Le terrorisme international est une invention
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Le terrorisme international est une invention
La notion de "terrorisme international" est probablement la principale enseigne de la politique mondiale de la dernière décennie. Après les attentats du 11 septembre 2001 qui ont véritablement secoué les Etats-Unis, l’administration de George W. Bush a tenté de faire de la lutte contre le "terrorisme international" le pivot de la politique mondiale.
En fait, ce danger était appelé à remplacer la menace soviétique qui avait disparu et à édifier tout le système international selon un nouveau principe, mais toujours selon celui du "bien" contre le "mal."
Au début, il semblait que c’était possible. La coalition "antiterroriste" rassemblée pour renverser le régime "taliban" en Afghanistan impliquait pratiquement la moitié du monde. Les talibans ont été chassés de Kaboul, mais ensuite le processus s'est enrayé.
La contradiction fondamentale résidait dans le fait que la campagne qui, en vertu de la notion de "terrorisme international", devait être véritablement commune et basée sur les actions conjointes, servait également aux Etats-Unis de moyen d’assurer leur propre domination mondiale. Autrement dit, de contraindre d’autres puissances à s'engager dans leur sillage. Or personne n’apprécie la contrainte.
Cependant, il ne s’agit pas seulement d'une réaction à la politique de Washington. Rapidement, on s'est mis à douter de l'existence réelle du phénomène global baptisé "terrorisme international."
Bien sûr, à l’époque de la mondialisation, le niveau d’interaction et d’interdépendance globale est absolument inédit. Et les chahids (nom donné aux martyrs dans l’islam), d'ordinaire confinés au Proche-Orient, font leur apparition dans le métro ou un aéroport de Moscou: les extrémistes imitent les "tendances à la mode."
Toutefois, les attentats à Moscou ou à Naltchik (capitale de la république de Kabardino-Balkarie, dans le Caucase du Nord) n’ont pas été orchestrés par des "terroristes internationaux", à la lutte contre lesquels appellent les présidents de divers pays, mais par un réseau islamique clandestin concret dans le Caucase.
Le terrorisme contemporain est caractérisé par l'association des causes locales de son apparition à une perception et une influence globale. En fait, c’est un ensemble de forces et de mouvements, dont la majorité sont séparatistes ou nationalistes. Tous, que ce soit en Russie, en Indonésie, au Soudan, en Palestine, en Afghanistan, en Chine, en Inde, en Turquie ou au Yémen, luttent contre leurs gouvernements respectifs pour l’autodétermination ou la restructuration de la société et le changement politique.
Même le 11 septembre, en dépit du caractère sans précédent de cette attaque transatlantique, est une réaction des forces extrémistes à l’idée du leadership américain, pratiquée par tous les dirigeants américains depuis la fin de la guerre froide. Les Etats-Unis sont considérés comme le centre de l’empire mondial qui contrôle, directement ou indirectement, d’importants territoires.
Dans ces conditions, les efforts de l’administration de George W. Bush pour faire de la lutte contre le terrorisme international le pivot de la politique mondiale étaient stériles. Premièrement, la notion même d'internationalisation du terrorisme est dépourvue de contenu précis, son interprétation diffère selon les politiciens.
Il n’est pas étonnant que les autorités de divers pays aient tenté de profiter de la situation dans leur propre intérêt. Il suffit de rappeler les mesures visant à élargir les compétences des services spéciaux aux Etats-Unis ou la décision, prétendument dictée par les impératifs de la lutte antiterroriste, d’annuler les élections des gouverneurs en Russie.
Deuxièmement, il n’existe aucune cohésion des efforts en raison du caractère artificiel de cette notion. Chaque Etat, faisant allégeance à la coalition contre le terrorisme, l’interprète comme bon lui semble. Et c’est bien légitime, car en réalité la menace n’est pas globale, il existe de multiples menaces, bien que similaires en termes de motivations et de méthodes d’exécution.
Au final, la lutte contre le terrorisme international se transforme soit en un slogan dépourvu de sens, soit même en une source d’irritation mutuelle, car les doubles standards sont inévitables. Troisièmement, les remèdes communs sont impossibles à définir, car il est nécessaire d’arracher minutieusement les racines locales, spécifiques dans chaque cas distinct.
Une attaque terroriste à grande échelle est un défi lancé au gouvernement, l’aspiration à montrer son incapacité. La première réponse des autorités vise à prouver que ce n’est pas le cas, en utilisant toute la puissance de sa violence légitime. Tandis qu’il était question des entités quasi-étatiques, à l’instar de l’Itchkérie à la fin des années 1990 ou de l’Afghanistan sous l’administration des talibans, la notion de représailles est également une réalité.
A une époque, la Russie et les Etats-Unis ont mené des opérations militaires, lors desquelles ils ont détruit l’infrastructure terroriste principale: en Tchétchénie et en Afghanistan. Mais que faire lorsque l’ennemi se transforme en fantôme invisible, devenant ainsi encore plus dangereux?
Les gouvernements ignorent la réponse. L’illusion de la normalisation après chaque opération militaire s’évanouit très rapidement lorsqu’il s’avère que la guerre "irrégulière" peut durer indéfiniment. Et les "représailles" ne font que gonfler les rangs des armées ennemies.
L’élimination des causes qui sont à l’origine du terrorisme nécessite un travail long et laborieux, sans aucune garantie de succès. Les Etats-Unis l’ont compris en Irak et en Afghanistan. La Russie a vécu la même expérience dans le Caucase. La situation des Etats-Unis est moins complexe: dans le pire des cas ils se retireront tout simplement du pays. Quant à la Russie, le Caucase en fait partie, et elle n’a donc nulle part où aller. Pour cette raison il faudra rechercher encore et encore l’équilibre entre la répression et le développement.
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