Guerres médiques

Les guerres médiques opposent les Grecs aux Perses de l'Empire achéménide au début du ve siècle av. J.-C. Elles sont déclenchées par la révolte des cités grecques asiatiques contre la domination perse, l'intervention d'Athènes en leur faveur entraînant des représailles. Les deux expéditions militaires des souverains achéménides Darius Ier et Xerxès Ier constituent les principaux épisodes militaires de ce conflit ; elles se concluent par la victoire spectaculaire des cités grecques européennes conduites par Athènes et Sparte.
Les guerres médiques marquent traditionnellement le passage de l'époque archaïque à l'époque classique.
Même s'il ne faut pas en exagérer la portée – pour l'empire achéménide ce conflit semble initialement assez périphérique – les guerres médiques apparaissent comme le point de départ de l'hégémonie athénienne en mer Égée, mais aussi comme la prise de conscience d'une certaine communauté d'intérêts du monde grec face à la Perse, idée que reprend, près de deux siècles plus tard, Alexandre le Grand.
Ces guerres sont dites « médiques » car les Grecs confondaient les Perses et les Mèdes, deux peuples unifiés par Cyrus le Grand au vie siècle av. J.-C.
Sources et historiographie
L'historien qui étudie les guerres médiques se trouve face à une difficulté majeure : il ne dispose que de sources écrites grecques et le seul récit contemporain exhaustif est celui d'Hérodote et son Enquête. Pour saisir les enjeux et la nature réels des affrontements, l'historien doit soumettre ce récit à une analyse critique et prudente.
Hérodote est un Grec né pendant la seconde guerre médique à Halicarnasse, cité située en Asie mineure, à la croisée des mondes ionien et perse. Cette origine, ainsi que ses nombreux voyages dans l'empire achéménide et en Méditerranée, explique sa bonne connaissance des deux belligérants4. Son œuvre, connue sous le nom d'Histoires ou Enquête, est capitale pour la connaissance du conflit. Considéré comme le père de l'Histoire, Hérodote ne se contente pas d'énumérer les évènements, il tente d'expliquer les raisons profondes de la guerre et de donner aussi bien le point de vue des Grecs que celui des Perses. Ce véritable souci d'objectivité lui valut des critiques de certains auteurs anciens, comme Plutarque, qui l'ont accusé de préférer les « barbares » à son propre peuple.
Les historiens ont repris à leur compte le récit d'Hérodote jusque dans les années 1950. Par la suite, l'école des annales, le multiculturalisme et surtout les progrès des études achéménides ont permis de critiquer, relativiser et parfois même de totalement remettre en cause Hérodote6. Cependant, les recherches archéologiques, anthropologiques et ethnographiques des années 1990 et 2000 ont démontré l'exactitude d'Hérodote et sa grande objectivité9.
L'Athénien Thucydide est l'autre grand historien du ve siècle av. J.-C. ; son Histoire de la guerre du Péloponnèse traite partiellement de la suite et des conséquences des guerres médiques. Xénophon, également athénien, est de la génération suivante, mais il connaît bien les Perses car il les a servis comme mercenaire lors de l'expédition des Dix Mille en 401 (relatée dans l'Anabase). D'autres détails sont rapportés par des chroniqueurs plus tardifs comme Éphore, Diodore de Sicile, Plutarque et Pausanias. La Bibliothèque de Photius et la Souda, compilations byzantines du ixe siècle, offrent des aperçus de textes antiques aujourd'hui disparus.
Le théâtre grec comprend certaines « pièces d'actualité » commentant les évènements à chaud, et donc particulièrement instructives pour l'étude des mentalités de l'époque. La Chute de Milet de Phrynichos, jouée en 493, émeut les Athéniens jusqu'aux larmes et exacerbe les passions en faveur de la guerre. Eschyle a combattu à Marathon et Salamine ; sa pièce Les Perses, écrite en 472 et célébrant la victoire athénienne, est jouée dans tout le monde grec, de la Sicile à l'Asie mineure.
