Antonio Gramsci
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Antonio Gramsci
Antonio Gramsci

Antonio Gramsci (Ales, Sardaigne, le 22 janvier 1891 - Rome, le 27 avril 1937) est un écrivain et théoricien politique italien d'origine albanaise. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il finit emprisonné par le régime mussolinien. En tant qu'intellectuel, il a notamment étudié les problèmes de la culture et de l'autorité, ce qui en fait un des principaux penseurs de la tradition marxiste. Il oppose à la dialectique matérialiste une « philosophie de la praxis ». Sa conception de l'hégémonie culturelle comme moyen du maintien de l'État dans une société capitaliste a fait date.
Biographie
Fils de Francesco Gramsci (1860 - 1937) et de Giuseppina Marcias (1861 - 1932), Antonio est le quatrième de leurs sept enfants. Francesco est condamné le 27 octobre 1900 à cinq ans de prison pour péculat, concussion et faux en écriture publique. Privée de ressources, la famille passe plusieurs années dans la misère. Antonio fréquente l'école primaire jusqu'à l'âge de douze ans ; il travaille ensuite à l'Office du cadastre pour subvenir aux besoins de sa famille, qui n'est pas en mesure de financer son inscription au collège.
Le 31 janvier 1904, son père sort de prison. Réhabilité, celui-ci obtient un poste de secrétaire à l'Office du cadastre. Antonio peut alors s'inscrire au collège de la ville voisine de Santu Lussurgiu ; il obtient sa licenza ginnasiale (équivalent du BEPC) à Oristano, en 1908, puis entre au lycée de Cagliari, où il loge en compagnie de son frère Gennaro, qui travaille chez un glacier.
Gennaro part faire son service militaire à Turin, et rentre en Sardaigne converti au socialisme ; Antonio lit divers livres et revues socialistes, notamment les écrits de Gaetano Salvemini et de Benedetto Croce, mais aussi les romans populaires de Carolina Invernizio et d'Anton Giulio Barrili. À l'été 1910, après sa deuxième année de lycée, Antonio collabore au quotidien L'Unione Sarda, grâce à l'un de ses professeurs, qui était directeur de ce journal. L'année suivante, il obtient brillamment sa licenza liceale (équivalent du baccalauréat).
À Turin
En 1911, ayant obtenu une bourse, il entame des études de philologie à l'université de Turin. À l'époque, l'industrie automobile s'implante massivement dans la région, et les firmes Fiat et Lancia embauchent un grand nombre d'ouvriers venus des régions les plus pauvres d'Italie. De nombreux syndicats sont créés, et les conflits sociaux apparaissent très vite. Gramsci fréquente les cercles socialistes dans lesquels se regroupent les émigrants sardes ; au cours de l'été 1913, il adhère à la fédération de la jeunesse du Parti socialiste, puis au Parti socialiste italien l'année suivante.
Dès 1914, il écrit dans des revues socialistes comme Il Grido del Popolo ; s'intéressant à tous les aspects de la vie sociale et politique de Turin, il devient un journaliste réputé : à partir de 1916, il collabore à l'Avanti (organe du PS de Turin) où il tient une rubrique culturelle et politique.

Tombe de Antonio Gramsci à Rome.
À partir de 1915, il s’investit dans le combat politique au travers de la formation politique des jeunes ouvriers. Il prend part à l'insurrection ouvrière de Turin en août 1917, qui échouera faute d'organisation.
Il anime, à partir de 1919, le mouvement « conseilliste », qui préconise la création de conseils d'ouvriers dans les entreprises. La même année, il participe au lancement d'un nouveau journal, L'Ordine Nuovo, dans les colonnes duquel il expose la nécessité de fournir aux ouvriers une éducation politique et culturelle, de réorganiser la société italienne et de construire une nouvelle culture socialiste. Cette préparation passe aussi par une transformation du Parti socialiste.
Il faut mettre cette organisation sur le pied de guerre car une fois la marche vers la révolution enclenchée, soit c'est le Parti socialiste qui prendra le pouvoir, soit le pouvoir capitaliste fera tout pour éliminer par la violence toute forme d'organisation de la classe ouvrière. Comme Bordiga en 21 janvier 1921, il est parmi les plus fervents fondateurs du Parti communiste d'Italie (PCd'I), section italienne de la IIIe internationale; Bordiga en devient le principal animateur et premier chef du parti jusqu'en 1923.
Gramsci devient le Secrétaire général du Parti communiste italien en 1925, il en devient rapidement une de ses références intellectuelles avec Bordiga. Il est élu député de Turin de 1924 à 1926 et crée le quotidien l'Unità. Il est arrêté par les fascistes le 8 novembre 1926 et condamné pour conspiration. À cette occasion, le procureur fasciste déclara : « il faut empêcher ce cerveau de penser ».
En captivité, il écrit ses Carnets de prison. Malade, il meurt quelques jours après être sorti de prison, dans la nuit du 26 au 27 avril 1937. L'archevêque Luigi de Magistris, ancien adjoint de la Pénitencerie apostolique, rapporte que d'après le frère d'une religieuse qui se serait occupée de Gramsci ses derniers jours, ce dernier serait mort en catholique, une affirmation non corroborée.
Pensée
Gramsci a écrit plus de 30 cahiers durant son emprisonnement. Ces écrits, connus sous le nom de « Carnets de prison » (Quaderni del carcere), contiennent ses réflexions sur l'histoire italienne, ainsi que des idées en théorie marxiste, théorie critique et théorie éducative, telles que :
⁴ L'hégémonie culturelle
⁴ Le besoin d'encourager le développement d'intellectuels provenant de la classe ouvrière, ce qu'il a appelé « l'intellectuel organique »[réf. nécessaire]
⁴ L'éducation des travailleurs
⁴ La distinction entre la société politique et la société civile
⁴ Historicisme absolu
⁴ La critique du déterminisme économique
⁴ La critique du matérialisme philosophique
Hégémonie culturelle
L'hégémonie culturelle est un concept qui décrit la domination culturelle d'un groupe ou d'une classe et le rôle que les pratiques quotidiennes et les croyances collectives jouent dans l'établissement des systèmes de domination.
