Révolte au Bahreïn
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Révolte au Bahreïn
Chronique
La révolte chiite de Bahreïn vire à la crise régionale
http://www.liberation.fr/monde/01012326243-la-revolte-chiite-de-bahrein-vire-a-la-crise-regionale
La triple crise de Bahreïn
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/geopolitique/index.php?id=102475
Rapport sur Bahrein

http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/monde/rapport-bahrein20110331.html
La révolte chiite de Bahreïn vire à la crise régionale
C’est le plus petit Etat du Golfe, le plus pauvre aussi, celui qui n’a plus de pétrole. Pourtant, le soulèvement d’une partie de sa population a transformé un conflit local en grave crise régionale, avec des implications dans tout le monde arabe. L’intervention à Bahreïn, lundi, des forces saoudiennes, secondées par des policiers des Emirats arabes unis, a provoqué l’entrée en scène de Téhéran, donnant une tout autre ampleur aux revendications démocratiques de la majorité chiite contre l’impitoyable dynastie sunnite des Al-Khalifa.
Les forces de la garde nationale saoudienne - les estimations vont de 1 000 à 3 500 hommes - ne sont certes pas intervenues dans la répression sanglante des manifestations, mais leur présence est une franche indication que le régime bahreïni ne cédera pas à l’opposition et qu’il a le soutien des autres pétromonarchies du Golfe, qui ne veulent pas de contagion démocratique. Hier, au lendemain de l’assaut sanglant - trois manifestants et deux policiers tués - contre la place de la Perle, à Manama, six leaders de l’aile dure de l’opposition (cinq figures chiites et un sunnite de gauche) ont été arrêtés. Ces derniers événements marquent la fin de tout dialogue entre le pouvoir et l’opposition. L’intervention étrangère va évidemment fédérer cette dernière, jusque-là divisée entre les formations radicales - les partis chiites Haq et Wafa -, qui demandent l’instauration d’une république démocratique, et les modérées, comme le Wefaq, qui n’a jamais appelé au renversement de la monarchie.
Du côté du pouvoir, on voit la même polarisation. Des prêcheurs sunnites ont appelé à la confrontation avec les chiites. Et, dans un pays qui proscrit les armes à feu - même les pistolets en plastique sont prohibés - et blanches sont apparus des séides munis de revolvers et de sabres, à l’évidence fournis par le régime.
Mais le tournant essentiel dans cette confrontation, c’est son internationalisation. Téhéran a tout de suite dénoncé l’intervention saoudienne. Il a rappelé son ambassadeur à Manama et averti les dirigeants saoudiens et des Emirats qu’ils pourraient connaître le même sort que Saddam Hussein. «Ce qui se passe à Bahreïn est une crise majeure. Si on imagine une échelle de Richter pour les révolutions arabes, la magnitude 5 serait pour la Libye et la magnitude 8 pour Bahreïn», souligne François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation pour la recherche stratégique.
Selon ce chercheur, en intervenant à Bahreïn, les Saoudiens visent deux cibles : les réformes démocratiques qui priveraient la monarchie bahreïnie de son pouvoir absolu, avec de possibles répercussions dans les pays voisins, et les Américains, contre lesquels ils sont furieux. Les raisons ? Le lâchage de Moubarak, allié de longue date de Washington, et l’avertissement, lancé la semaine dernière à Manama, du secrétaire à la Défense, Robert Gates, au régime bahreïni, lui demandant de négocier avant qu’il ne soit trop tard.
Témoin d’une vraie fracture entre Riyad et Washington, le régime saoudien n’a même pas pris la peine d’avertir Washington de l’envoi de la garde nationale dans le minuscule royaume. Les Etats-Unis sont de leur côté mécontents à cause de l’irruption de l’Iran, qui ne s’était pas encore manifesté en faveur des chiites de Bahreïn, dont il se veut le protecteur naturel. Avec l’entrée en lice des Saoudiens, Téhéran a tous les atouts en main pour jouer la carte de la subversion dans le royaume, mais aussi dans les autres pays arabes qui ont des populations chiites, du Yémen au Liban. «Les Saoudiens prétendent intervenir pour contrer les Iraniens, mais ceux-ci, de l’avis des services de renseignements occidentaux, n’étaient pas jusque-là dans le jeu», souligne Heisbourg.