Les Achéménides n'ont pas laissé de chroniques ou de témoignages écrits de leur propre histoire ; leur mémoire se transmettait par voie orale et s'est donc essentiellement perdue. Certains de ces récits ont cependant été recueillis par Hérodote et Ctésias, médecin grec à la cour d'Artaxerxès II12. Les textes perses à la disposition des historiens contemporains sont d'ordre administratif ou religieux ; ils n'offrent guère d'informations sur les guerres médiques, mais permettent parfois de recouper ou démentir les renseignements fournis par les Grecs, comme certaines tablettes de Persépolis relevant les voyages des fonctionnaires. L'épigraphie apporte de nombreux renseignements grâce aux inscriptions et à l'iconographie des monuments perses, par exemple en fournissant la liste des pays et des peuples vaincus : les Grecs, qu'ils soient d'Asie mineure ou d'Europe, sont considérés comme des sujets par les Grands Rois des guerres médiques, Darius, Xerxès et Artaxerxès.
Aux origines du conflit : la révolte de l’Ionie
Au vie siècle av. J.-C., le roi perse Cyrus II, de la dynastie des Achéménides, transforme son petit royaume vassal des Mèdes en un immense empire, s'étendant de l'Inde à la Méditerranée, par une suite de guerres de conquête15. En 547, il annexe la Lydie de Crésus qui dominait l'Asie centrale, puis assujettit les cités côtières grecques de l'Ionie et des Dardanelles.
Les guerres médiques sont initialement la conséquence de l'impérialisme perse, du fonctionnement économique et commercial grec et, dans une moindre mesure, des luttes politiques internes des cités.
La révolte de l'Ionie représente un épisode décisif vers la confrontation. Elle a pour origine la volonté de Darius Ier d'étendre son empire vers la Propontide (mer de Marmara) et le Pont-Euxin (mer Noire), entre autres pour contrôler les sources d'approvisionnement en blé, en or et en bois de construction navale21. Pour cela, il doit s'attaquer aux Scythes, maîtres d'un puissant empire en Russie méridionale et dont les relations commerciales avec les Grecs sont fructueuses et actives.
Sur le chemin de la conquête, avec l'aide de contingents grecs ioniens, Darius s'assure la maîtrise de la Thrace, tandis que le roi Amyntas Ier de Macédoine reconnaît sa suzeraineté (513). Les ports de Byzance et de Chalcédoine sont soumis : la Perse contrôle grâce à eux le trafic maritime entre la Méditerranée et la mer Noire. L'objectif final de l'expédition contre les Scythes est un échec, ceux-ci appliquant la technique de la terre brûlée. Détail important, l'armée perse échappe au désastre et à l'encerclement grâce à la loyauté du contingent grec qui garde le pont sur le Danube (Ister).
En 508, c'est l'île de Samothrace qui tombe sous le joug perse. Même Athènes sollicite vers 508 leur alliance. De la campagne contre les Scythes, Darius tire la conclusion qu'il peut compter sur la fidélité des Grecs ioniens. En revanche, ceux-ci estiment qu'ils pourraient se révolter sans risque excessif, car l'expédition a prouvé que l'empire achéménide n'est pas invulnérable.
Les motifs de la révolte
Les causes profondes de la révolte sont d'ordre économique, social, politique et culturel.
L'Ionie est constituée de douze cités grecques fondées depuis au moins le viiie siècle avant l'ère chrétienne : Milet, Éphèse, Phocée, Clazomènes, Colophon, Priène, Téos, Chios, Samos, Érythrée, Myonte et Lébédos. Il faut y ajouter les cités de l'Éolide, région située au nord-ouest de l'Ionie, dont celle de Smyrne. Autonomes, elles sont toutes soumises au pouvoir perse. Milet dispose d'un statut à part : son traité d'amitié conclu avec Cyrus avant la conquête de la région lui assure une relative indépendance26. C'est pourtant Milet qui se trouve à l'origine du soulèvement de 499.
Ces cités sont unies au sein de la Ligue ionienne, une alliance forgée au viie siècle av. J.-C. qui ne joue plus de rôle militaire depuis la conquête de Cyrus mais qui conserve un rôle religieux, culturel et politique à travers une amphictyonie chargée du culte de Poséidon Helikonios au sanctuaire du Panionion, au cap Mycale. Cette institution facilite les échanges nécessaires à une révolte commune.
Théoriquement, la domination perse n'est pas écrasante. Chaque cité conserve ses institutions, à la condition expresse de payer un tribut et éventuellement d'entretenir des garnisons perses. Darius Ier et ses successeurs respectent les coutumes des différents peuples de leur empire et se chargent parfois de rappeler à l'ordre les fonctionnaires zélés.
Cela change avec la réforme de la taxation sous Darius qui fixe un montant précis d'or et d'argent à payer pour chaque satrapie. Le tribut annuel exigé s'élève pour l'ensemble de l'Ionie à 400 talents ou 2 400 000 drachmes. Ces taxes sont en outre injustement réparties au sein de chaque cité : les familles liées aux tyrans (officiellement amis du Grand Roi) au pouvoir sont exemptées, et la pression fiscale sur les pauvres favorise les tenants de la démocratie et d'une révolution politique et sociale.
Depuis 512, la mer Noire est un « lac perse », la Thrace est devenue un satrapie. Or, Milet s'y fournit en blé et en toutes sortes de matières premières. La colonisation perse ferme l'accès des mers septentrionales au moment où Sybaris, l'entrepôt occidental de Milet, tombe sous les coups de Crotone (510). De plus, les Perses favorisent systématiquement les rivaux phéniciens de Tyr et Sidon. Enfin, la prise de Byzance ferme les détroits et le commerce vers le Pont-Euxin. Ainsi, la politique extérieure de Darius appauvrit les marchands ioniens, très influents au sein des cités.
Les Perses demeurent, aux yeux de nombreux Grecs ioniens, des barbares rétifs aux « charmes » de la civilisation qui conservent leur langue, leur religion et leurs coutumes. De nombreux « intellectuels » ont préféré l'exil à la domination étrangère. Il existe une volonté d'émancipation des cités ioniennes qui les pousse d'une part à rejeter les tyrans imposés par les Perses, ainsi que de nombreux colons, et d'autre part à se libérer du joug achéménide. Lorsque la révolte éclate, elle a comme première conséquence, dans de nombreuses cités, l'éviction des tyrans et la proclamation de l'isonomie. Il est exagéré de parler de révolte suite à l'éveil d'une « conscience nationale » contre l'occupant ; il est préférable de parler d'une crise sociale et politique.

Les guerres médiques opposent les Grecs aux Perses de l'Empire achéménide au début du ve siècle av. J.-C. Elles sont déclenchées par la révolte des cités grecques asiatiques contre la domination perse, l'intervention d'Athènes en leur faveur entraînant des représailles. Les deux expéditions militaires des souverains achéménides Darius Ier et Xerxès Ier constituent les principaux épisodes militaires de ce conflit ; elles se concluent par la victoire spectaculaire des cités grecques européennes conduites par Athènes et Sparte.
Les guerres médiques marquent traditionnellement le passage de l'époque archaïque à l'époque classique.
Même s'il ne faut pas en exagérer la portée – pour l'empire achéménide ce conflit semble initialement assez périphérique – les guerres médiques apparaissent comme le point de départ de l'hégémonie athénienne en mer Égée, mais aussi comme la prise de conscience d'une certaine communauté d'intérêts du monde grec face à la Perse, idée que reprend, près de deux siècles plus tard, Alexandre le Grand.
Ces guerres sont dites « médiques » car les Grecs confondaient les Perses et les Mèdes, deux peuples unifiés par Cyrus le Grand au vie siècle av. J.-C.
Sources et historiographie
L'historien qui étudie les guerres médiques se trouve face à une difficulté majeure : il ne dispose que de sources écrites grecques et le seul récit contemporain exhaustif est celui d'Hérodote et son Enquête. Pour saisir les enjeux et la nature réels des affrontements, l'historien doit soumettre ce récit à une analyse critique et prudente.
Hérodote est un Grec né pendant la seconde guerre médique à Halicarnasse, cité située en Asie mineure, à la croisée des mondes ionien et perse. Cette origine, ainsi que ses nombreux voyages dans l'empire achéménide et en Méditerranée, explique sa bonne connaissance des deux belligérants4. Son œuvre, connue sous le nom d'Histoires ou Enquête, est capitale pour la connaissance du conflit. Considéré comme le père de l'Histoire, Hérodote ne se contente pas d'énumérer les évènements, il tente d'expliquer les raisons profondes de la guerre et de donner aussi bien le point de vue des Grecs que celui des Perses. Ce véritable souci d'objectivité lui valut des critiques de certains auteurs anciens, comme Plutarque, qui l'ont accusé de préférer les « barbares » à son propre peuple.
Les historiens ont repris à leur compte le récit d'Hérodote jusque dans les années 1950. Par la suite, l'école des annales, le multiculturalisme et surtout les progrès des études achéménides ont permis de critiquer, relativiser et parfois même de totalement remettre en cause Hérodote6. Cependant, les recherches archéologiques, anthropologiques et ethnographiques des années 1990 et 2000 ont démontré l'exactitude d'Hérodote et sa grande objectivité9.
L'Athénien Thucydide est l'autre grand historien du ve siècle av. J.-C. ; son Histoire de la guerre du Péloponnèse traite partiellement de la suite et des conséquences des guerres médiques. Xénophon, également athénien, est de la génération suivante, mais il connaît bien les Perses car il les a servis comme mercenaire lors de l'expédition des Dix Mille en 401 (relatée dans l'Anabase). D'autres détails sont rapportés par des chroniqueurs plus tardifs comme Éphore, Diodore de Sicile, Plutarque et Pausanias. La Bibliothèque de Photius et la Souda, compilations byzantines du ixe siècle, offrent des aperçus de textes antiques aujourd'hui disparus.
Le théâtre grec comprend certaines « pièces d'actualité » commentant les évènements à chaud, et donc particulièrement instructives pour l'étude des mentalités de l'époque. La Chute de Milet de Phrynichos, jouée en 493, émeut les Athéniens jusqu'aux larmes et exacerbe les passions en faveur de la guerre. Eschyle a combattu à Marathon et Salamine ; sa pièce Les Perses, écrite en 472 et célébrant la victoire athénienne, est jouée dans tout le monde grec, de la Sicile à l'Asie mineure.
Les Achéménides n'ont pas laissé de chroniques ou de témoignages écrits de leur propre histoire ; leur mémoire se transmettait par voie orale et s'est donc essentiellement perdue. Certains de ces récits ont cependant été recueillis par Hérodote et Ctésias, médecin grec à la cour d'Artaxerxès II12. Les textes perses à la disposition des historiens contemporains sont d'ordre administratif ou religieux ; ils n'offrent guère d'informations sur les guerres médiques, mais permettent parfois de recouper ou démentir les renseignements fournis par les Grecs, comme certaines tablettes de Persépolis relevant les voyages des fonctionnaires. L'épigraphie apporte de nombreux renseignements grâce aux inscriptions et à l'iconographie des monuments perses, par exemple en fournissant la liste des pays et des peuples vaincus : les Grecs, qu'ils soient d'Asie mineure ou d'Europe, sont considérés comme des sujets par les Grands Rois des guerres médiques, Darius, Xerxès et Artaxerxès.
Aux origines du conflit : la révolte de l’Ionie
Au vie siècle av. J.-C., le roi perse Cyrus II, de la dynastie des Achéménides, transforme son petit royaume vassal des Mèdes en un immense empire, s'étendant de l'Inde à la Méditerranée, par une suite de guerres de conquête15. En 547, il annexe la Lydie de Crésus qui dominait l'Asie centrale, puis assujettit les cités côtières grecques de l'Ionie et des Dardanelles.
Les guerres médiques sont initialement la conséquence de l'impérialisme perse, du fonctionnement économique et commercial grec et, dans une moindre mesure, des luttes politiques internes des cités.
La révolte de l'Ionie représente un épisode décisif vers la confrontation. Elle a pour origine la volonté de Darius Ier d'étendre son empire vers la Propontide (mer de Marmara) et le Pont-Euxin (mer Noire), entre autres pour contrôler les sources d'approvisionnement en blé, en or et en bois de construction navale21. Pour cela, il doit s'attaquer aux Scythes, maîtres d'un puissant empire en Russie méridionale et dont les relations commerciales avec les Grecs sont fructueuses et actives.