L'analyse de l'hégémonie culturelle a été d'abord formulée par Antonio Gramsci pour expliquer pourquoi les révolutions communistes prédites par Marx dans les pays industrialisés ne s'étaient pas produites. Marx et ses successeurs avaient en effet affirmé que la croissance du capitalisme industriel produirait une gigantesque classe ouvrière et des récessions économiques cycliques. Ajoutées aux autres contradictions du capitalisme, ces récessions conduiraient une écrasante majorité de la population, les travailleurs, à développer des organisations pour défendre leurs intérêts, notamment des syndicats et des partis politiques.
La succession des crises économiques amènerait enfin la classe ouvrière à renverser le capitalisme dans une révolution, à restructurer les institutions économiques, politiques et sociales, sur la base du socialisme scientifique, et à commencer la transition vers une société communiste. En termes marxistes, le changement d'infrastructures économiques impliquait un bouleversement de la superstructure culturelle et politique. Bien que Marx et Engels aient prédit ce scénario dans le célèbre Manifeste du Parti communiste (1848), les travailleurs des pays industrialisés n'avaient toujours pas mené à bien cette « mission » plusieurs décennies plus tard.
Gramsci pensait que l'échec des travailleurs à faire la révolution socialiste était dû à l'emprise de la culture hégémonique bourgeoise sur l'idéologie et les organisations de travailleurs.
En d'autres termes, les représentations culturelles de la classe dirigeante, c'est-à-dire l'idéologie dominante, avaient déteint plus que Marx n'aurait pu le penser sur les masses de travailleurs. Dans les sociétés industrielles « avancées », des outils culturels hégémoniques tels que l'école obligatoire, les médias de masse et la culture populaire avaient inculqué une « fausse conscience » aux travailleurs. Au lieu de faire en sorte qu'advienne une révolution qui servirait vraiment leurs besoins collectifs (selon les marxistes), les travailleurs des sociétés « avancées » cédaient aux sirènes du nationalisme, du consumérisme et de l'ascension sociale, embrassant un ethos individualiste de compétition et de réussite personnelle ou encore se rangeant derrière les leaders religieux bourgeois.
Constatant l'échec relatif du déterminisme économique face à la force de l'idéologie dominante, Gramsci proposa une distinction entre « guerre de position » et « guerre de mouvement ». La « guerre de position » est une guerre culturelle contre les valeurs bourgeoises qui se présentent comme « naturelles » ou « normales ». Les éléments socialistes doivent pour cela chercher à percer dans les médias d'information, les organisations de masse et les institutions éducatives en vue de propager l'analyse et la théorie révolutionnaires, d'augmenter la conscience de classe et de pousser à l'engagement révolutionnaire.
Cette lutte culturelle doit permettre au prolétariat d'attirer toutes les classes opprimées dans sa lutte pour la prise du pouvoir politique. Pour Gramsci, toute classe qui vise à la conquête du pouvoir politique doit en effet dépasser ses simples intérêts « économiques », prendre le leadership moral et intellectuel, et faire des alliances et des compromis avec un certain nombre de forces sociales. Gramsci appelle cette union des forces sociales un « bloc historique » (terme emprunté au syndicaliste Georges Sorel).
Un succès dans cette « guerre de position » permettrait aux communistes de commencer la « guerre de mouvement », c'est-à-dire l'insurrection contre le capitalisme avec le support des masses.
Intellectuels et éducation
Gramsci s'est intéressé de près au rôle des intellectuels dans la société. Il disait notamment que tous les hommes sont des intellectuels, mais que tous n'ont pas la fonction sociale d'intellectuels. Il avançait l'idée que les intellectuels modernes ne se contentaient pas de produire du discours, mais étaient impliqués dans l'organisation des pratiques sociales.
Il établissait de plus une distinction entre une « intelligentsia traditionnelle » qui se pense (à tort) comme une classe distincte de la société, et les groupes d'intellectuels que chaque classe génère « organiquement ». Ces intellectuels organiques ne décrivent pas simplement la vie sociale en fonction de règles scientifiques, mais expriment plutôt les expériences et les sentiments que les masses ne pourraient pas exprimer par elles-mêmes.
La nécessité de créer une culture propre aux travailleurs est à mettre en relation avec l'appel de Gramsci pour un type d'éducation qui permette l'émergence d'intellectuels qui partagent les passions des masses de travailleurs. Les partisans de l'éducation adulte et populaire considèrent à cet égard Gramsci comme une référence.
Société politique et société civile
La théorie de l'hégémonie de Gramsci est inséparable de sa conception de l'État capitaliste, dont il dit qu'il dirige par la force et le consentement. L'État ne doit pas être compris comme le seul gouvernement, Gramsci distingue deux grandes parties : la « société politique », lieu des institutions politiques et du contrôle constitutionnel-légal (la police, l'armée, la justice) ; la « société civile », lieu des institutions culturelles (l'université, les intellectuels) qui diffusent l'idéologie explicite ou implicite de l'état, dont le but est d'obtenir l'adhésion sur des valeurs admises par la majorité. La première est régie par la force, la seconde par le consentement. Gramsci précise cependant que cette distinction est avant tout conceptuelle et que les deux sphères se recoupent souvent.
Gramsci affirme que, sous le capitalisme moderne, la bourgeoisie peut maintenir son contrôle économique en laissant la société politique accorder un certain nombre de revendications aux syndicats et aux partis politiques de masse. Ce faisant, la bourgeoisie s'engage dans une « révolution passive » par des concessions sur ses intérêts économiques immédiats, concessions qui s'avèrent en fait des modifications des formes de son hégémonie. Gramsci considère des mouvements comme le fascisme, le réformisme, le taylorisme et le fordisme, comme des exemples de ce processus.
