutation stratégique ou idéologique ?
» Sur la question politico-stratégique
» Nouvelle stratégie américaine en Afghanistan
» Stratégie américaine contre le Pakistan?
» FN : mutation stratégique ou idéologique ?
» Sur la question politico-stratégique
» Nouvelle stratégie américaine en Afghanistan
» Stratégie américaine contre le Pakistan?
L'Etoile Nord-Africaine :: Géostratégie, géo-économie, géolocalisation, géopolitique, géosociétologie ... :: Géopolitique, géostratégie , géolocalisation,géosociétologie ... :: Changement global et l'équilibre des pouvoirs...
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum

