En Allemagne et dans le Bloc soviétiqueLa récupération des «anciens» nazis par les services secrets occidentauxPour l’Histoire et le commun des mortels, la Seconde Guerre mondiale se termine en Europe le 8 mai 1945, avec la capitulation allemande. Mais peu de gens savent que certains fanatiques nazis vont poursuivre la lutte armée bien après. Dans les pays de l’Est, plusieurs groupes de «résistance» issus des armées du IIIe Reich vont mener des opérations de guérilla contre les autorités communistes. Avec l’aide des services secrets américains. Aujourd'hui, la réhabilitation de ces ex-combattants de la Guerre 40-45 se réalise, sous le silence (complice ?) des autorités politiques européennes. Voici l’histoire de ces «soldats perdus», des Werewolves et des anciens mercenaires de la dictature hitlérienne.
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Dessin extrait du livre «SS Werewolf - The story of the nazi resistance movement»
de Charles Whiting, et écusson des Werewolfs.
Été 1944, l’Allemagne est en train de perdre le conflit. Une poignée d'hitlériens décident alors de mener une «guerre totale», ce qui implique pour chaque allemand l’obligation de se battre jusqu’à la mort. Le chef des SS (l'élite du régime nazi), Himmler, décide de créer des groupes de combattants particulièrement fanatisés et entraînés : les Werewolves (Loups-garous), composés en partie de membres des Jeunesses hitlériennes. Leurs missions consistent à pénétrer derrière les lignes alliées afin d’y pratiquer le harcèlement et des opérations de guérilla : sabotages, assassinats, destructions d’installations militaires, des lignes de ravitaillement, des hôpitaux…
Ces hommes, sous le commandement du général SS Prützmann, vont aussi rapidement éliminer les «défaitistes» qui refusent de participer à des combats sans espoir. A titre d’exemple, ils assassineront le 24 mars 1945 le docteur Oppenhof, maire de la ville d’Aix-la-Chapelle, à la frontière belge, qui venait d’être mis en place par les Américains. Ils seront également actifs dans les derniers jours du Reich nazi, défendant les villes de Pyritz et de Berlin.
Une fois le conflit terminé, certains de ces commandos, malgré l’absence de commandement centralisé, vont poursuivre pendant quelques années la lutte armée.
Les loups-garous se développent à l'EstIl existe à ce stade un certain flou sur l’ampleur de cette «résistance» nazie et sur le nombre de ses combattants. Certaines actions leurs ont été attribuées sans qu’il y ait de certitude. On peut citer notamment la destruction par explosion du bâtiment de la police du gouvernement militaire des Etats-Unis à Bremen, le 5 juin 1945, où quarante-quatre personnes trouvèrent la mort.
Dans leur petit ouvrage intitulé «Kriegspiel» , Arnot et Bocquet citent les actions de guérilla des «Edelweiss Piraten» qui auraient également poursuivi diverses visées terroristes jusqu’en 1946.
De même, ces auteurs font état d’un autre groupe de Werewolves : les «Freies Deutschland». Cette organisation aurait compté jusqu’à 1400 membres et aurait été active en Poméranie et en Silésie jusqu’en 1947. Cependant, ces informations n’ont pu être confirmées par aucune autre étude historique complète.
Pour Perry Biddiscombe , seul auteur indiscutable ayant traité de manière rigoureuse du sujet, ces mouvements de «résistance» se poursuivirent effectivement jusqu’en 1947-1948 dans certaines zones de l’Allemagne, notamment avec les groupes «Werwolf Kommando Nuremberg» ou encore le «Freikorps Adolf Hitler».
Bien que ce type d’actions n’ait eu que peu incidence sur le déroulement de l’après-guerre en Allemagne, elles eurent un effet terrorisant sur une partie de la population allemande qui voulait tourner la page du nazisme. De surcroît, ces actions eurent des effets néfastes. Comme le rappelle Perry Biddiscombe : «Cette combinaison malveillante d’actions de guérilla et de surveillance a causé la mort de milliers de personnes, directement ou via la répression alliée et soviétique qu’elles provoquèrent. Les ravages aux propriétés infligés, en plus d’une économie centrale-européenne déjà dévastée, équivalent à des dizaines de millions de dollars. De plus, les politiques des occupants de l’Allemagne et ses voisins qui pourraient être considérées comme dures pour l’Allemagne, furent incitées par les Werewolves à devenir plus dures encore » .