Pour Gramsci, le parti révolutionnaire est la force capable de faire émerger des intellectuels organiques pour les travailleurs pour contester l'hégémonie de la classe dominante sur la société civile. La nature complexe de la société civile moderne signifie que défaire l'hégémonie bourgeoise et conduire au socialisme est impossible sans une « guerre de position ». Pour Gramsci, l'avènement du socialisme ne passe prioritairement ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par ce combat culturel contre les intellectuels de la classe dirigeante. Car si dans les régimes dictatoriaux c'est principalement la société politique qui fait l'oppression, il pense que dans les sociétés occidentales la société civile est une composante importante de la domination qui doit en conséquence être l'objet du combat.

Plaque commémorative à Moscou.
Bien qu'il soit difficile de tracer une ligne claire entre « société politique » et « société civile », Gramsci met en garde contre le culte de l'État qui découle de l'identification des deux, telle qu'elle est faite par les Jacobins et les Fascistes.
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Antonio Gramsci (Ales, Sardaigne, le 22 janvier 1891 - Rome, le 27 avril 1937) est un écrivain et théoricien politique italien d'origine albanaise. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il finit emprisonné par le régime mussolinien. En tant qu'intellectuel, il a notamment étudié les problèmes de la culture et de l'autorité, ce qui en fait un des principaux penseurs de la tradition marxiste. Il oppose à la dialectique matérialiste une « philosophie de la praxis ». Sa conception de l'hégémonie culturelle comme moyen du maintien de l'État dans une société capitaliste a fait date.
Biographie
Fils de Francesco Gramsci (1860 - 1937) et de Giuseppina Marcias (1861 - 1932), Antonio est le quatrième de leurs sept enfants. Francesco est condamné le 27 octobre 1900 à cinq ans de prison pour péculat, concussion et faux en écriture publique. Privée de ressources, la famille passe plusieurs années dans la misère. Antonio fréquente l'école primaire jusqu'à l'âge de douze ans ; il travaille ensuite à l'Office du cadastre pour subvenir aux besoins de sa famille, qui n'est pas en mesure de financer son inscription au collège.
Le 31 janvier 1904, son père sort de prison. Réhabilité, celui-ci obtient un poste de secrétaire à l'Office du cadastre. Antonio peut alors s'inscrire au collège de la ville voisine de Santu Lussurgiu ; il obtient sa licenza ginnasiale (équivalent du BEPC) à Oristano, en 1908, puis entre au lycée de Cagliari, où il loge en compagnie de son frère Gennaro, qui travaille chez un glacier.
Gennaro part faire son service militaire à Turin, et rentre en Sardaigne converti au socialisme ; Antonio lit divers livres et revues socialistes, notamment les écrits de Gaetano Salvemini et de Benedetto Croce, mais aussi les romans populaires de Carolina Invernizio et d'Anton Giulio Barrili. À l'été 1910, après sa deuxième année de lycée, Antonio collabore au quotidien L'Unione Sarda, grâce à l'un de ses professeurs, qui était directeur de ce journal. L'année suivante, il obtient brillamment sa licenza liceale (équivalent du baccalauréat).
À Turin
En 1911, ayant obtenu une bourse, il entame des études de philologie à l'université de Turin. À l'époque, l'industrie automobile s'implante massivement dans la région, et les firmes Fiat et Lancia embauchent un grand nombre d'ouvriers venus des régions les plus pauvres d'Italie. De nombreux syndicats sont créés, et les conflits sociaux apparaissent très vite. Gramsci fréquente les cercles socialistes dans lesquels se regroupent les émigrants sardes ; au cours de l'été 1913, il adhère à la fédération de la jeunesse du Parti socialiste, puis au Parti socialiste italien l'année suivante.
Dès 1914, il écrit dans des revues socialistes comme Il Grido del Popolo ; s'intéressant à tous les aspects de la vie sociale et politique de Turin, il devient un journaliste réputé : à partir de 1916, il collabore à l'Avanti (organe du PS de Turin) où il tient une rubrique culturelle et politique.

Tombe de Antonio Gramsci à Rome.
À partir de 1915, il s’investit dans le combat politique au travers de la formation politique des jeunes ouvriers. Il prend part à l'insurrection ouvrière de Turin en août 1917, qui échouera faute d'organisation.
Il anime, à partir de 1919, le mouvement « conseilliste », qui préconise la création de conseils d'ouvriers dans les entreprises. La même année, il participe au lancement d'un nouveau journal, L'Ordine Nuovo, dans les colonnes duquel il expose la nécessité de fournir aux ouvriers une éducation politique et culturelle, de réorganiser la société italienne et de construire une nouvelle culture socialiste. Cette préparation passe aussi par une transformation du Parti socialiste.
Il faut mettre cette organisation sur le pied de guerre car une fois la marche vers la révolution enclenchée, soit c'est le Parti socialiste qui prendra le pouvoir, soit le pouvoir capitaliste fera tout pour éliminer par la violence toute forme d'organisation de la classe ouvrière. Comme Bordiga en 21 janvier 1921, il est parmi les plus fervents fondateurs du Parti communiste d'Italie (PCd'I), section italienne de la IIIe internationale; Bordiga en devient le principal animateur et premier chef du parti jusqu'en 1923.
Gramsci devient le Secrétaire général du Parti communiste italien en 1925, il en devient rapidement une de ses références intellectuelles avec Bordiga. Il est élu député de Turin de 1924 à 1926 et crée le quotidien l'Unità. Il est arrêté par les fascistes le 8 novembre 1926 et condamné pour conspiration. À cette occasion, le procureur fasciste déclara : « il faut empêcher ce cerveau de penser ».
En captivité, il écrit ses Carnets de prison. Malade, il meurt quelques jours après être sorti de prison, dans la nuit du 26 au 27 avril 1937. L'archevêque Luigi de Magistris, ancien adjoint de la Pénitencerie apostolique, rapporte que d'après le frère d'une religieuse qui se serait occupée de Gramsci ses derniers jours, ce dernier serait mort en catholique, une affirmation non corroborée.