Désormais, la partie qui se joue à Bahreïn risque d’être très dure. Dimanche, le prince héritier Salman, figure modérée au sein du pouvoir, a joué son va-tout en présentant des propositions susceptibles de rallier une partie de l’opposition. Celle-ci n’a pas eu le temps de répondre. Le lendemain, les forces saoudiennes franchissaient le pont entre les deux pays.
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La triple crise de Bahreïn
[...]voilà maintenant que les monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, volent au secours de la famille royale de Bahreïn, en proie à une contestation qui ne se dément pas. Plusieurs milliers de leurs soldats sont entrés, hier, dans le royaume pour y épauler des forces de l’ordre totalement débordées et la situation qui s’est ainsi créée est extrêmement sérieuse.
Elle est, d’abord, le signe que les monarchies pétrolières se sentent directement menacées par le printemps arabe, ce qui est effectivement le cas. Sans même parler de l’Egypte, de l’autre côté de la mer Rouge, tout le sud de la péninsule arabique est en proie aux troubles, violents au Yémen et peut-être en voie d’apaisement à Oman dont le souverain a du renoncer à une partie de ses pouvoirs en faveur d’une assemblée partiellement élue. Les monarchies s’inquiètent car tout ce qui a fait les soulèvements de la Tunisie puis de l’Egypte se retrouve dans ces royaumes, du chômage des jeunes diplômés au vieillissement des dirigeants et des inégalités sociales à l’arbitraire policier.
Assis sur le pétrole, ces régimes le sont aussi sur un baril de poudre. C’est la raison pour laquelle ils ne pouvaient plus admettre sans réagir que la monarchie bahreïnie s’enfonce dans l’impasse mais leur intervention militaire, deuxième problème, risque de dégrader plus encore les relations entre les deux grandes religions de l’islam. Bahreïn a la particularité d’avoir une monarchie sunnite régnant sur une population très majoritairement chiite. C’est le respect des droits de cette majorité qui est cœur du bras de fer entre le pouvoir et les manifestants qui occupent le centre de la capitale depuis plusieurs semaines et ce n’est donc pas seulement des pouvoirs en place qui se prêtent la main.
C’est également des régimes sunnites qui opposent un front commun à des chiites car, depuis que l’intervention américaine en Irak a mis ces protestants de l’islam aux commandes de ce pays, tout l’équilibre régional entre les deux religions musulmanes a été modifié. Autrefois isolé, l’Iran chiite se prolonge en Irak et étend son influence jusqu’au Liban dont les populations chiites bénéficient de son appui. C’est ce que les états-majors et les chancelleries appellent le « croissant chiite » et la révolte des chiites de Bahreïn est en train, qui plus est, de donner des idées aux minorités chiites d’Arabie saoudite qui se trouvent vivre dans les régions les plus riches en pétrole.
L’enjeu de cette nouvelle crise est, autrement dit, triple. Il est régional avec l’influence de l’Iran, politique avec la contestation démocratique visant des monarchies absolues et religieux avec la concurrence entre frères ennemis de l’islam. Il y a là tous les ingrédients d’une situation inextricable dont, troisième problème, nul ne saurait prédire les développements. L’hypothèse optimiste est que cette intervention militaire permette d’imposer un compromis entre la monarchie et la population de Bahreïn. Ce n’est pas totalement exclu mais il est tout aussi possible que la peur vienne d’allumer une mèche dans ce qui est la plus grande des réserves pétrolières du monde.
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/geopolitique/index.php?id=102475
Rapport sur Bahrein

Ce petit royaume occupe une position stratégique, entre l’Iran et l’Arabie. Il vient d’échapper à une révolution. Une Française expatriée raconte ce qui s’est vraiment passé. Instructif.
Le royaume de Bahreïn est le seul État arabe sunnite peuplé d’une majorité de chiites (70 % des 700 000 citoyens bahreïnis). Au même titre que le Hezbollah chiite au Liban, l’opposition chiite à Bahreïn est courtisée par l’Iran, dans le cadre de sa confrontation avec la communauté internationale. D’où l’importance stratégique de ce minuscule État insulaire (750 kilomètres carrés), clé de la stabilité de l’Arabie Saoudite, dont les régions orientales, elles aussi majoritairement peuplées de chiites, concentrent la plus grande partie des réserves de pétrole.
Si Bahreïn devait tomber dans l’orbite iranienne, la stabilité de cette zone, cœur de la richesse pétrolière saoudienne, et l’approvisionnement pétrolier de l’Occident seraient menacés. La perte de Bahreïn poserait aussi un problème sécuritaire : Manama abrite le QG de la Ve flotte américaine ; Abou Dhabi, la nouvelle implantation militaire française dans le Golfe, est à moins de une heure de vol. Ce “plot stratégique” vient d’être gravement déstabilisé, entre le 14 février et le 14 mars.
Cette nouvelle révolution arabe ne se résume pas, bien sûr, à un simple affrontement religieux entre chiites et sunnites. De vraies raisons sociales et politiques expliquent les revendications, exprimées d’abord par des chiites. Les plus radicaux de la coalition chiite (18 élus sur 40 sièges au Parlement) ont même réclamé l’instauration d’une république islamique, annonçant probablement, à terme, le ralliement de Bahreïn à l’Iran des mollahs. Le royaume a résisté à la révolution, d’abord au prix de quelques concessions.
Fin février, le roi autorisait le retour d’exil de l’opposant historique Hassan Mushaima, arrivé à Manama, le 26 février, après être allé saluer à Beyrouth son ami Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah ! La sévère répression qui a suivi (une vingtaine de morts) a probablement sauvé la stabilité de la région et préservé les intérêts occidentaux. On constate pourtant un certain flottement dans une partie de l’Occident. Barack Obama a été une nouvelle fois hésitant, appelant à la démocratisation tout en appuyant le régime menacé.
Fidèle à sa tradition de défense des droits de l’homme, la France a elle aussi pris ses distances avec ce régime ami des Français, à qui le roi Hamad ben Aissa al-Khalifa a confié la formation de sa police anti-émeutes et d’une partie de la garde royale. Ce monarque réputé éclairé est connu pour sa tolérance à l’égard des minorités. Placés sous sa protection, les derniers juifs du royaume (une quarantaine) disposent d’une synagogue et de quelques représentants au Majlis al-Shoura, l’assemblée consultative du royaume. L’ambassadeur de Bahreïn aux États-Unis est une Bahreïnie juive… Un cas unique dans le monde arabe.
Déclenchée le 14 mars dans le cadre de l’accord d’entraide du GCC (Gulf Cooperation Council), l’assistance de l’Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis a permis au gouvernement bahreïni de reprendre la main, avec le renfort d’un millier de policiers saoudiens. Dans la bataille larvée pour le leadership dans le Golfe, la monarchie sunnite saoudienne a marqué un point sur la théocratie chiite d’Iran.
Dans ce contexte passionnel, Valeurs actuelles a reçu le témoignage d’une expatriée française qui a vécu ces événements de l’intérieur. Libre et instructif, son récit révèle ce que de nombreux médias n’ont pas vu ou osé dire. Pour des raisons de sécurité, ni le nom ni la profession de ce témoin ne peuvent être divulgués. Frédéric Pons
“Je vous invite à faire un doux rêve : celui de voir les pays musulmans changer radicalement. Imaginez qu’ils deviennent tolérants. Au multiconfessionnalisme : églises, temples et synagogues autorisés au même titre que les mosquées. À la liberté vestimentaire, au droit au travail et à la conduite des véhicules pour les femmes. À l’admission d’une opposition au Parlement, à la liberté de la presse, à la publication de rapports sur les droits de l’homme. À la possibilité pour chacun de consommer ce que sa culture ou sa religion autorise. Tout cela existe. À Bahreïn, petit royaume du Golfe.
Mais qu’a-t-on vu ? Son lâchage par l’Occident, la condamnation sans réserve de la répression menée par les forces de l’ordre, sans se demander si la répression n’était pas un moyen de défendre cette liberté, bien réelle à Bahreïn, si précieuse car si rare dans le Golfe. Nous, Occidentaux, chrétiens, si bien accueillis dans ce pays musulman, sommes très déçus du manque de soutien des grandes démocraties. Et, s’ils s’en sortent, les Bahreïnis compteront leurs amis.