Enfin, certains de ces «résistants» jouèrent un rôle important dans la reconstruction de l’extrême droite après la chute de la dictature hitlérienne. C'est le cas d'un certain Fred Borth. Membre de la Jeunesse hitlérienne, il commandera ensuite un groupe de Werewolves en Autriche, dans une forêt proche de Vienne. Après avoir été arrêté et avoir passé un certain temps derrière les barreaux, il deviendra dans les années 1950-60 un membre influent des milieux néonazis autrichiens. Perry Biddiscombe précise à son sujet : « …Servant aussi comme agent pour les services secrets italien et autrichien et comme probable organisateur d’un réseau ''Gladio'' de formations ''stay bhind'' destiné à soutenir l’Otan en cas de troisième guerre mondiale» .
Recyclage des nazis ukrainiensS’il est évident que les Alliés ont combattu ces derniers nazis sans pitié en Allemagne même, il n’en fut pas de même pour des groupes similaires se trouvant dans des territoires nouvellement placés sous influence soviétique. La guerre froide venait de débuter et les services secrets américains commencèrent rapidement à «recycler» les anciens réseaux de renseignements nazis demeurés à l’Est, grâce notamment à l’organisation Gehlen (voir notre encadré ci-dessous). Ces réseaux furent baptisés «Stay behind». Autrement dit «rester derrière» et connu à travers le réseau Gladio, commandé directement par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan).
Ce recyclage s’inscrivait dans la vaste opération de lutte contre le communisme que les services secrets occidentaux ont commencé à mener, dans les derniers mois de la Deuxième Guerre mondiale. Sans les citer tous, on peut citer le cas de l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA) en Ukraine. Cette organisation combattante nationaliste et anticommuniste était une émanation de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) qui, sous la direction de Roman Choukhevitch et Stepan Bandera, va lutter tout d’abord contre l’envahisseur allemand avant de se retourner contre les soviétiques. Elle fut accusée de nombreux crimes de guerre, notamment contre les populations polonaise et juive d'Ukraine. Par nationalisme et anti-communisme viscéral, certains membres de l’UPA vont d’ailleurs se battre au sein de la division SS «galicienne». Dans cette dernière phase, l’UPA recevra l’aide des services secrets américains et surtout anglais. La personnalité de Bandera n’étant sans doute pas étrangère à cette collaboration.
«Si l’on considère que Stepan Bandera, le dirigeant des nationalistes ukrainiens, a travaillé avant la guerre pour le SIS (Spécial Intelligence Service, les services secrets anglais, ndlr), il n’est guère surprenant qu’en 1945, après la défaite des nazis, ont ait ramené le fils prodigue au bercail», soulignent Mark Aarons et John Loftus, auteurs du livre «Des nazis au Vatican» .
Ceci dit, au sein de l’OUN, l’organe politique d’où émane l’UPA, des scissions se sont également fait sentir. Comme le précisait le journaliste belge Jean-Marie Chauvier dans un article publié en 2007 dans Le Monde Diplomatique : «Puis, c’est le radical Stepan Bandera qui fait dissidence en 1940 : son OUN-B forma deux bataillons de la Wehrmacht, Nachtgall et Roland, pour prendre part à l’agression menée par l’Allemagne et ses alliés contre l’URSS, le 22 juin 1941. Immédiatement après, déferle la vague des Pogroms (…). Le 30 juin 1941, l’OUN-B proclame un État ukrainien (…). Berlin refuse ce nouvel État, Bandera et Stetsko sont internés (…). Roman Choukhevitch, ex-chef du bataillon Nachtgall et du Schutzmannschaftbataillon 201 (Polizei), prend la tête, fin 42, de l’UPA» (sur les nationalistes nazis ukrainiens, lire les articles de RésistanceS.be référés dans le haut de la colonne de droite de cet article).