Pensée
Gramsci a écrit plus de 30 cahiers durant son emprisonnement. Ces écrits, connus sous le nom de « Carnets de prison » (Quaderni del carcere), contiennent ses réflexions sur l'histoire italienne, ainsi que des idées en théorie marxiste, théorie critique et théorie éducative, telles que :
⁴ L'hégémonie culturelle
⁴ Le besoin d'encourager le développement d'intellectuels provenant de la classe ouvrière, ce qu'il a appelé « l'intellectuel organique »[réf. nécessaire]
⁴ L'éducation des travailleurs
⁴ La distinction entre la société politique et la société civile
⁴ Historicisme absolu
⁴ La critique du déterminisme économique
⁴ La critique du matérialisme philosophique
Hégémonie culturelle
L'hégémonie culturelle est un concept qui décrit la domination culturelle d'un groupe ou d'une classe et le rôle que les pratiques quotidiennes et les croyances collectives jouent dans l'établissement des systèmes de domination.
L'analyse de l'hégémonie culturelle a été d'abord formulée par Antonio Gramsci pour expliquer pourquoi les révolutions communistes prédites par Marx dans les pays industrialisés ne s'étaient pas produites. Marx et ses successeurs avaient en effet affirmé que la croissance du capitalisme industriel produirait une gigantesque classe ouvrière et des récessions économiques cycliques. Ajoutées aux autres contradictions du capitalisme, ces récessions conduiraient une écrasante majorité de la population, les travailleurs, à développer des organisations pour défendre leurs intérêts, notamment des syndicats et des partis politiques.
La succession des crises économiques amènerait enfin la classe ouvrière à renverser le capitalisme dans une révolution, à restructurer les institutions économiques, politiques et sociales, sur la base du socialisme scientifique, et à commencer la transition vers une société communiste. En termes marxistes, le changement d'infrastructures économiques impliquait un bouleversement de la superstructure culturelle et politique. Bien que Marx et Engels aient prédit ce scénario dans le célèbre Manifeste du Parti communiste (1848), les travailleurs des pays industrialisés n'avaient toujours pas mené à bien cette « mission » plusieurs décennies plus tard.
Gramsci pensait que l'échec des travailleurs à faire la révolution socialiste était dû à l'emprise de la culture hégémonique bourgeoise sur l'idéologie et les organisations de travailleurs.
En d'autres termes, les représentations culturelles de la classe dirigeante, c'est-à-dire l'idéologie dominante, avaient déteint plus que Marx n'aurait pu le penser sur les masses de travailleurs. Dans les sociétés industrielles « avancées », des outils culturels hégémoniques tels que l'école obligatoire, les médias de masse et la culture populaire avaient inculqué une « fausse conscience » aux travailleurs. Au lieu de faire en sorte qu'advienne une révolution qui servirait vraiment leurs besoins collectifs (selon les marxistes), les travailleurs des sociétés « avancées » cédaient aux sirènes du nationalisme, du consumérisme et de l'ascension sociale, embrassant un ethos individualiste de compétition et de réussite personnelle ou encore se rangeant derrière les leaders religieux bourgeois.
Constatant l'échec relatif du déterminisme économique face à la force de l'idéologie dominante, Gramsci proposa une distinction entre « guerre de position » et « guerre de mouvement ». La « guerre de position » est une guerre culturelle contre les valeurs bourgeoises qui se présentent comme « naturelles » ou « normales ». Les éléments socialistes doivent pour cela chercher à percer dans les médias d'information, les organisations de masse et les institutions éducatives en vue de propager l'analyse et la théorie révolutionnaires, d'augmenter la conscience de classe et de pousser à l'engagement révolutionnaire.
Cette lutte culturelle doit permettre au prolétariat d'attirer toutes les classes opprimées dans sa lutte pour la prise du pouvoir politique. Pour Gramsci, toute classe qui vise à la conquête du pouvoir politique doit en effet dépasser ses simples intérêts « économiques », prendre le leadership moral et intellectuel, et faire des alliances et des compromis avec un certain nombre de forces sociales. Gramsci appelle cette union des forces sociales un « bloc historique » (terme emprunté au syndicaliste Georges Sorel).
Un succès dans cette « guerre de position » permettrait aux communistes de commencer la « guerre de mouvement », c'est-à-dire l'insurrection contre le capitalisme avec le support des masses.
Intellectuels et éducation
Gramsci s'est intéressé de près au rôle des intellectuels dans la société. Il disait notamment que tous les hommes sont des intellectuels, mais que tous n'ont pas la fonction sociale d'intellectuels. Il avançait l'idée que les intellectuels modernes ne se contentaient pas de produire du discours, mais étaient impliqués dans l'organisation des pratiques sociales.
Il établissait de plus une distinction entre une « intelligentsia traditionnelle » qui se pense (à tort) comme une classe distincte de la société, et les groupes d'intellectuels que chaque classe génère « organiquement ». Ces intellectuels organiques ne décrivent pas simplement la vie sociale en fonction de règles scientifiques, mais expriment plutôt les expériences et les sentiments que les masses ne pourraient pas exprimer par elles-mêmes.
La nécessité de créer une culture propre aux travailleurs est à mettre en relation avec l'appel de Gramsci pour un type d'éducation qui permette l'émergence d'intellectuels qui partagent les passions des masses de travailleurs. Les partisans de l'éducation adulte et populaire considèrent à cet égard Gramsci comme une référence.
Société politique et société civile
La théorie de l'hégémonie de Gramsci est inséparable de sa conception de l'État capitaliste, dont il dit qu'il dirige par la force et le consentement. L'État ne doit pas être compris comme le seul gouvernement, Gramsci distingue deux grandes parties : la « société politique », lieu des institutions politiques et du contrôle constitutionnel-légal (la police, l'armée, la justice) ; la « société civile », lieu des institutions culturelles (l'université, les intellectuels) qui diffusent l'idéologie explicite ou implicite de l'état, dont le but est d'obtenir l'adhésion sur des valeurs admises par la majorité. La première est régie par la force, la seconde par le consentement. Gramsci précise cependant que cette distinction est avant tout conceptuelle et que les deux sphères se recoupent souvent.
Gramsci affirme que, sous le capitalisme moderne, la bourgeoisie peut maintenir son contrôle économique en laissant la société politique accorder un certain nombre de revendications aux syndicats et aux partis politiques de masse. Ce faisant, la bourgeoisie s'engage dans une « révolution passive » par des concessions sur ses intérêts économiques immédiats, concessions qui s'avèrent en fait des modifications des formes de son hégémonie. Gramsci considère des mouvements comme le fascisme, le réformisme, le taylorisme et le fordisme, comme des exemples de ce processus.