Je suis désolée de ce que je vois et de ce que j’entends. J’ai de la peine pour les Bahreïnis attachés à leur monarchie vieille de deux siècles, à leur système, certes inégalitaire, mais qui a su préserver ce qui fait de ce pays un lieu où il fait bon vivre, même si l’on est chrétien, bouddhiste ou juif. Les chiites sont représentés au Parlement. La presse est libre et se fait même l’écho des revendications des opposants. Ce qu’ils veulent est clair : réduire les libertés, appliquer la charia, revenir à un islam rigoriste.
Pourquoi défendre systématiquement les contestataires sans prendre en considération ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent et ce qu’ils feront une fois au pouvoir ? Il fallait être aveugle pour ne pas voir, sur la place de la Perle, les femmes en noir, visage couvert, parquées à distance des hommes. Une image choquante dans ce pays qui est, à l’état normal, le seul État du Golfe où la tolérance vestimentaire est totale, où toutes les libertés sont accordées aux femmes.
Que fait la communauté internationale ? Elle intime l’ordre au pouvoir bahreïni de laisser le champ libre à l’expression d’un parti hyperradical qui joue les enfants de chœur devant les médias internationaux. Est-ce le système monarchique qui nous gêne ? Depuis quand la France est-elle en droit d’imposer son mode de fonctionnement républicain là où l’histoire et la culture ont mis en place un système différent ? Pourquoi nos chefs d’État, parfaitement renseignés sur les dirigeants de ces rébellions, prennent-ils de telles positions ? Comment ne pas craindre le raz-de-marée destructeur qui se produirait si les islamistes prenaient le pouvoir ?
Après les condamnations de l’Occident et son appel à la négociation, la police et l’armée se sont retirées des rues le 18 février. Les chiites ont repris position sur la place de la Perle, défilant tous les jours devant des médias émerveillés par ce nouveau “mouvement libérateur”. Ils ont alors fait de la surenchère, présentant la chute de la monarchie comme la condition sine qua non à l’arrêt des manifestations. Inacceptable pour les Bahreïnis.
Dans la nuit du 12 au 13 mars, des hordes de chiites s’en sont prises à l’arme blanche aux sunnites pauvres, des travailleurs immigrés asiatiques. Terrifiés, totalement démunis devant cette déferlante de haine, ces étrangers sunnites se sont alors réfugiés à l’hôpital du ministère de l’Intérieur, l’accès du principal hôpital de la ville, transformé en QG des chiites, leur étant devenu impossible.
Les Bahreïnis ont exprimé leur révolte de voir les forces de l’ordre obligées de s’éloigner, sur ordre du roi, à cause de la pression internationale. Certains officiers avaient même l’intention d’enlever leur uniforme pour aller défendre leur pays, même en civil. Certains l’ont probablement fait. Dans la nuit du 14 au 15 mars, des combats de rue à l’arme à feu ont opposé des civils sunnites à des chiites. C’est alors que le roi s’est résolu à demander l’intervention de l’Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis.
J’ai vu les Bahreïnis applaudir et crier leur joie devant l’entrée des blindés saoudiens et émiratis, le 14 mars. Pour l’avenir, ils n’ont qu’une crainte : devoir composer avec ceux qui sont devenus un ennemi interne. Certains sunnites ont déjà reçu des SMS d’insultes et de menaces venant de voisins ou d’anciens amis, des chiites. Le risque d’une radicalisation est grand, relayé par des médias pro-iraniens (Al-Manar, chaîne du Hezbollah) ou iraniens : le site Abna.ir diffuse des images aux commentaires détournés en quinze langues, dont le français.
La répression sunnite à l’agression est féroce. Mais c’est le prix à payer pour la paix, pour la survie de ce pays. Le monde doit comprendre qu’il s’agit d’une lutte contre un islam rigoriste et des moyens qu’il faut malheureusement mettre en œuvre pour l’endiguer. La force des Bahreïnis est de connaître parfaitement leur ennemi. Nous, Occidentaux, englués dans nos principes, nous ne le connaissons pas assez. Nous sommes à la merci de ceux pour lesquels ces principes ne sont que des fadaises. En réclamant le “dialogue”, sans recul ni analyse, la France a envoyé un message – presque encourageant – à ceux qui pourraient bien être nos ennemis de demain. ”
http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/monde/rapport-bahrein20110331.html
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La première, c'est de les ignorer;
La seconde, c'est de les ignorer et croire qu'on les sait.
La seconde est pire que la première."
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Lotfi- Adm

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