Sur le chemin de la conquête, avec l'aide de contingents grecs ioniens, Darius s'assure la maîtrise de la Thrace, tandis que le roi Amyntas Ier de Macédoine reconnaît sa suzeraineté (513). Les ports de Byzance et de Chalcédoine sont soumis : la Perse contrôle grâce à eux le trafic maritime entre la Méditerranée et la mer Noire. L'objectif final de l'expédition contre les Scythes est un échec, ceux-ci appliquant la technique de la terre brûlée. Détail important, l'armée perse échappe au désastre et à l'encerclement grâce à la loyauté du contingent grec qui garde le pont sur le Danube (Ister).
En 508, c'est l'île de Samothrace qui tombe sous le joug perse. Même Athènes sollicite vers 508 leur alliance. De la campagne contre les Scythes, Darius tire la conclusion qu'il peut compter sur la fidélité des Grecs ioniens. En revanche, ceux-ci estiment qu'ils pourraient se révolter sans risque excessif, car l'expédition a prouvé que l'empire achéménide n'est pas invulnérable.
Les motifs de la révolte
Les causes profondes de la révolte sont d'ordre économique, social, politique et culturel.
L'Ionie est constituée de douze cités grecques fondées depuis au moins le viiie siècle avant l'ère chrétienne : Milet, Éphèse, Phocée, Clazomènes, Colophon, Priène, Téos, Chios, Samos, Érythrée, Myonte et Lébédos. Il faut y ajouter les cités de l'Éolide, région située au nord-ouest de l'Ionie, dont celle de Smyrne. Autonomes, elles sont toutes soumises au pouvoir perse. Milet dispose d'un statut à part : son traité d'amitié conclu avec Cyrus avant la conquête de la région lui assure une relative indépendance26. C'est pourtant Milet qui se trouve à l'origine du soulèvement de 499.
Ces cités sont unies au sein de la Ligue ionienne, une alliance forgée au viie siècle av. J.-C. qui ne joue plus de rôle militaire depuis la conquête de Cyrus mais qui conserve un rôle religieux, culturel et politique à travers une amphictyonie chargée du culte de Poséidon Helikonios au sanctuaire du Panionion, au cap Mycale. Cette institution facilite les échanges nécessaires à une révolte commune.
Théoriquement, la domination perse n'est pas écrasante. Chaque cité conserve ses institutions, à la condition expresse de payer un tribut et éventuellement d'entretenir des garnisons perses. Darius Ier et ses successeurs respectent les coutumes des différents peuples de leur empire et se chargent parfois de rappeler à l'ordre les fonctionnaires zélés.
Cela change avec la réforme de la taxation sous Darius qui fixe un montant précis d'or et d'argent à payer pour chaque satrapie. Le tribut annuel exigé s'élève pour l'ensemble de l'Ionie à 400 talents ou 2 400 000 drachmes. Ces taxes sont en outre injustement réparties au sein de chaque cité : les familles liées aux tyrans (officiellement amis du Grand Roi) au pouvoir sont exemptées, et la pression fiscale sur les pauvres favorise les tenants de la démocratie et d'une révolution politique et sociale.
Depuis 512, la mer Noire est un « lac perse », la Thrace est devenue un satrapie. Or, Milet s'y fournit en blé et en toutes sortes de matières premières. La colonisation perse ferme l'accès des mers septentrionales au moment où Sybaris, l'entrepôt occidental de Milet, tombe sous les coups de Crotone (510). De plus, les Perses favorisent systématiquement les rivaux phéniciens de Tyr et Sidon. Enfin, la prise de Byzance ferme les détroits et le commerce vers le Pont-Euxin. Ainsi, la politique extérieure de Darius appauvrit les marchands ioniens, très influents au sein des cités.
Les Perses demeurent, aux yeux de nombreux Grecs ioniens, des barbares rétifs aux « charmes » de la civilisation qui conservent leur langue, leur religion et leurs coutumes. De nombreux « intellectuels » ont préféré l'exil à la domination étrangère. Il existe une volonté d'émancipation des cités ioniennes qui les pousse d'une part à rejeter les tyrans imposés par les Perses, ainsi que de nombreux colons, et d'autre part à se libérer du joug achéménide. Lorsque la révolte éclate, elle a comme première conséquence, dans de nombreuses cités, l'éviction des tyrans et la proclamation de l'isonomie. Il est exagéré de parler de révolte suite à l'éveil d'une « conscience nationale » contre l'occupant ; il est préférable de parler d'une crise sociale et politique.