Pour Gramsci, le parti révolutionnaire est la force capable de faire émerger des intellectuels organiques pour les travailleurs pour contester l'hégémonie de la classe dominante sur la société civile. La nature complexe de la société civile moderne signifie que défaire l'hégémonie bourgeoise et conduire au socialisme est impossible sans une « guerre de position ». Pour Gramsci, l'avènement du socialisme ne passe prioritairement ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par ce combat culturel contre les intellectuels de la classe dirigeante. Car si dans les régimes dictatoriaux c'est principalement la société politique qui fait l'oppression, il pense que dans les sociétés occidentales la société civile est une composante importante de la domination qui doit en conséquence être l'objet du combat.

Plaque commémorative à Moscou.
Bien qu'il soit difficile de tracer une ligne claire entre « société politique » et « société civile », Gramsci met en garde contre le culte de l'État qui découle de l'identification des deux, telle qu'elle est faite par les Jacobins et les Fascistes.
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Re: Antonio Gramsci
Historicisme
L'historicisme est une doctrine philosophique qui affirme que les connaissances, les courants de pensée ou les valeurs d'une société sont liées à une situation historique contextuelle. Ses tenants privilégient l'étude du développement de ces connaissances, pensées ou valeurs, « plutôt que celle de leur nature propre ». C'est une notion présente dans les débats nés des discussions autour de la philosophie de l'histoire. L'historien Dilthey et les philosophes Edmund Husserl, Ernst Troeltsch, Martin Heidegger et Karl Popper comptent parmi ses principaux critiques.
Définition
Le terme « historicisme » recouvre plusieurs acceptions.
L'historicisme (Historismus ou Historizismus) désigne d'abord une période de l'historiographie allemande incarnée par Ranke, Droysen ou Meinecke, mais aussi par les économistes List, Hildenbrand, Knies ou Schmoller, et dominante dans la seconde moitié du xixe siècle. Désireux d'ériger l'histoire au rang de science rigoureuse, ces auteurs défendent plusieurs principes communs : l'historien doit établir les faits tels qu'ils se sont produits et saisir le passé dans sa singularité par rapport aux autres époques, sans chercher à émettre un jugement de valeur; toute entreprise de systématisation doit être rejetée au profit d'une recherche des causes immédiates des événements.
S'inspirant de la pensée de Herder, ils appellent à considérer chaque époque en elle-même et rejettent toute philosophie téléogique de l'histoire. Cet historicisme applique à la méthode historique les concepts du positivisme. Par ailleurs, rejetant l'universalisme de l'école classique, ils considèrent que chaque cas national doit être étudié à part, pour parvenir à la connaissance.
De son côté, Ernst Troeltsch définit, en 1922, dans Der Historismus und seine Probleme, l'historicisme comme « l'historicisation fondamentale de toute notre pensée sur l'homme, sa culture et ses valeurs. » Selon lui, ce n'est pas l'esprit humain qui, en façonnant ses pensées et ses valeurs, oriente l'histoire, mais le contexte historique qui les détermine.
C'est cette seconde acception de l'historicisme que la plupart des penseurs du xxe siècle ont retenu. Ainsi, Raymond Aron en parle comme de « la doctrine qui proclame la relativité des valeurs et des philosophies aussi bien que de la connaissance historique ». Pour sa part, Leo Strauss critique le relativisme de cet historicisme, dont il fait remonter l'origine à l'école historique allemande du xixe siècle.
En revanche, Louis Althusser vise la conception hégélienne de l'histoire quand il parle d'historicisme.
Quant à Karl Popper, mettant sous ce vocable les pensées de Platon, Hegel et Marx, il donne cette définition de l'historicisme dans Misère de l'historicisme (1944) :
« Qu'il me suffise de dire que j'entends par [historicisme] une théorie, touchant toutes les sciences sociales, qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui enseigne que ce but peut être atteint si l'on découvre les « rythmes » ou les « motifs » (patterns), les « lois », ou les « tendances générales » qui sous-tendent les développements historiques. »
Il s'agit donc d'envisager l'histoire comme le développement d'un processus identifié et déterminé, que l'on devine à l'aide du passé, et qui permet de déterminer le futur. Selon Karl Popper, le marxisme est l'historicisme le plus abouti, qui fait explicitement de la lutte des classes le moteur de l'histoire.
Pour Christophe Bouton, « Popper sème la confusion en définissant l'historicisme comme une doctrine qui affirme la prédictibilité de l'histoire à partir de lois générales, ce que nient tant l'historicisme épistémologique que l'historicisme relativiste. »
Pour sa part, George W. Stocking reprend la définition de l'historicisme épistémologique dans son article « On the limits of "presentism" and "historicism" in the historiography of the behavioral sciences » (1965), où il met en garde les historiens contre l'abus des récurrences et des anachronismes propres au point de vue des vainqueurs et leur oppose l'historicisme méthodologique, qui permet d'appréhender une « raisonnabilité » et des modalités du savoir distinctes.
De même, en 1998, Laurent Mucchielli considère qu'« être historiciste ou tout simplement historien, c'est comprendre que les textes ont des contextes, que les discours ont été pensés et prononcés à l'intention d'un auditoire, que les articles et les livres ont été pensés et écrits à l'intention d'un lectorat, que les grands hommes quels qu'ils furent ont eu des professeurs et n'ont pas tout inventé, qu'ils ont reproduit comme les autres les préjugés et les stéréotypes culturels les plus généraux de leur époque, qu'ils ont eu les mêmes faiblesses narcissiques (bien souvent plus que les autres...), bref qu'ils furent simplement des hommes et surtout des hommes de leur temps. »
Discussion
Certains auteurs font le lien entre le développement de l'historicisme et du positivisme et les égarements des idéologies modernes de l'autonomisation de la volonté du Sujet. Un Voegelin, un Karl Löwith ou un Leo Strauss n'hésitent pas à voir dans la pensée moderne l'expression d'un historicisme, réalisé par Hegel et Comte.
La notion
La critique porte sur le fait que la représentation d'un tel développement de la Raison dans l'Histoire, non seulement est contradictoire en soi (si chaque époque révèle un particularisme qui doit être dépassé, la modernité est une telle époque), mais aboutit aussi à rendre relatives les figures historiques dans lesquelles la raison s'est montrée.
Le relativisme propre à l'historicisme tend à déconsidérer comme choses du passé les philosophies antérieures, pour ne privilégier que ce qui arrive en dernier. Non seulement l'historicisme est aliéné à la conscience historique, mais tend à faire le lit de l'idée selon laquelle les Modernes comprennent mieux les auteurs du passé, que ceux-ci ne se comprenaient eux-mêmes.
Cette appréhension surplombante du passé, en tant qu'elle réinterprète l'histoire à la faveur des opinions du présent et sous le mode du relativisme, préfigure le nihilisme, et par sa distinction entre faits et valeurs, l'éclatement de la philosophie en sciences humaines.
Selon l'encyclique Fides et ratio, pour comprendre correctement une doctrine du passé, il est nécessaire que celle-ci soit replacée dans son contexte historique et culturel. Toutefois, l'encyclique dit aussi que la connaissance historique ne peut pas aboutir à la négation des vérités immuables et éternelles.
Les critiques libérales
La critique de l'historicisme, proche de la critique du scientisme est un thème récurrent de la pensée libérale contemporaine, Friedrich Hayek, en plus de Popper et Mises, s'en est fait l'écho.
L'économiste libéral Ludwig von Mises présente en 1957 l’historicisme comme une doctrine épistémologique par essence hostile à l’économie. D'après lui, l’historicisme rejette toutes sources de connaissance - hormis les sciences naturelles, la logique et les mathématiques - qui ne seraient pas fondées sur l’étude de l’histoire, au premier rang desquelles l’économie.
L’historiciste estime que l’erreur fondamentale de l’économie est de croire que l’homme recherche exclusivement son bien-être matériel. Mises conteste que l’économie prêche une telle croyance : toute action humaine s’expliquerait par un jugement de valeur des individus. Ainsi le coût, qui pour les historicistes est un élément propre aux sociétés capitalistes, serait en réalité « un élément de tout type d'action humaine, quelles que soient les caractéristiques du cas particulier. Le coût est la valeur des choses auxquelles l'acteur renonce afin de parvenir à ce qu'il veut : c'est la valeur qu'il attache à la satisfaction désirée de façon la plus pressante parmi les satisfactions qu'ils ne peut avoir parce qu'il en a préféré une autre. C'est le prix payé pour une chose ».
Mises postule ainsi que, croyant pouvoir appliquer les méthodes des sciences naturelles à l’histoire, l’historiciste recherche les lois qui gouverneraient l’histoire. S’étant fixé un objectif impossible, les lois que l'historiciste énonce ne sont dès lors que le produit de son intuition, peu importe que « l'auteur de l'Apocalypse, Hegel et, par dessus tout, Marx se considéraient comme parfaitement informés des lois de l'évolution historique. »
Historicisme (architecture)
L'historicisme en architecture, appelé aussi éclectisme désigne la tendance apparue au XIXe siècle de retrouver les racines nationales des différensts style européens, surtout allemand, bavarois, russe, scandinave, par opposition au style néoclassique et de manière plus large que le néogothique ou le romantisme en vogue. Il se décline en périodes historiques et en style régionaux.
Critique de l'économisme
Dans un fameux article écrit avant son emprisonnement et intitulé « La Révolution contre Le Capital », Gramsci affirmait que la Révolution russe en Russie invalidait l'idée que la révolution socialiste ne pouvait se faire avant le développement total des forces capitalistes de production. Cela renvoyait à cette conception par Gramsci du marxisme comme une philosophie non-déterministe. Gramsci insistait sur le fait qu'affirmer la primauté causale des relations de production était mal comprendre le marxisme.
Les changements économiques et culturels sont les expressions d'un processus historique de base, et il est difficile de dire quel élément a la primauté sur l'autre. La croyance fataliste, fort répandue dans les premiers mouvements socialistes, en un triomphe inévitable en raison des « lois historiques » était, au point de vue de Gramsci, le produit des conditions historiques d'une classe oppressée réduite à une action défensive. Cette croyance devait être abandonnée une fois que les travailleurs étaient capables de prendre l'initiative.
La « philosophie de la praxis » (euphémisme pour « marxisme » utilisé pour tromper la censure de la prison) ne peut pas considérer des « lois historiques » invisibles comme les agents du changement social. L'histoire est définie par la praxis humaine et implique donc la volonté humaine. Cependant, la volonté ne peut pas aboutir dans n'importe quelle situation : quand la conscience des travailleurs aura atteint un niveau de développement nécessaire pour l'action, les circonstances historiques seront favorables. Il n'y a aucune inévitabilité historique dans la réalisation de tel ou tel processus.
Critique du matérialisme
Parce qu'il croyait que l'histoire humaine et la praxis collective déterminent la pertinence de telle ou telle question philosophique, les vues de Gramsci vont à l'encontre du matérialisme métaphysique soutenu par Engels, bien que Gramsci ne le mentionne pas explicitement. Pour Gramsci, le marxisme ne s'occupe pas d'une réalité existant par et pour elle-même indépendamment de l'humanité. Le concept d'un univers objectif extérieur à l'histoire et à la praxis humaine est selon lui analogue à la croyance en Dieu.
L'histoire naturelle n'a de sens qu'en relation à l'histoire humaine. Le matérialisme philosophique comme sens commun était le fruit d'un manque de pensée critique et ne pouvait pas, contrairement à ce que disait Lénine, s'opposer à la superstition religieuse. En dépit de cela, Gramsci se résignait à l'existence de cette forme plus grossière du marxisme : le statut du prolétariat comme classe dépendante signifiait que le marxisme, philosophie de la classe ouvrière, pouvait souvent s'exprimer sous la forme de la superstition populaire et du sens commun. Néanmoins, il est nécessaire de défier efficacement les idéologies de classes éduquées, et pour cela les marxistes doivent présenter leur philosophie sous une forme plus sophistiquée, et entreprendre une véritable confrontation avec les vues de leurs adversaires.
Critiques
Gramsci est très critiqué comme théoricien de l'entrisme. En attribuant aux bourgeois la volonté consciente de dominer les esprits des ouvriers, il justifie tous les moyens dont userait un parti prétendant défendre les intérêts de ceux-ci, malgré eux s'il le faut, comme la propagande ou l'entrisme.
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L'historicisme est une doctrine philosophique qui affirme que les connaissances, les courants de pensée ou les valeurs d'une société sont liées à une situation historique contextuelle. Ses tenants privilégient l'étude du développement de ces connaissances, pensées ou valeurs, « plutôt que celle de leur nature propre ». C'est une notion présente dans les débats nés des discussions autour de la philosophie de l'histoire. L'historien Dilthey et les philosophes Edmund Husserl, Ernst Troeltsch, Martin Heidegger et Karl Popper comptent parmi ses principaux critiques.
Définition
Le terme « historicisme » recouvre plusieurs acceptions.
L'historicisme (Historismus ou Historizismus) désigne d'abord une période de l'historiographie allemande incarnée par Ranke, Droysen ou Meinecke, mais aussi par les économistes List, Hildenbrand, Knies ou Schmoller, et dominante dans la seconde moitié du xixe siècle. Désireux d'ériger l'histoire au rang de science rigoureuse, ces auteurs défendent plusieurs principes communs : l'historien doit établir les faits tels qu'ils se sont produits et saisir le passé dans sa singularité par rapport aux autres époques, sans chercher à émettre un jugement de valeur; toute entreprise de systématisation doit être rejetée au profit d'une recherche des causes immédiates des événements.
S'inspirant de la pensée de Herder, ils appellent à considérer chaque époque en elle-même et rejettent toute philosophie téléogique de l'histoire. Cet historicisme applique à la méthode historique les concepts du positivisme. Par ailleurs, rejetant l'universalisme de l'école classique, ils considèrent que chaque cas national doit être étudié à part, pour parvenir à la connaissance.
De son côté, Ernst Troeltsch définit, en 1922, dans Der Historismus und seine Probleme, l'historicisme comme « l'historicisation fondamentale de toute notre pensée sur l'homme, sa culture et ses valeurs. » Selon lui, ce n'est pas l'esprit humain qui, en façonnant ses pensées et ses valeurs, oriente l'histoire, mais le contexte historique qui les détermine.
C'est cette seconde acception de l'historicisme que la plupart des penseurs du xxe siècle ont retenu. Ainsi, Raymond Aron en parle comme de « la doctrine qui proclame la relativité des valeurs et des philosophies aussi bien que de la connaissance historique ». Pour sa part, Leo Strauss critique le relativisme de cet historicisme, dont il fait remonter l'origine à l'école historique allemande du xixe siècle.
En revanche, Louis Althusser vise la conception hégélienne de l'histoire quand il parle d'historicisme.
Quant à Karl Popper, mettant sous ce vocable les pensées de Platon, Hegel et Marx, il donne cette définition de l'historicisme dans Misère de l'historicisme (1944) :
« Qu'il me suffise de dire que j'entends par [historicisme] une théorie, touchant toutes les sciences sociales, qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui enseigne que ce but peut être atteint si l'on découvre les « rythmes » ou les « motifs » (patterns), les « lois », ou les « tendances générales » qui sous-tendent les développements historiques. »
Il s'agit donc d'envisager l'histoire comme le développement d'un processus identifié et déterminé, que l'on devine à l'aide du passé, et qui permet de déterminer le futur. Selon Karl Popper, le marxisme est l'historicisme le plus abouti, qui fait explicitement de la lutte des classes le moteur de l'histoire.
Pour Christophe Bouton, « Popper sème la confusion en définissant l'historicisme comme une doctrine qui affirme la prédictibilité de l'histoire à partir de lois générales, ce que nient tant l'historicisme épistémologique que l'historicisme relativiste. »
Pour sa part, George W. Stocking reprend la définition de l'historicisme épistémologique dans son article « On the limits of "presentism" and "historicism" in the historiography of the behavioral sciences » (1965), où il met en garde les historiens contre l'abus des récurrences et des anachronismes propres au point de vue des vainqueurs et leur oppose l'historicisme méthodologique, qui permet d'appréhender une « raisonnabilité » et des modalités du savoir distinctes.
De même, en 1998, Laurent Mucchielli considère qu'« être historiciste ou tout simplement historien, c'est comprendre que les textes ont des contextes, que les discours ont été pensés et prononcés à l'intention d'un auditoire, que les articles et les livres ont été pensés et écrits à l'intention d'un lectorat, que les grands hommes quels qu'ils furent ont eu des professeurs et n'ont pas tout inventé, qu'ils ont reproduit comme les autres les préjugés et les stéréotypes culturels les plus généraux de leur époque, qu'ils ont eu les mêmes faiblesses narcissiques (bien souvent plus que les autres...), bref qu'ils furent simplement des hommes et surtout des hommes de leur temps. »
Discussion
Certains auteurs font le lien entre le développement de l'historicisme et du positivisme et les égarements des idéologies modernes de l'autonomisation de la volonté du Sujet. Un Voegelin, un Karl Löwith ou un Leo Strauss n'hésitent pas à voir dans la pensée moderne l'expression d'un historicisme, réalisé par Hegel et Comte.
La notion
La critique porte sur le fait que la représentation d'un tel développement de la Raison dans l'Histoire, non seulement est contradictoire en soi (si chaque époque révèle un particularisme qui doit être dépassé, la modernité est une telle époque), mais aboutit aussi à rendre relatives les figures historiques dans lesquelles la raison s'est montrée.
Le relativisme propre à l'historicisme tend à déconsidérer comme choses du passé les philosophies antérieures, pour ne privilégier que ce qui arrive en dernier. Non seulement l'historicisme est aliéné à la conscience historique, mais tend à faire le lit de l'idée selon laquelle les Modernes comprennent mieux les auteurs du passé, que ceux-ci ne se comprenaient eux-mêmes.
Cette appréhension surplombante du passé, en tant qu'elle réinterprète l'histoire à la faveur des opinions du présent et sous le mode du relativisme, préfigure le nihilisme, et par sa distinction entre faits et valeurs, l'éclatement de la philosophie en sciences humaines.
Selon l'encyclique Fides et ratio, pour comprendre correctement une doctrine du passé, il est nécessaire que celle-ci soit replacée dans son contexte historique et culturel. Toutefois, l'encyclique dit aussi que la connaissance historique ne peut pas aboutir à la négation des vérités immuables et éternelles.
Les critiques libérales
La critique de l'historicisme, proche de la critique du scientisme est un thème récurrent de la pensée libérale contemporaine, Friedrich Hayek, en plus de Popper et Mises, s'en est fait l'écho.
L'économiste libéral Ludwig von Mises présente en 1957 l’historicisme comme une doctrine épistémologique par essence hostile à l’économie. D'après lui, l’historicisme rejette toutes sources de connaissance - hormis les sciences naturelles, la logique et les mathématiques - qui ne seraient pas fondées sur l’étude de l’histoire, au premier rang desquelles l’économie.
L’historiciste estime que l’erreur fondamentale de l’économie est de croire que l’homme recherche exclusivement son bien-être matériel. Mises conteste que l’économie prêche une telle croyance : toute action humaine s’expliquerait par un jugement de valeur des individus. Ainsi le coût, qui pour les historicistes est un élément propre aux sociétés capitalistes, serait en réalité « un élément de tout type d'action humaine, quelles que soient les caractéristiques du cas particulier. Le coût est la valeur des choses auxquelles l'acteur renonce afin de parvenir à ce qu'il veut : c'est la valeur qu'il attache à la satisfaction désirée de façon la plus pressante parmi les satisfactions qu'ils ne peut avoir parce qu'il en a préféré une autre. C'est le prix payé pour une chose ».
Mises postule ainsi que, croyant pouvoir appliquer les méthodes des sciences naturelles à l’histoire, l’historiciste recherche les lois qui gouverneraient l’histoire. S’étant fixé un objectif impossible, les lois que l'historiciste énonce ne sont dès lors que le produit de son intuition, peu importe que « l'auteur de l'Apocalypse, Hegel et, par dessus tout, Marx se considéraient comme parfaitement informés des lois de l'évolution historique. »
Historicisme (architecture)
L'historicisme en architecture, appelé aussi éclectisme désigne la tendance apparue au XIXe siècle de retrouver les racines nationales des différensts style européens, surtout allemand, bavarois, russe, scandinave, par opposition au style néoclassique et de manière plus large que le néogothique ou le romantisme en vogue. Il se décline en périodes historiques et en style régionaux.
Critique de l'économisme
Dans un fameux article écrit avant son emprisonnement et intitulé « La Révolution contre Le Capital », Gramsci affirmait que la Révolution russe en Russie invalidait l'idée que la révolution socialiste ne pouvait se faire avant le développement total des forces capitalistes de production. Cela renvoyait à cette conception par Gramsci du marxisme comme une philosophie non-déterministe. Gramsci insistait sur le fait qu'affirmer la primauté causale des relations de production était mal comprendre le marxisme.
Les changements économiques et culturels sont les expressions d'un processus historique de base, et il est difficile de dire quel élément a la primauté sur l'autre. La croyance fataliste, fort répandue dans les premiers mouvements socialistes, en un triomphe inévitable en raison des « lois historiques » était, au point de vue de Gramsci, le produit des conditions historiques d'une classe oppressée réduite à une action défensive. Cette croyance devait être abandonnée une fois que les travailleurs étaient capables de prendre l'initiative.
La « philosophie de la praxis » (euphémisme pour « marxisme » utilisé pour tromper la censure de la prison) ne peut pas considérer des « lois historiques » invisibles comme les agents du changement social. L'histoire est définie par la praxis humaine et implique donc la volonté humaine. Cependant, la volonté ne peut pas aboutir dans n'importe quelle situation : quand la conscience des travailleurs aura atteint un niveau de développement nécessaire pour l'action, les circonstances historiques seront favorables. Il n'y a aucune inévitabilité historique dans la réalisation de tel ou tel processus.
Critique du matérialisme
Parce qu'il croyait que l'histoire humaine et la praxis collective déterminent la pertinence de telle ou telle question philosophique, les vues de Gramsci vont à l'encontre du matérialisme métaphysique soutenu par Engels, bien que Gramsci ne le mentionne pas explicitement. Pour Gramsci, le marxisme ne s'occupe pas d'une réalité existant par et pour elle-même indépendamment de l'humanité. Le concept d'un univers objectif extérieur à l'histoire et à la praxis humaine est selon lui analogue à la croyance en Dieu.
L'histoire naturelle n'a de sens qu'en relation à l'histoire humaine. Le matérialisme philosophique comme sens commun était le fruit d'un manque de pensée critique et ne pouvait pas, contrairement à ce que disait Lénine, s'opposer à la superstition religieuse. En dépit de cela, Gramsci se résignait à l'existence de cette forme plus grossière du marxisme : le statut du prolétariat comme classe dépendante signifiait que le marxisme, philosophie de la classe ouvrière, pouvait souvent s'exprimer sous la forme de la superstition populaire et du sens commun. Néanmoins, il est nécessaire de défier efficacement les idéologies de classes éduquées, et pour cela les marxistes doivent présenter leur philosophie sous une forme plus sophistiquée, et entreprendre une véritable confrontation avec les vues de leurs adversaires.
Critiques
Gramsci est très critiqué comme théoricien de l'entrisme. En attribuant aux bourgeois la volonté consciente de dominer les esprits des ouvriers, il justifie tous les moyens dont userait un parti prétendant défendre les intérêts de ceux-ci, malgré eux s'il le faut, comme la propagande ou l'entrisme.
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"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
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http://www.intervalle-dz.com/f97-grandes-figures-de-la-nation-algerienne

sphinx- Adm

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